Entre les lignes

Le goût du silence

CHRONIQUE / Un de mes p’tits bonheurs, c’est d’aller dîner à la maison. Seule. Même si mon menu se résume en un sandwich fait avec les croûtes qui traînent dans le fond du sac à pain ou aux maigres restes de la veille, je vis chaque fois ce moment comme une fête. Pourquoi ? Parce qu’il me permet de savourer... le silence.

C’est quand la dernière fois où vous l’avez entendu ? Le vrai là. Celui pendant lequel on se surprend à découvrir les battements de notre cœur dans nos oreilles.

Entre les lignes

Quand demain arrive (trop) vite

CHRONIQUE / Après avoir apposé ma signature sur des piles de formulaires d’autorisation pour des sorties à Jouvence, au musée, au ski, à Québec, au zoo, à la cabane à sucre, à Toronto, à la piscine, au parc, au théâtre, à Montréal, au cinéma, au verger, etc., parfois même avec une certaine désinvolture, cette semaine, l’encre de mon stylo a failli figer tellement j’ai gelé devant la xième fiche de consentement que me tendait cette fois ma grande. Je devais donner, ou non, mon accord pour qu’elle puisse aller visiter un cégep ! Elle achève son troisième secondaire ! Le cégep, j’en suis sortie hier : give me a break !

Heureusement, notre grande a déjà une bonne idée de ce qu’elle aimerait faire plus tard. Elle rêve d’enseigner le français... ou de posséder son propre petit café. Reste à savoir quelle voie elle décidera de suivre en premier.

Entre les lignes

Précieuses minutes

CHRONIQUE / Tout l’hiver, les vendredis, quand la météo le permettait, l’école de ma petite au grand complet allait en ski. Ce jour-là, tous les parents, de la maternelle à la sixième année, devaient aller mener leur enfant directement au pied des pentes pour 8 h. Même si l’école envoyait cha-que-se-mai-ne un mémo pour nous rappeler que tous devaient arriver « au chalet l’Express pour 8 h », sur le chemin du retour, après avoir pris le temps de regarder ma future Lindsey Vonn dévaler la pente-école deux fois, je croisais toujours des parents en retard.

Toujours les mêmes. Et pas en retard de cinq minutes. Je les rencontrais souvent après avoir fait un détour pour m’acheter un café dans lequel j’avais pris le temps de verser mes « quatre laits, un sucre ». Vers 8 h 10, 8 h 15... À cette heure-là, des kilomètres les séparaient encore de la montagne.

Personnellement, moi qui m’arrange pour toujours être pile-poil à l’heure à un rendez-vous, voire d’avance, je ne comprends pas ce phénomène. Chaque fois ça vient me chercher. Je les regarde s’éloigner dans mon rétroviseur — en les jugeant — et je me questionne sur le comment du pourquoi.

Entre les lignes

Se faire prendre aux tripes

CHRONIQUE / Trois cent soixante-quinze mille films et séries sont proposés sur Netflix. Quand je décide de passer deux heures devant la télé, j’en perds la moitié à pitonner pour trouver ce que je vais finalement écouter. Trop de choix, c’est comme pas assez. Mais, curieusement, chaque fois je finis par faire défiler un documentaire. Des biographies, mais surtout des documentaires animaliers. Comme si ça répondait à un besoin.

Eh bien, croyez-le ou non, une étude menée par la chaîne anglaise BBC et des chercheurs de l’université de Berkely, en Californie, vient de me faire réaliser que c’est sans doute le cas !

Entre les lignes

Mes pommettes

CHRONIQUE / On marchait de l’Australie vers l’Afrique l’autre jour — au Zoo de Granby — et en voyant des parents forcer comme des bœufs pour faire avancer leur poussette dans le chemin enneigé, les roues allant dans tous les sens sauf le bon, je n’ai pu me retenir d’affirmer à quel point je ne m’ennuyais pas « pantoute ! » de cette époque.

