Isabelle Gaboriault
Rédactrice en chef de La Voix de l'Est
Isabelle Gaboriault
Sachez que les samedis matin, ce scénario sera toujours possible.
Sachez que les samedis matin, ce scénario sera toujours possible.

Mon, ma, mais...

CHRONIQUE / Madame Lamoureux, de Farnham. Monsieur Hamel, de la rue Saint-Jaques à Granby. Madame Tremblay, de Cowansville. Lecteurs de partout sur le territoire couvert par La Voix de l’Est, MERCI!

Cette semaine, vous l’avez remarqué, votre quotidien a cessé d’imprimer en semaine, donc de distribuer sa version papier du lundi au vendredi. Une bien triste décision prise en accéléré à cause d’un virus ravageur qui a plongé nos vies dans ce qui pourrait se résumer en 100 000 piscines olympiques d’incertitude collées l’une sur l’autre. Cette décision serait venue, mais pas si vite. Elle se serait réalisée, mais jamais de cette façon.

La mère de famille qui, du jour au lendemain, sort acheter du pain et qui ne revient jamais, ça n’a jamais été le style de La Voix de l’Est. Ce n’est pas une façon de faire pour une dame fidèle de 85 ans.

Nous avons été pris de court. Et cela nous brise le cœur. Dans le meilleur des mondes, nous vous aurions avertis, informés, guidés. Nous n’avons pas eu cette chance. Tout a déboulé. En fait, tout déboule depuis deux semaines. Nous espérions mettre de l’avant le télétravail pour les artisans du journal: nous y avons été contraints du jour au lendemain, perdant du coup près de la moitié de nos effectifs.

Nous pensions mettre l’accent sur notre version numérique au fil des prochains mois. C’est soudainement ce sur quoi nous travaillons presque exclusivement au quotidien depuis une semaine. Sans relâche.

Pas de changement, pas d’agrément, qu’ils disent? C’est drôle, ces temps-ci, je me contenterais de moins d’agrément...

Pour plusieurs, je me plains le ventre plein, car au moins, je travaille. C’est vrai, mais humainement, qui est constitué pour absorber autant de chambardements en si peu de temps?

Mais, et c’est le mantra par les temps qui courent : «Ça va bien aller!»

On est fait forts. C’est ce que je me dis. Surtout que notre travail n’a jamais été aussi fondamental qu’en cette période que nous traversons.

Un travail que l’on fait pour vous. Merci aux gens de la région de nous suivre, malgré le silence radio des derniers jours.

Quand j’entendais sur mon répondeur Mme Piché se questionner sur l’avenir de SA Voix de l’Est. Monsieur Léonard vouloir avoir des nouvelles de SON journal. Madame Ostiguy s’inquiéter pour SON abonnement. Devant tous ces adjectifs possessifs que tous utilisaient pour parler de leur attachement à LEUR quotidien, j’étais profondément touchée.

Sachez que nous continuerons de vous informer de cette façon que vous aimez tant. Seul le médium changera. En fait, il n’est déjà plus le même.

Notre équipe est en place. Il ne manque que vous, amoureux du papier. Suivez-nous sur notre site Internet et sur notre application.

Oui, ça change les habitudes. Mais avec la répétition générale que nous avons tous eue avec ce mozus de coronavirus, cela fait de nous des êtres champions de l’adaptation, non?

L’année dernière, presque à pareille date, l’hebdo Le Plus, que j’avais le grand plaisir et l’aussi grand privilège de gérer depuis 13 ans, cessait d’exister. Malgré tout, les gens ordinaires qui font des choses extraordinaires, organismes communautaires et collaborateurs hors pair ont tous fait le saut avec nous vers La Voix de l’Est/Plus.

Nous avons fait notre deuil, moi la première, et aujourd’hui, nous savons que c’était la meilleure chose à faire.

En ce qui concerne la disparition «partielle» de La Voix de l’Est papier — car sachez que nous serons là tous les samedis à votre porte et en kiosque pour vous salir les doigts de notre encre noire et colorée —, un jour, et dans pas si longtemps, nous dirons la même chose.

L’ancien modèle n’était plus viable. La menace de la COVID-19 ayant anéanti nos revenus publicitaires et notre système de distribution a été son coup de grâce.

Nous vivrons tous ce nouveau deuil, et la vie, comme toujours, reprendra ensuite son cours.

Encore merci !