Actualités

La lettre d’Hélène à Margot

CHRONIQUE / À pareille date l’an dernier, Annie Falardeau a trouvé une carte de Noël à travers le courrier adressé à sa mère. Une dame prénommée Hélène offrait ses vœux de joie, santé et bonheur à celle que tout le monde appelle Margot.

Victime d’un grave accident vasculaire cérébral, Marguerite Trudel n’habitait plus sa maison. Elle venait d’être admise dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée. Les séquelles de l’AVC étaient importantes: corps paralysé du côté gauche, troubles de la mémoire et de la parole.

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Les seins de Jenny, l’encre de Yan Solo

CHRONIQUE / Depuis quelques semaines, Jenny Vézina se regarde différemment dans le miroir. La femme de 46 ans ne voit plus les cicatrices laissées par l’ablation de ses deux seins. Elle contemple des fleurs de cerisier et se réconcilie avec l’épreuve de la maladie.

Jenny n’a rien à cacher. Ni ici ni ailleurs.

Chroniques

Le grand art d’Ann-Sophie

Penchée au-dessus d’une toile posée à plat sur la table, Ann-Sophie Provencher achève de peindre un paon. Concentrée, elle s’applique à mettre les dernières touches de couleur sur la queue déployée. Ses doigts contractés tiennent solidement le pinceau.

Ann-Sophie est une artiste. Les ailes figées, la jeune femme de 25 ans prend son envol en laissant son talent s’exprimer.

Sa belle-mère l’accompagne pour notre rencontre. La femme arrive à traduire les réponses de celle qui articule non sans difficulté chaque mot à deviner.

D’une patience exemplaire, cette Ann-Sophie. C’est l’histoire de sa vie: faire preuve de compréhension envers ceux et celles qui ne comprennent pas ce qu’elle dit.

Andrée Lamy n’a pas eu d’enfant, mais elle aime la fille de son conjoint, Roch Provencher, comme la sienne. En juin dernier, c’est elle qui est sortie sur la place publique pour dénoncer le vol dont Ann-Sophie venait d’être victime.

Son vélo adapté avait été dérobé en plein jour. Le malfaiteur ne s’était pas gêné en se servant directement dans le cabanon de la résidence de Trois-Rivières.

«J’étais tellement enragée!»

Andrée Lamy sourit en disant cela. Cet épisode s’est heureusement bien terminé. Un mouvement de solidarité s’est enclenché avec la parution dans les médias et réseaux sociaux de la photo du fameux tricycle modifié.

Les gens ont ouvert l’oeil, l’engin fait sur mesure a été retrouvé et sa belle-fille a pu reprendre sa route qui n’a jamais été lisse et droite.

Ann-Sophie Provencher aurait dû venir au monde en bonne santé, et non handicapée pour le reste de ses jours.

La jeune femme vit avec la paralysie cérébrale à la suite d’un manque d’oxygène à la naissance, une conséquence grave et directe d’une erreur médicale, celle du docteur Paul-André Latulippe.

Cette triste histoire a été médiatisée à l’époque. La mère du bébé, Marie-Claude Marcotte, avait intenté une poursuite contre le gynécologue-obstétricien à qui elle réclamait près de 9,5 millions $.

Une entente hors cour a été conclue après plusieurs années de procédures judiciaires. Le montant alloué n’a jamais été dévoilé, mais assure néanmoins une sécurité financière à Ann-Sophie.

Je ne savais pas que c’est elle que j’allais rencontrer en me présentant dans les locaux de La Fenêtre, un centre d’immersion pour les personnes handicapées dont on sous-estime le talent caché.

Ici, on a compris que l’art et la culture peuvent apporter de la lumière dans le quotidien de gens qui vivent trop souvent dans l’ombre.

Anne-Sophie Provencher s’est présentée à La Fenêtre il y a trois ans. On lui a donné un pinceau, une toile et des tubes de couleur. On l’a également fait monter sur la scène avec son fauteuil roulant électrique pour lui permettre de chanter, de jouer au théâtre...

La jeune femme a besoin d’aide pour faire tout cela, mais elle s’épanouit. L’inspiration, contrairement à la paralysie, est sans limites.

«Ann-Sophie a tellement évolué depuis qu’elle vient à La Fenêtre. Ça a changé sa vision de la vie. Avant, elle était beaucoup plus renfermée sur elle-même. Ses professeurs sont des anges! Ils lui permettent de développer ses pleines capacités.»

Andrée Lamy est admirative devant le talent de sa belle-fille qui fait notamment de l’art abstrait.

L’été dernier, peu de temps après le vol de son tricycle adapté, Ann-Sophie Provencher a fait une première exposition solo. Toutes ses toiles, une vingtaine, ont rapidement trouvé preneurs.

