Isabelle Gaboriault
Rédactrice en chef de La Voix de l'Est
Isabelle Gaboriault

Prête à dompter le vent

CHRONIQUE / N3, c’est le numéro de ma chaise de travail. Ce dernier, inscrit au gros stylo-feutre noir au dos d’une vieille carte d’affaires, n’a pas toujours été là. Il y est solidement agrippé à l’aide d’un tie-wrap depuis deux mois en vue de notre déménagement qui a lieu aujourd’hui même. On quitte la rue Dufferin pour la rue Principale. Toujours à Granby. Pour que notre mobilier nous suive, on a baptisé tous les morceaux. Moi, c’est N3. Mais malgré toutes ces précautions, une fois dans nos nouveaux locaux, je ne serai plus assise dans la même chaise.

Depuis une semaine, j’ai le grand privilège d’être la nouvelle rédactrice en chef de La Voix de l’Est. Plus précisément, depuis une semaine, j’ai le grand privilège d’être la première femme à occuper le poste de rédactrice en chef à La Voix de l’Est !

Sincèrement, il faut que je me pince un peu chaque jour à intervalles réguliers pour réaliser l’ampleur du phénomène. C’est si gros dans le contexte actuel. Alors que les médias vivent des perturbations qui marqueront leur histoire à jamais et qu’en parallèle se joue une crise sanitaire internationale qui chamboule le quotidien de tout le monde, moi, je suis promue.

C’est presque surnaturel comme situation. Après ma pincette quotidienne, je prends le temps d’apprécier la position dans laquelle je me trouve actuellement. Surtout en sachant que tout ça ne faisait partie d’aucun plan.

La vie, des fois...

Devenir rédactrice en chef n’a jamais été un rêve ou une fin en soi. Pratiquer le métier de journaliste de presse n’était même pas au programme ! C’est arrivé.

Moi qui pensais signer des textes à saveur horticole dans une revue fleurie, je me suis retrouvée à écrire des articles dans un quotidien. J’ai adoré. Plus tard, et ça non plus ce n’était pas planifié, je suis devenue coordonnatrice de l’hebdo Le Plus. Une merveilleuse aventure qui a duré 13 ans. Ça s’est présenté et j’ai plongé. Même chose pour mon chapeau de chroniqueuse. J’ai essayé, j’ai aimé et j’ai continué. Cela fait déjà 14 ans.

Diverses opportunités se sont présentées à moi. J’étais là au bon moment. Chanceuse. Mais prête, aussi. Et ça a été le même scénario dernièrement. L’effet domino. Tout simplement.

Vous m’auriez parlé de ce scénario cet hiver, alors que je craignais de ne jamais pouvoir célébrer mon 20e anniversaire de carrière prévu en février dernier, que je ne l’aurais jamais cru possible.

La vie, des fois...

C’est donc forte de tout ce bagage que je prends les rênes de la salle de nouvelles. Oui, il y a un bon vent de face. Mais avec l’équipe professionnelle et dévouée qui m’entoure, je sais que nous saurons l’affronter de belle et de bonne façon. Nous n’en sommes pas à notre premier orage !

«Un bon capitaine sait faire face au vent, m’a écrit un ancien collègue avec qui j’ai eu la chance de travailler pendant 18 ans. Dans les prochains mois, il va venter pas mal fort. Mais si j’avais à passer à travers cette tempête, je le ferais à tes côtés n’importe quand.»

«Je te souffle dans le dos !», a illustré un autre.

J’étais sans mots. Émue. On parle d’anciens, mais les collègues en place présentement sont de la même graine. Des gens dédiés. Amoureux de leur métier. Prêts à foncer. Des joueurs d’équipe. Une équipe de feu qui vous en mettra plein la vue.

Pour permettre à chacun d’eux de déployer ses ailes au maximum, je devrai toutefois, de mon côté, ranger ma plume.

Cette chronique sera ma dernière.

Merci de m’avoir laissé entrer chez vous chaque semaine avec mes histoires à coucher dehors, mes états d’âme, mes réflexions et mes nombreux questionnements. Merci pour vos rires et vos larmes. Vos commentaires et vos critiques.

De ce billet sont nées des discussions qui, au fil des ans, se sont mues en de belles amitiés.

Accessible et ouverte aux autres, je compte bien le rester. Et ce, peu importe la chaise que j’occuperai.

Merci, chers lecteurs, pour votre fidélité pendant toutes ces belles années.

Isabelle