Le parrain

CHRONIQUE / En route vers la maison, parle, jase, Angèle a avoué à sa sœur Jeanne la trouver chanceuse d’avoir un parrain. Elle, elle n’en a pas. En fait, elle n’en a plus, et elle le regrette.

Un parrain a fait partie de son histoire le temps de quelques mois seulement. Ce dernier était le mari de la sœur de son père ; sa marraine. Mais le couple s’est séparé alors que la petite venait de faire ses premiers pas. Là, dans l’auto, elle avait 18 ans.

En entendant leur fille exprimer sa déception de ne pas avoir de parrain, ses parents ont suggéré d’en nommer un nouveau. Une personne significative dans leur vie, aux quatre. Un grand ami. L’idée a plu à Angèle autant qu’au « grand chum du BAC », qui lui, a accepté son nouveau rôle en se disant très honoré.

« Quelles sont vos attentes ? », a-t-il toutefois tenu à demander à ses précieux amis.

« Vous êtes deux adultes, voyez ça ensemble. À vous de construire ce que vous voulez de cette relation », lui ont-ils répondu, simplement.

Bref, à sa fête de 19 ans, en janvier, Angèle a reçu un parrain en cadeau !

Pour rendre ça plus officiel, et pour le côté symbolique de la chose, son père a joint le curé de sa paroisse pour faire changer le nom apparaissant dans la case « parrain » sur l’acte de baptême de sa fille.

Oui, on peut changer de parrain ou de marraine sur un baptistaire. Mais sachez que ce bout de papier n’a aucune valeur légale. Son pouvoir agit plus au plan sentimental et, bien sûr, religieux.

Contrairement à l’époque où l’Église catholique était toute puissante, les parrains et marraines désignés lors du baptême ne sont plus les personnes nommées d’office pour prendre soin des enfants dans un cas, par exemple, de décès subit des parents dans un écrasement d’avion ou dans un accident de voiture. Ce rôle revient à ceux et celles dont le nom figure dans le testament. Pour plusieurs d’ailleurs, ces personnes diffèrent.

Les temps ont changé

Le rôle même du parrain et de la marraine s’est donc modifié au fil du temps et chacun a sa propre petite histoire. Aujourd’hui, certains enfants ont deux marraines. D’autres deux parrains.

Avant, ce rôle venait avec une grande responsabilité. Celle de « s’engager à soutenir la croissance de la foi de l’enfant dans les toutes premières étapes de sa vie chrétienne. » C’est sans doute encore le cas pour certains parents très croyants, mais comme le nombre de baptêmes catholiques au Québec est en chute libre...

Ce n’est pas moi qui le dis. Ces chiffres sortent tout droit de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. En 2017, 83 900 bébés sont nés dans la province. De ce nombre, 30 394 se sont fait baptiser. En 2012, on comptait encore 42 213 baptêmes. En 1975, quand je suis née, 85 % des nouveau-nés se faisaient baptiser.

Malgré le fait d’avoir servi la messe pendant des années dans l’église qui se trouvait à un jet de pierre de chez moi et d’avoir reçu tous mes sacrements, dans l’ordre. Même si j’ai fait tout mon secondaire dans une école gérée par les sœurs de la Présentation de Marie, je ne suis pas pratiquante. Ni croyante. Dubitative est un mot qui me définit mieux.

Bref, faire baptiser mes filles à l’église du village aurait été un geste hypocrite de ma part. Même chose pour l’idée de me marier.

D’un autre côté, comme j’ai de très bons souvenirs en compagnie de mon parrain et de ma marraine, j’ai tenu à ce que mes filles en aient, elles aussi, des personnes spéciales dans leur vie.

« Maman, c’est qui, moi, mon parrain ? », m’a demandé ma grande de 15 ans cette semaine.

C’est que dans notre famille, comme dans celle d’Angèle, ma sœur et ma belle-sœur, les marraines, sont aujourd’hui séparées des parrains. À cette question, on répond toujours que ce sont nos nouveaux beaux-frères.

Salut les gars !

En fait, à mes yeux, un parrain est quelqu’un qui aime nos filles, qui passe du bon temps en leur présence, qui leur enseigne des trucs au passage et qui est comme un frère pour nous. Ça peut donc être nos beaux-frères, comme ça peut aussi être plusieurs de nos bons amis. Tous occupent une place importante dans nos cœurs. Faire un choix serait déchirant. Je suis certaine qu’à leur façon, à un moment donné dans leur vie, tous laisseront une trace positive dans le parcours de nos enfants.

Denis

Comme l’a fait pour moi mon oncle Denis.

Mon parrain a été présent dans ma vie pendant 44 ans, soit depuis toujours. Il vient tout juste de nous quitter. Ses funérailles ont eu lieu samedi. Un agriculteur cultivé. Un homme aux mille talents, droit comme un chêne. Un grand cœur et un aussi grand conteur. C’est clair qu’il a semé quelque chose en moi. Quelque chose qui forge la personne que je suis aujourd’hui. J’avoue toutefois l’avoir un peu tenu pour acquis. Un agriculteur de sa trempe c’est comme le blé, c’est robuste. Ça se relève au moindre coup de vent...

Ce week-end, je me suis revue chez lui et ma tante Rita, enfant, à « charrier » du lait, à faire les foins, à manger du macaroni ou à nourrir les chats. Avoir été à la place d’Angèle dans l’auto, sans parrain, j’aurais aimé que mes parents pensent à eux. Ils ont été parfaits. Leurs noms resteront à jamais gravés dans la case « parrain » et « marraine » de mon certificat de baptême.

Merci pour tout, Denis, et embrasse ma tant’Rit pour moi.