«La vie est bonne pour toi. On a retrouvé ton vélo. Qu’est-ce que tu pourrais faire pour redonner au suivant?»

À la question de sa belle-mère, l’artiste a eu cette réponse. Elle a remis la totalité de la vente de ses oeuvres à La Fenêtre, une somme de près de 800 $.

Ce dimanche 2 décembre, Ann-Sophie Provencher sera au Centre culturel Pauline-Julien pour apprécier le talent d’artistes de renom qui appuient la mission de l’organisme.

C’est la traditionnelle vente aux enchères de La fenêtre qui met à l’encan régulier et silencieux quelque 90 oeuvres originales des Yves Ayotte, Raymond Caouette, Marie-Josée Roy, Serge Brunoni, Hélène Chartrand, Nancy Moffatt, Lynn Garceau...  

Qui sait si, un jour avant longtemps, on ne retrouvera pas un «Provencher» aux enchères?
Ann-Sophie rit à cette idée avant de me dire, par l’entremise de sa fidèle complice: «Quand je peins, on dirait que je ne pense à rien.»

Et l’art de faire le vide, c’est de se sentir aussi légère que les plumes d’un paon.

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Shanon, aveugle et emballeuse

CHRONIQUE / C’est devenu un automatisme. L’emballeuse sait que les produits un peu plus lourds sont d’un côté et les plus légers, de l’autre. Les sacs se trouvent toujours à sa droite ou sous le comptoir. Il lui suffit de tendre le bras.

La file est longue. Shanon Dontigny s’en doute aussi. La caisse enregistreuse émet un son chaque fois qu’un article passe sous le lecteur de code barres. Quand les paniers sont pleins et à la queue leu leu, elle a droit à un concert de bips.

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Tomber et apprendre à se relever

CHRONIQUE / Kévin Gamelin, 22 ans, ne se souvient pas de la course. Du départ seulement. Un moment impossible à oublier. Il en rêvait depuis si longtemps.

«Le plus beau feeling de ma vie! J’étais dans un autre monde.»

Isabelle Légaré

À la maison avec les arrière-grands-parents

Henry, 3 ans, connaît le truc. Il attend que ses parents le pensent endormi pour sortir de sa chambre sur la pointe des pieds, traverser le salon pendant qu’ils ont le dos tourné et pousser délicatement la porte derrière laquelle un couple se berce en écoutant ses émissions de télé préférées.

Le bambin a le choix. Se blottir contre Charles, 98 ans, ou près d’Hélène qui s’apprête à souffler sur 96 bougies.

Chroniques

L’échantillon de salive qui a changé sa vie

CHRONIQUE / Monic Avoine s’est toujours pensée seule au monde jusqu’à ce que Henri décide de s’en mêler.

«Tiens chérie, je t’offre un test d’ADN pour ta fête.»

Comme un cadeau, ça ne se refuse pas, elle a craché dans le petit tube avant de le mettre à la poste et de reprendre son quotidien. Qu’est-ce qu’elle avait à perdre au fond?

Un échantillon de salive plus tard, Monic vient de gagner le gros lot, une famille qui ignorait son existence et elle, la leur.

Au cours des derniers mois, Monic Avoine a obtenu des informations sur sa mère et son père qui sont aujourd’hui décédés, en plus de retrouver deux frères et une soeur biologiques, quatre demi-soeurs et demi-frères du côté maternel et quatre autres demi-soeurs et demi-frères du coté paternel. Sans compter les cousins et les cousines.

«Je ne les ai pas encore tous rencontrés, mais on est rendus à 107!»

Monic Avoine éclate de rire dans le restaurant où elle m’a donné rendez-vous. Il n’y a pas à dire, les derniers mois ont été fertiles en émotions pour la dame de Saint-Tite-des-Caps, près de Québec.

C’est son époux, Henri Lafrance, qui m’a écrit à la suite d’une chronique parue en juin dernier. J’y racontais la quête de Marie-Pierre Lefebvre, une femme de Trois-Rivières à la recherche de sa grand-mère biologique, la mère de son père.

Adopté, Pierre Lefebvre est décédé dans un accident de voiture, il y a près de 25 ans, à l’âge de 41 ans. Au cours de sa vie, l’homme n’avait jamais exprimé le souhait de retrouver celle qui l’avait mis au monde, contrairement à sa fille qui a entrepris des démarches en ce sens, mais qui se bute à un mur.

Bref rappel pour mieux comprendre la suite. Depuis le 16 juin 2018, une personne adoptée peut faire une demande pour connaître son nom d’origine et celui de ses parents biologiques décédés depuis plus de douze mois. Si ces derniers sont toujours vivants, ils ont jusqu’au 16 juin 2019 pour s’opposer à ce qu’on dévoile leur identité, mais le jour de leur décès, ce refus ne tient plus.

