Je pense avoir enfilé des bottes de cowboy une fois le temps d’une photo à l’âge de deux ans, et encore. Je réalise que c’était des bottes d’hiver que je prenais pour des bottes de cowboy...

Bas blancs et écaille de tortue

CHRONIQUE / Avez-vous remarqué que le monde de la mode était cul par-dessus tête depuis quelques années ? Toutes les lois non écrites qu’on ne devait pas défier à une époque pas si lointaine sont désormais violées, et ce, allègrement.

Maintenant, les jeunes se promènent avec des bas blancs mi-mollet dans leurs sandales Adidas, l’hiver. En fait, le bas blanc semble carrément « in » présentement. C’est sidérant. Des femmes marient le legging au chandail court pendant que d’autres enfilent des chaussettes dans leurs escarpins. Après s’être fait répéter toute notre jeunesse que le fait de porter du marine avec du noir était un sacrilège, aujourd’hui, voilà que les deux couleurs s’agencent parfaitement. Même chose pour le mélange rouge/rose ou encore rose/orange, pour ceux et celles qui aiment le look Dora l’exploratrice. Même le sac banane est revenu en force dernièrement. Qui l’eut cru ?

Chaque année, je m’amuse à regarder les tendances automne- hiver. Je me limite à les regarder, car chaque fois, je le sais, je ne serai pas de ceux qui sont à la mode. Je ne l’ai jamais été. Je n’ai jamais eu de talent dans le fait « d’être tendance ».

Premièrement, je frise. Jamais les cheveux courts frisés n’ont été ou ne sont à la mode. Jamais. Aussi, je n’ai aucun timing. Après avoir eu les sourcils fournis toute ma vie, le jour où j’ai décidé de leur donner de l’amour en leur faisant suivre une belle ligne bien dessinée, le lendemain, les sourcils denses et épais sont devenus charmeurs.

Non, mais !

Bon. Dans le walk-in de la saison automne-hiver 2019-2020, on nous ramène les manches bouffantes (non, merci), le tartan, (porté tout mon secondaire), les paillettes (seulement au réveillon), la laine (trop chaud pour la préménopausée que je suis), le crocodile (trop exotique), les bijoux en surabondance (je ne suis pas un sapin), le violet (le look Barney, pas capable) et les plumes (COME ON !).

Une chance, le jeans est toujours de mise... mais on doit le porter comme dans les années 1980. Plus lousse, la taille en dessous des bras (quoique c’est confortable), avec des lignes sur les côtés, déchirés aux genoux comme si on s’était battu avec un chien, « pattes d’éléphant » ou large pour y entrer avec un ami, et coupé mi-mollet.

Merde. Je viens à peine d’adopter le skinny jeans qui allonge la jambe et procure de belles fesses. C’est pas vrai que je vais faire un retour dans le temps et porter le jeans mom qui, entre nous, est loin d’avantager la femme de 40 ans ordinaire.

Non. Je dois me rendre à l’évidence. Tout va trop vite pour moi dans le merveilleux monde de la mode. Soit que j’ai du mal à suivre ou, tout simplement, les trucs chauds du moment ne me disent rien qui vaut.

Par exemple, cet automne, c’est le retour de la botte de cowboy.

De tout ce qui se fait en terme de bottes, de souliers, de sandales ou d’espadrilles, la seule chose que je ne porterai jamais, c’est la botte de cowboy. Je pense en avoir enfilé une fois le temps d’une photo pour faire le clown à l’âge de deux ans, et encore. Je réalise que c’était des bottes d’hiver que je prenais pour des bottes de cowboy... Celles de ma mère. C’est tout. J’ai toujours détesté cet accessoire de la culture western. J’ai déjà laissé un gars parce qu’il portait des bottes de cowboy... et des bas blancs dans ses loafers ! C’est tout dire.

Pro ou victime de la mode, je ne le serai jamais.

Le seul endroit où je peux dire que je suis de mon temps, c’est dans le choix de mes lunettes. Là aussi ça change vite. Mais j’essaie de suivre le rythme, car en les ayant sur le nez quasi 24 heures sur 24, c’est pas mal la première chose que les gens aperçoivent en me voyant.

J’ai d’ailleurs changé de monture dernièrement. Je suis retournée à un style « écaille de tortue » couleur terra. Comme en 2000, quand j’ai commencé à travailler au journal. Mais plus grosse (la monture !). Car c’est comme ça la mode, on nous ramène souvent des vieilles affaires, mais modifiées. C’est cyclique.

Derrière mes nouvelles lunettes, je me sens — enfin — dans le vent. Sans elles, en plus de ne rien voir, j’ai l’impression d’être toute nue. C’est surprenant comment ça habille une monture. Honnêtement, la mienne me va comme un gant. En plus, à l’intérieur de la branche de gauche, c’est écrit BONLOOK.

Je retourne donc ma veste : top tendance, je le suis tellement !