Un seul mot

CHRONIQUE / Luc et Martine forment un couple depuis des années. Comme plusieurs, ils ont souhaité un jour passer à une autre étape en devenant une famille. Mais la vie en a décidé autrement. Jamais Martine n’est tombée enceinte naturellement, et ce, après des mois et des mois de tentatives.

Nés à une époque où la médecine arrive à faire des miracles, ils décident donc de se tourner vers la procréation assistée. Pour la magie, on repassera. Rien n’est simple. Pire : pour eux, rien ne fonctionne. Pendant ce temps-là, le temps passe...

Fatigués, frustrés, confus, mais toujours fonceurs, ils choisissent alors de jouer le tout pour le tout et de tenter la fécondation in vitro. Une alternative comparable à une virée dans la plus monstrueuse des montagnes russes. De reculons, la tête en bas.

Mais là encore, c’est l’échec. Vidés physiquement et mentalement, le cœur fendu, ils se résolvent à faire le deuil d’un enfant qui aura les yeux bleus de sa mère et une fossette dans le menton comme son père.

Sylvain et Lucie ont traversé le même désert rempli du même vide. Ensemble, ils ont vécu les mêmes douleurs, attentes, inquiétudes, incompréhensions, frustrations, joies et déceptions que Luc et Martine. Après, le peu d’énergie qu’il leur restait, ils ont malgré tout décidé de l’investir dans le processus d’adoption d’un enfant au Québec par le biais du programme de la Banque mixte.

Une démarche complexe qui, encore une fois, tire du jus. Ils ont répondu à plein de questions à savoir s’ils étaient en bonne santé physique, mentale et financière, de bons employés, de bons amis, de bons enfants, etc.

Après le remplissage de piles de questionnaires et le passage de plusieurs mois, on les appelait pour leur annoncer qu’ils allaient devenir une famille d’accueil. Ils avaient réussi le test ultime déterminant qu’ils étaient de bonnes personnes. Yé !

De deux le lundi, ils se sont réveillés trois le vendredi !

Un bébé retiré à sa famille par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) allait leur être confié. À son arrivée, le poupon n’avait que quelques mois. Si depuis leur bonheur est des plus grands, leur inquiétude de voir les « vrais » parents revenir dans le décor l’est tout autant. Car au Québec, tant et aussi longtemps que la Déclaration d’admissibilité à l’adoption n’est pas rendue, les parents biologiques ont encore des droits sur leur enfant et peuvent, s’ils démontrent avoir acquis les capacités parentales suffisantes, en avoir de nouveau la garde.

Une réalité qui décourage Élise et Nicolas. Élise approche la quarantaine. Son âge, sa conscience sociale et environnementale et le fait que son arbre généalogique cache des proches ayant des problèmes de santé mentale freinent son envie de donner la vie. Mais son désir d’enfants n’est pas éteint pour autant.

« Tellement de petits sont négligés, qu’elle dit. Nous, on en prendrait tellement soin. »

L’adoption serait la solution. Mais ils hésitent. Le processus est long. La bureaucratie lourde. L’aventure éprouvante et, parfois, enrageante.

Pourquoi je vous parle de ces trois couples ? Parce qu’à travers tout ce qui m’habite depuis le décès de celle que l’on surnomme désormais « la fillette de sept ans », j’ai souvent pensé à eux. Ne pas pouvoir se reproduire, alors que le processus est fondamentalement partagé par toutes les espèces vivantes, reste, je trouve, une des grandes injustices dans la vie. Y être confronté et de voir des histoires d’horreur impliquant des enfants comme celle qui bouleverse le Québec en entier depuis une semaine, doit être tellement révoltant.

Plusieurs doivent avoir eu envie de hurler leur colère. Certains l’ont sans doute fait. D’ailleurs, pour exprimer toute la rage, l’incompréhension et la tristesse qu’évoque en eux cette cruelle histoire ils doivent n’avoir en tête qu’un seul mot : TABARNAC !