Des fois, une bonne tape...

CHRONIQUE / L’autre jour, mon ami médecin revenait du boulot à pied quand son voisin, qui est aussi son patient, a tout lâché pour courir lui donner un gros câlin. Là, sur le trottoir. « Merci ! Grâce à toi, je ne perds plus mes clés ! », qu’il tenait à lui dire.

Quelques jours avant, une dame s’était présentée à l’hôpital avec son mari souffrant et elle avait accueilli ce même ami docteur avec son plus grand sourire, trop heureuse de « tomber sur lui » à l’urgence.

« C’est vous qui avez trouvé mon cancer, il y a quelques années. Je sais que vous allez, encore une fois, faire tout ce qu’il faut… », qu’elle lui a lancé, le cœur visiblement rempli de joie.

Bon, vous vous dites « On sait ben, c’t’un médecin, il sauve des vies, bla-bla-bla, il doit se faire lancer des fleurs tous les jours... »

Non. La preuve : lors d’un souper, il a pris le temps de nous raconter ces deux épisodes vécus en l’espace d’à peine 24 heures, car cela l’avait autant surpris que ça lui avait fait chaud au cœur.

Une tranche de vie qui me pousse à dire qu’on ne devrait jamais se retenir de distribuer des tapes dans le dos. Grosses ou petites. Surtout que c’est un des rares gestes dont l’efficacité est incontestable. Peu importe la forme qu’il prend, et il y en a plusieurs, il atteint toujours la cible. Il motive, encourage, soutient, fait plaisir, soulage, encadre, félicite, accompagne, fait du bien. Il fait même du bien à voir. Chaque jour, sur mon parcours, je vois la tape dans le dos se manifester de belle façon.

La scène, tellement belle dans sa simplicité, m’émeut à tout coup. Dans la plus imposante route en pente de Granby, plus précisément dans ce que tout le monde appelle affectueusement « la-côte-du-Mont », deux personnes à vélo, une ado et un adulte barbu manifestement en pleine forme, défient les éléments plusieurs fois par semaine, un coup de pédale à la fois. Lors de chaque montée, pour l’aider et l’épauler dans cette épreuve, car c’en est une vous confirmeront cyclistes et coureurs, l’adulte s’installe à côté de l’ado et pose une main bienveillante dans son dos.

Le matin où l’adulte aura une crevaison au bas de la côte, je suis certaine que l’ado pourra se rendre au sommet avant que la cloche sonne juste simplement en s’imaginant être soutenue tellement elle l’aura été.

Une autre belle tape qui m’a attendrie cette semaine est celle qu’a reçue un certain Monsieur Lévesque. C’était en 1979.

À l’époque, il étudiait à l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc de Granby. C’est dans ce temps-là qu’est née la Fondation Hermas, dont la mission est d’aider financièrement les élèves moins bien nantis qui veulent poursuivre des études collégiales ou universitaires.

Monsieur Lévesque était le septième d’une famille de huit enfants. Son père, invalide après une opération qui avait mal tournée, et sa mère,qui faisait des ménages pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse, n’avaient pas les moyens nécessaires pour permettre de hautes études à leur progéniture.

M. Lévesque est donc devenu le premier élève à profiter d’une tape dans le dos de la Fondation Hermas. Il a ainsi poursuivi ses études jusqu’à l’université pour ensuite faire une belle carrière comme comptable agréé. Quand il a raconté son histoire aux jeunes de J.-H.-Leclerc dernièrement, il profitait d’une retraite bien méritée depuis un mois.

À son tour, ce soir-là, il a remis un chèque au nom de la Fondation à un jeune qui, comme lui, aime les études, mais qui a besoin d’un petit coup de pouce pour réaliser son rêve. En 40 ans, l’organisme a remis plusieurs milliers de dollars, servant ainsi de tremplin à de nombreux jeunes studieux. Filles et garçons.

Qu’elle se présente sous forme de paroles ou de gestes. Qu’elle se transforme en argent sonnant ou en un cadeau couvert de papier de soie deux couleurs, la tape dans le dos pousse manifestement plus loin.

Abusons-en.