Dans la pinède du Parcours du Mont, on circule sur un tapis d’aiguille. L’air y est frais. Le décor envoûtant.

Ces lieux qu'on aime: le paradis troué

CHRONIQUE / Un commerce, un coin de rue ou un parc méconnus, un endroit pour rencontrer ou relaxer : les villes regorgent de lieux qu’on aime, souvent loin des circuits plus traditionnels. Cet été, les chroniqueurs des six journaux de Groupe Capitales Médias vous amènent à la découverte de ces petits trésors, de Québec jusqu’en Outaouais, de la Mauricie à l’Estrie ou au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Rendez-vous chaque jeudi de l’été.

La première fois, je n’étais ni habillée ni chaussée pour l’occasion. Normal, je m’en allais bruncher. C’est ma sœur et son amoureux, en sortant du resto, qui ont proposé de nous initier. Finalement, malgré ma robe soleil, je me suis débrouillée de brillante façon.

« On est à deux pas d’un 18 trous ! », disait ma sœur, sous le regard interrogateur du reste de la familia.

Moi, pour avoir déjà écrit sur ce sport émergent sans toutefois l’essayer, je savais où elle souhaitait nous amener. L’abondance de matériel dans sa valise de char aussi ! Elle et le beau-frère percent dans le domaine depuis quelques années. Cet après-midi-là, ils voulaient nous transmettre leur passion. Devant leur enthousiasme, mes filles, mon chum et mes parents, qui connaissent très bien leur Granby, avaient toutefois l’étrange sentiment d’avoir manqué un grand bout de l’histoire du développement de notre belle ville. En tournant sur eux-mêmes, ils ne voyaient que le lac Boivin, des commerces, des restos, des stations-service… Le tout traversé par la rue Denison Est.

Où, diable, quelqu’un aurait-il pu trouver l’espace pour y glisser un terrain de golf ?

C’est là, justement, que se trouve toute la beauté de la chose.

Grâce à la passion et au rêve communs d’un prof d’anglais et d’un programmeur web, à la générosité de bénévoles, à une école secondaire aux bras grand ouverts, à l’huile de coude d’une autre et à l’argent fourni par un organisme qui investit dans l’activité physique, un parcours permanent de disc golf s’est enraciné dans le majestueux domaine qui ceinture le collège Mont-Sacré-Cœur de Granby.

Ma sœur en plein élan sous le regard fier d’un grand pin. Au loin, un verger en pleine floraison.

Un circuit qui s'intègre bien à la nature luxuriante

C’est le Parcours du Mont. Le circuit s’intègre si bien à la nature luxuriante du lieu que mon premier panier jaune moutarde flash, je l’ai vu lors de notre initiation. L’école, je m’y rendais pourtant tous les jours de la semaine, matin et soir, depuis deux ans ! On peut parler d’un secret bien gardé.

Pour ceux qui l’ignorent, le disc golf se base sur les mêmes principes que le golf. Armés de disques (frisbees), les joueurs rassemblés en quatuors avancent sur le parcours en tentant d’atteindre le panier avec le moins de lancers possible. Pour s’initier, suffit d’avoir un petit kit de départ composé d’un driver, d’un middle range et d’un putter. Pareil comme au golf ! Au Québec, quelques clubs ont d’ailleurs aménagé leur terrain pour accueillir les joueurs de disc golf. Ce qui fait toutefois la particularité du Parcours du Mont, c’est son côté 100 % naturel qui sait tirer avantage de l’environnement sans le modifier. Un chêne ou un bouleau centenaire te bloque la vue, le passage et l’élan ?

Trouve un moyen de franchir 50 verges en le contournant en équilibre sur un tapis de pommes de pin, champion ! C’est comme ça que ça fonctionne.

Le long des 18 trous, on traverse donc une pinède et ses aiguilles avant de pénétrer dans une érablière envoûtante. On contourne un champ de fèves mauves mangeur de disques et des courts de tennis. On longe un cimetière et on passe à travers des terrains de baseball, de football et de soccer. Comme si ce n’était pas assez bucolique, entre les deux neuf trous, le parcours transporte les joueurs à un jet de pierre d’un magnifique jardin où abondent vivaces multicolores et légumes grimpants ou en rangée.

Juste un peu plus loin, au printemps, on peut sentir et admirer les pommiers en fleurs d’un imposant verger. Et encore plus loin, puisqu’on se trouve sur une colline, en s’étirant le cou une journée de ciel bleu, on peut voir s’élever le mont Yamaska ! Selon la saison (les mordus jouent même l’hiver), ça sent l’herbe et le foin fauchés, les feuilles mortes, la terre humide, la résine de pin, la mousse de pierre, la forêt, les fleurs. C’est calme. Enivrant. Ça transporte, repose et ravigote à la fois.

Parcours à découvrir en famille

Comme le soulignent Yves Desgreniers et Samuel Dubé, ceux qui ont rêvé ce projet, le terrain est « exploité au maximum », sans toutefois empiéter sur les nombreux plateaux sportifs qu’offre le collège. Et le caractère éclectique de l’endroit permet d’offrir une belle variété de trous et de défis aux joueurs.

Et il y a plus beau encore (comme si c’était possible !) : c’est gratis ! Vous n’avez pas de disques ? Empruntez un mid et un putter dans le sac d’un ami.

Vous n’avez pas d’amis ? Investissez dans deux disques. Ça vaut entre 12 et 20 $. Ma sœur, qui connaît ça, propose d’aller jeter un coup d’oeil sur le site de Disc Golf Sherbrooke (www.discgolfsherbrooke.com), spécialisé en la matière.

Petit conseil : prenez-les fluo. En plus d’être tendance, vous aurez plus de facilité à les suivre des yeux et à les retrouver dans une mer de fougères dryopteris dans le sous-bois.

Ah oui, une autre belle affaire : le Parcours du Mont est familial. Les enfants de tous âges peuvent y jouer facilement. Parlant de jeunes, dès aujourd’hui, puisque l’école est terminée, le parcours est accessible en tout temps, et ce, jusqu’à la rentrée. Pendant l’année scolaire, on peut jouer en dehors des heures de cours. Aussi, les mardis, il est possible de se joindre à la ligue hebdomadaire. Le départ est à 17 h 30. On se stationne à droite du Mont. Toujours.

Le trou # 9 offre aux joueurs un défi de taille...

Pour découvrir le parcours et les règlements, obtenir des cartes de pointage, magasiner des disques ou connaître l’horaire des tournois à Granby comme ailleurs au Québec, on visite le site parcoursdumont.com ou sa page Facebook.

J’allais oublier : une dernière beauté du disc golf, c’est que ce sport, contrairement au golf, permet une progression rapide. Au Parcours du Mont, on peut même avancer rapidement tout en prenant le temps de humer les fleurs, de découvrir le vaste monde des champignons et de s’émerveiller devant de majestueux conifères géants.

Je sais, c’est quasiment trop beau pour être vrai.