Pour les descendants des personnes adoptées et décédées, il faut cependant oublier tout ça. La nouvelle loi 113 ne s’applique pas à eux. Malgré la légitimité de sa demande, Marie-Pierre Lefebvre ne peut pas avoir accès au dossier de naissance de son père, encore moins à ses antécédents médicaux. Ses options sont limitées.

À ce jour, son avis de recherche sur les réseaux sociaux pour rejoindre une personne qui lui permettrait de faire la lumière sur sa grand-mère est resté lettre morte.

C’est la raison pour laquelle Henri Lafrance a cru bon de faire connaître l’histoire de son épouse.

«Marie-Pierre Lefebvre pourrait essayer de trouver sa grand-mère via un test d’ADN?»

Marie-Pierre et tous les autres qui sont exclus de la loi 113.

Pour une centaine de dollars, Henri a acheté un kit sur le site de généalogie Ancestry. C’était en décembre 2017, à quelques semaines de l’anniversaire de Monic.

Après des décennies à tenter d’en savoir davantage sur celle qui l’avait donnée en adoption, la femme avait fini par renoncer à connaître un jour ses origines.

Monic n’était pas moins triste. Elle a un conjoint et une fille qu’elle adore, mais cette question continuait de l’habiter: «C’est qui, ma mère?»

Les premiers résultats reçus par courriel étaient intéressants, mais sommes toutes assez vagues. On l’informait qu’un pourcentage de ses ancêtres étaient venus d’Irlande, d’autres, de l’Espagne, mais rien pour l’orienter davantage.

Pour faire pousser un arbre généalogique, il lui fallait creuser davantage.

Monic Avoine n’avait aucune idée de la façon d’utiliser ces renseignements géographiques à des fins identitaires. Elle a donc fait appel à une personne-ressource du Mouvement Retrouvailles, une dame qui administre la page Facebook Carrefour ADN.

Cette Columbo savait comment s’y retrouver dans la banque de données d’Ancestry. Rapidement, elle a combiné les résultats de Monic à ceux d’une femme qui avait également effectué le test d’ADN, simplement pour répondre à sa curiosité de remonter dans le temps.

Monic devrait aller s’acheter un billet de loterie.

Cette inconnue s’est avérée être une cousine, celle par qui Monic a appris l’existence de son frère qui habite dans le coin de Mont-Tremblant. Elle l’a appelé. On est en janvier 2018.

«Bonjour. Tu ne me connais pas. Je m’appelle Monic. J’ai fait un test d’ADN. Je suis ta soeur.»

Ils se sont rencontrés peu de temps après, dans un resto à mi-chemin.

Cet homme d’un an son aîné avait connu leur mère deux ans avant qu’elle trouve la mort dans un accident de voiture, au milieu des années soixante-dix.

Il a raconté à Monic que cette femme avait profité des absences longues et répétées de son mari militaire pour donner rendez-vous à son amant, un voisin qui lui avait fait quatre enfants... entre les quatre autres que leur mère a eus avec son mari.

Ce frère et Monic sont les deux plus vieux de cette fratrie peu conventionnelle. Elle rit de nouveau. «Au moins, j’ai été fait avec amour!»

Monic Avoine refuse de juger celle qui l’a portée et enfantée avant de retourner auprès de sa marmaille.

«J’ai une famille, peu importe ce qu’elle a été et ce qu’elle est. Le plus important pour moi, c’est de les connaître.»

«Les» étant les 107 personnes qui sont apparues, depuis, dans le portrait.

L’été dernier, Monic s’est rendue en Gaspésie où elle a rencontré une soeur, une demi-soeur et trois cousines.

Pour les autres qui sont dispersés ici et là au Québec, elle les appelle, leur écrit. D’autres retrouvailles sont à venir au cours de la prochaine année.

Monic Avoine savoure ces moments.

«J’ai été acceptée les bras ouverts, très chaleureusement, avec amour. J’ai vraiment senti que j’étais avec les miens. Il faut le vivre pour le savoir.»

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La mère de son meilleur ami

Tarick Moujane n’a pas peur de cogner ni d’encaisser les ripostes. Ça fait partie du sport. Il boxe.

Le garçon de 14 ans sourit peu, timide sous son air sérieux. Encore un peu sonné aussi. Rien à voir avec un direct à la mâchoire.

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Le café du réconfort

Many Phengsavath ne connaît pas l’homme qui est entré dans son restaurant, mais elle l’a accueilli comme elle le fait avec tout le monde, en l’invitant à s’asseoir dans la salle à manger, avec la plus grande cordialité.

«Bonsoir Monsieur. Prendriez-vous un café?»