Celle des habits de neige rigides qui transforment les petits en étoiles de mer coussinées. Celle des sièges de bébé, du sac à couches et du parc Fisher-Price qui nous fait ressembler à des mulets. Celle où une sortie en famille demande la location d’une remorque U-Haul.

— C’était-tu si pire que ça ? m’a alors demandé mon ado, perplexe.

— Nooooon ! C’est juste que j’aime-vraiment-beaucoup-ça que vous soyez autonomes et que vous voyagiez léger, que je lui ai répondu, un sourire dans la voix. Des fois, c’est drainant quand vous êtes p’tits. Et l’hiver, avec les poussettes qui n’avancent pas, les bottes à velcro qui tombent, les tuques trop chaudes, les mitaines mouillées et le nez qui coule, c’est sportif. Je ne recommencerais pas.

Deux semaines plus tard — la vie est ainsi faite —, je me surprenais à m’ennuyer du moment où mes filles vivaient dans un monde imaginaire où le jeu et le plaisir prenaient toute la place dans leur tête. Je regrettais ce temps où, simplement en leur disant que j’allais compter le nombre de secondes nécessaire pour faire quelque chose, elles s’empressaient à le faire. J’ai poussé ma luck récemment avec ma petite de neuf ans en lui demandant d’aller chercher quelque chose pour moi au deuxième étage. « Vas-y, mon ti-chat. Maman va compter combien de temps ça te prend ! », que je lui ai lancé avec l’enthousiasme d’une cheerleader des Cowboys de Dallas.

Les yeux qu’elle m’a faits ! J’ai vite remisé mon stratagème inefficace dans la cave. À côté du p’tit pot.

Je me suis aussi ennuyé de la facilité qu’on avait, dans le temps, à chasser leurs ennuis, leurs peurs, leurs chagrins ou leurs angoisses. J’ai regretté les fois où le « becquer bobo » faisait la job. Où la diversion changeait tout.

J’ai souhaité que revienne ce temps où, pour les débarrasser d’un malaise quelconque, je faisais semblant de le prendre dans ma main la plus habile pour le lancer de toutes mes forces par la fenêtre. Geste que je posais de façon théâtrale et que j’accompagnais parfois d’un tour sur moi-même et du mot « Dehooors ! », prononcé très fort. C’était d’une efficacité désarmante. Je ne compte plus le nombre de maux de ventre et de cauchemars qui sont atterris face première dans le trottoir devant chez nous.

Mais c’est fini. Mes trucs ne fonctionnent plus. Les filles ont vieilli. La grande est en pleine adolescence. La petite, elle, vient de franchir l’âge de raison. Et en vieillissant, toutes deux ont, à leur façon, développé de petits maux qui, à une époque pas si lointaine, se manifestaient davantage chez les adultes.

Paraît que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Moi, j’ai donné naissance à deux pommettes anxieuses.

C’est merveilleux de voir grandir et vieillir nos enfants, mais maudit que c’est déchirant de les voir se tourmenter. De voir la détresse dans leurs beaux grands yeux bleus. Pas facile, comme parents, de se battre contre des monstres invisibles. Ô que je me suis souvent sentie démunie! J’ai même déjà rêvé qu’un simple prout sur la bedaine les fasse rire aux larmes, chassant du coup toutes leurs inquiétudes... pour la vie.

Heureusement, divers spécialistes existent pour nous aider à aider nos enfants. Il ne faut pas avoir peur de faire appel à eux. Selon moi, un bon parent est celui qui sait s’entourer des bonnes personnes quand son champ de compétences atteint ses limites.

Un pédiatre qui pratique à la clinique de l’adolescence à l’hôpital Sainte-Justine me disait récemment que 80 % des demandes de consultation concernaient désormais des problèmes d’anxiété de toutes sortes. Je le crois.

Les statistiques aussi le disent que les ados québécois sont deux fois plus anxieux qu’il y a six ans. Plus les filles même. L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, une étude réalisée en 2016-2017 auprès de 62 000 jeunes dans 465 écoles secondaires publiques et privées de la province, dévoile que les problèmes de santé mentale sont en hausse depuis 2010-2011 : la proportion d’élèves qui ont un diagnostic de trouble anxieux est passée de 9 % à 17 %. Chez les filles ça monte à 23 %. Chez les garçons ça atteint 12 %.

