Isabelle Gaboriault
Rédactrice en chef de La Voix de l'Est
Isabelle Gaboriault

Une envie de douceur

CHRONIQUE / Elle peut jouer plus de 125 fonctions diverses. Pourtant, il y avait longtemps que je ne lui avais pas fait une petite place dans mes oreilles. Quoi ça? La musique!

Quand je dis «faire une place dans mes oreilles», c’est de prendre le temps de m’arrêter, de chausser mes écouteurs et de choisir avec soin ce qui me transportera.

Cette routine, je l’avais à l’adolescence. J’en ai usé des vinyles, des cassettes et des CD avant que la vie, qui file à un rythme fou, m’éloigne de cette joyeuse activité bienfaisante. Je pouvais passer des après-midis entiers ou des soirées complètes à tourner les postes de la radio ou à faire jouer en boucle les succès de mon dernier coup de cœur. Car il n’y a que de bons côtés à écouter de la musique. Toutes les études le disent. C’est une source de plaisir qui parvient à nous faire vivre toute la gamme des émotions. Elle permet de réduire le stress et l’anxiété. Elle atténue la douleur. Apaise les bébés. Favorise la mémoire et les fonctions cognitives. Plus encore : la musique peut jouer sur notre altruisme, nous aider à mieux apprendre et à développer notre créativité. Bref, on serait fou de s’en passer!

C’est du moins ce que je me suis dit dernièrement quand j’ai renoué avec ce grand plaisir. Des fois, ça prend juste un déclic. Le mien est venu de deux belles découvertes. Celle d’un lieu, et ensuite celle d’un univers.

Il y a deux semaines, en plein après-midi où l’hiver agissait comme une couverture de laine au pied du mont Saint-Hilaire, j’ai été invitée par ma sœur et mon beau-frère à découvrir le Centre culturel de Beloeil. Une jolie petite salle chaleureuse qui propose une programmation tout aussi intéressante. À 16h, on avait rendez-vous avec la révélation de l’année, la pianiste Alexandra Stréliski.

Sérieusement, on devrait tous avoir une playlist «piano».

Elle s’arrête dans votre coin, Saguenay, Québec, Trois- Rivières, Sherbrooke, Ottawa ? Lâchez tout et allez vous faire bercer par ses compositions.

Parce que c’est exactement ça. Sa musique est un jeté douillet. Une douce doudou. J’ai gardé mon manteau tout le long du concert. Pas qu’il faisait froid dans le théâtre. Juste pour rester enveloppée. Au chaud. Confortable. J’ai lutté 1000 fois avec l’envie de m’étendre de tout mon long sur le banc libre à ma gauche, les jambes sur ma sœur de l’autre côté, mais je me suis retenue. Malgré tout, sachez qu’on peut être complètement soi à un concert de piano. C’est la pianiste elle-même qui nous l’a dit. Suffit juste de tousser en suivant le rythme, qu’elle a ajouté. Moi, j’ai souvent fermé les yeux. J’entendais mieux. Je vivais plus le moment.

Ses œuvres, son interprétation, mais également sa personnalité attachante ont fait qu’en arrivant à la maison, j’ai tout de suite acheté son dernier album, Inscape. Ma pièce préférée, s’il fallait que je n’en choisisse qu’une seule, je dirais Burnout Fugue. Bon, ex aequo avec Par la fenêtre de Théo. À bien y penser, elles sont toute mes préférées. J’ai aussi découvert les morceaux de son premier album, Pianoscope. New York a ce petit quelque chose qui s’entend dans les pièces de Yann Tiersen, qui signe l’album Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (ma meilleure ici!) Un univers que j’adore. Qui apaise tout en faisant voyager. De la musique de film. Rien de moins. À découvrir, si ce n’est déjà fait. Sérieusement, on devrait tous avoir une playlist «piano».

Ma rencontre avec Alexandra Stréliski a toutefois poussé mon désir de piano beaucoup plus loin que la playlist.

À ma sœur, qui enseigne à ma petite l’art de manier ce majestueux instrument, j’ai avoué avoir le goût de me mettre le nez dans ses livres. Commencer doucement. De façon autodidacte. Avec deux claviers dans le salon, les raisons d’évitement devront être béton. Elle m’a dit être prête à m’enseigner. Faut juste trouver du temps. La fameuse ritournelle. Mais plus j’en écoute, plus j’ai envie d’en jouer. Et ce n’est pas d’hier que j’en écoute. C’est un défi que je me lance. Qui sait, un jour, dans quelques années, peut-être que je lèverai la main quand, fidèle à son habitude, Alexandra Stréliski, ouvrira son rappel au public pour inviter un brave à venir jouer une de ces pièces. Vous, le piano, c’est dans vos cordes?