Avec de l’anxiété dans leur petit baluchon, mes filles font partie de ces statistiques.

Je me console toutefois en me disant qu’on en sait plus aujourd’hui pour les aider. On est plus outillés comme parents. Mais, oui, le temps de garnir notre fameux coffre à outils, c’est long et laborieux. Un mauvais bout à passer. Je le sais, un jour, je vais me surprendre à m’ennuyer de cette époque.

La vie est ainsi faite.

Entre les lignes

Le pouvoir de la liqueur brune

CHRONIQUE / Le phénomène n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit technicienne en nutrition, mais de nous deux, ma sœur est la plus granola. La bouffe santé, les fruits et légumes bien élevés, ça l’a toujours intéressée. Elle n’est pas végétarienne, mais elle tend vers ça. Avec un chum végé, le virage se fait naturellement.

Ma sœur brosse ses dents et lave ses cheveux, ses vêtements et sa vaisselle avec des produits écolos. Elle ne mange presque pas des sucreries, ne boit de l’alcool et des boissons gazeuses qu’à l’occasion et fait attention à la quantité de gluten qu’elle ingurgite. Mais, il n’en a pas toujours été ainsi...

Entre les lignes

Tranche de vie

CHRONIQUE / Au bien-cuit de mon ami Patrick pour ses 50 ans, j’ai été estomaquée d’apprendre que depuis presque autant d’années, il mangeait toujours la même chose au déjeuner : une toast au beurre de peanut avec une demi-banane. Chaque fois le même menu. Depuis près d’un demi-siècle. On appelle ce phénomène de la fidélité culinaire.

J’ai donc eu une pensée admirative pour lui l’autre matin, alors que je me trouvais on ne peut plus monotone d’attendre devant mon grille-pain à quatre fentes que rebondisse ma tranche de St-Méthode au kamut. Encore.

Entre les lignes

Non aux poules mouillées!

La tournée mondiale du Festival du film de montagne de Banff s’est arrêtée à Granby la semaine dernière. Ce soir-là, le Palace était plein à craquer de tripeux de plein air prêts à recevoir en pleine face une avalanche d’images et d’histoires spectaculaires de gens allés au bout de leur rêve. Moi, je suis sortie de là déçue.

Pas que les films n’étaient pas intéressants. Au contraire. Neuf nous ont été présentés. Du lot, trois — un petit, un moyen et un gros — abordaient sensiblement le même thème.

Entre les lignes

Si on se couchait moins niaiseux !

CHRONIQUE / Quand le mercure chute de façon phénoménale, vous remarquerez qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, pour dire qu’il fait « un froid de canard ! » Mais d’où sort cette drôle d’expression ?

Dire qu’il fait un froid de canard ferait allusion au temps glacial qu’il fait normalement au moment de la chasse aux canards, l’automne et l’hiver, en Europe. Quand le froid s’installe, les oiseaux s’envolent vers le Sud, vers leurs quartiers d’hiver situés en Espagne ou en Afrique. Pendant cette migration, ils sont toutefois la cible de chasseurs. Comme ceux-ci doivent attendre de longues heures au grand froid qu’un oiseau se pointe dans l’eau gelée des marais ou des étangs pour boire ou se reposer, ils ont, croit-on, imaginé cette expression.

Chroniques

Une autre façon de dire « Je t’aime »

CHRONIQUE / La ligne terrestre à la maison, on n’y répond presque plus. Et encore moins quand le numéro sur l’afficheur ne sonne de cloche à personne.

Mais un soir à l’heure du souper (un classique !), à ma grande surprise, mon chum a décidé de décrocher. Ma stupéfaction a fait un bond supplémentaire quand il m’a demandé si je connaissais mon numéro d’assurance sociale par cœur. La série de neuf chiffres, MA série de neuf chiffres, il l’a ensuite répétée à son interlocuteur !