Jean-Marc Beaudoin
Il était en effet impossible à quiconque habite la ville ou la région ou qui en est originaire de ne pas éprouver un énorme sentiment de fierté à la vue de ces images aériennes sur l’amphithéâtre et de ces zooms, quasi abusifs, mais combien bienvenus, faisant dominer à l’écran les lettres géantes de TROIS-RIVIÈRES.
Il était en effet impossible à quiconque habite la ville ou la région ou qui en est originaire de ne pas éprouver un énorme sentiment de fierté à la vue de ces images aériennes sur l’amphithéâtre et de ces zooms, quasi abusifs, mais combien bienvenus, faisant dominer à l’écran les lettres géantes de TROIS-RIVIÈRES.

Gloire pour Lamarche, reconnaissance pour Lévesque

CHRONIQUE / Le grandiose spectacle télévisuel de la fête nationale des Québécois était loin d’être terminé que Jean Lamarche se réclamait déjà sur les réseaux sociaux d’être le maire «de la plus belle ville du système solaire».

Rien de moins et, dans les circonstances, ils ont été des centaines et des centaines de Trifluviennes et de Trifluviens à partager le même enthousiasme que leur maire et à le lui dire.

Il était en effet impossible à quiconque habite la ville ou la région ou qui en est originaire de ne pas éprouver un énorme sentiment de fierté à la vue de ces images aériennes sur l’amphithéâtre et de ces zooms, quasi abusifs, mais combien bienvenus, faisant dominer à l’écran les lettres géantes de TROIS-RIVIÈRES.

On y décelait bien sûr la complicité très volontaire de Jean-François Blais, le grand chef d’orchestre de ce spectacle national, qui, comme on le sait peut-être, habite la région.

Mais avec ce TROIS-RIVIÈRES qui n’en finissait plus de percer l’écran, ces images saisissantes de la ville en brunante et l’amphithéâtre rempli de lumières qui trônait comme un joyau dans son écrin, on avait l’impression que ce n’était plus le spectacle québécois de la Saint-Jean, mais bien le spectacle de la fête nationale des Québécois que Trois-Rivières leur offrait avec générosité et splendeur.

C’était le grand spectacle national de Trois-Rivières depuis son colossal amphithéâtre perché, si certains ne le savaient pas, maintenant ils le savent, sur une pointe magnifique qui nous permet de voir la rivière Saint-Maurice et le fleuve Saint-Laurent se faire l’accolade avant de se fusionner, un peu plus bas.

On ne s’étonnera pas que le «post» du maire lui ait généré une avalanche de «likes», de bravos et de mercis pour ce sublime spectacle télévisuel qui exhibait Trois-Rivières.

Sur le plan du rayonnement de la ville, de sa valeur en marketing, l’événement était inestimable. Il y a eu près de deux millions de téléspectateurs rivés ce soir-là à leur écran et on doit en rajouter au moins un million à la reprise du 24 juin. Ça a fait du monde à la messe trifluvienne.

Mais au travers l’avalanche de félicitations adressées au premier magistrat pour cette réussite, un certain nombre d’internautes ont jugé pertinent de rendre aussi hommage au maire qui avait fait bâtir cet amphithéâtre dans l’adversité la plus totale, Yves Lévesque, le statuant dans le même élan de reconnaissance comme un grand visionnaire.

Que ce soit des nostalgiques ou d’anciens partisans qui lui vouent toujours presque de la vénération, il est correct et juste de reconnaître à l’ancien maire le mérite de la construction de l’amphithéâtre et même de l’accrochage sur la façade sud, des monumentales lettres de bois.

Autant ces dernières avaient fait l’objet de contestation que de moquerie parce que rapidement craquées, elles avaient été importées d’Europe où avait été coupé le bois nécessaire à leur fabrication, autant l’amphithéâtre a nourri une décennie de controverses politiques.

Même une fois sa construction achevée, il s’est trouvé des opposants qui réclamaient qu’on passe le bulldozer dessus, parce que sa gestion continuerait d’engloutir chaque année des fonds publics.

L’amphithéâtre a servi de prétexte à la division politique qui a marqué le long passage d’Yves Lévesque à la mairie de Trois-Rivières.

C’est vrai que l’équipement, dont on pouvait douter du besoin, a coûté cher, même s’il a été subventionné par Québec et Ottawa à hauteur de 28 millions $. Cette grande scène aura coûté à la fin entre 70 et 80 millions $. À deux reprises, des signatures de registre, aussi tôt envoyées à la poubelle, ont rejeté des règlements d’emprunt reliés à l’amphithéâtre Cogeco ou à Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

On peut dire que si les résultats électoraux des derniers mandats à la mairie étaient le reflet de l’opinion des Trifluviens sur l’amphithéâtre, la population était carrément divisée en deux, puisque Yves Lévesque l’emportait, mais avec plus ou moins 50 pour cent des voix exprimées.

Bien sûr, ceux qui n’aimaient pas Lévesque et qui en conservent un peu d’acrimonie à son endroit, et ils demeurent nombreux, ne vont pas se mettre à le congratuler parce qu’en raison de cet amphithéâtre d’exception, Trois-Rivières a rayonné cette semaine sur tout le Québec.

Par contre, on peut penser qu’il y avait déjà, avant ce grand spectacle de la Saint-Jean, une bonne réconciliation d’amorcée avec l’équipement chez ceux qui y ont fait résistance.

Que ce soit ZZ Top ou la grande Céline, on ne compte plus les artistes de renom qui s’y sont produits et qui ont donné à la scène toute sa crédibilité. Avec le Cirque du Soleil, qui remplit la ville depuis cinq ans, on pouvait croire que la pertinence de l’amphithéâtre, c’était chose acquise. Avec ce «Québec à l’unisson», les dernières critiques, qui n’étaient déjà plus que des murmures, vont se perdre dans l’air du temps. C’est l’amphithéâtre de tous les Trifluviens.

On a certes entendu quelques dures critiques sur le spectacle, parce qu’il y avait un grand oublié, le drapeau du Québec. Parce qu’on avait pour certains la nostalgie des soirées de fête nationale émotive, où le fleurdelisé est brandi comme une arme d’assaut; qu’on s’est contenté de tout petits clins d’œil à ces classiques chantres patriotiques québécois comme Leclerc ou Vigneault; que si le spectacle était multiculturel, il n’était pas suffisamment nationaliste poing en l’air.

On l’a voulu inclusif... Il n’y a eu aucune chanson en anglais, même pas un petit hommage à Cohen, un célèbre montréalais. Il est vrai que son Hallelujah aurait volé le show.

Coup de coeur: Avec le déconfinement devenu quasi total, c’est un lendemain de Saint-Jean... libérateur, et sans maux de tête, si on garde un peu de prudence.

Coup de griffe: Même si ça ne l’était pas à la Saint-Jean mais que ça deviendra possible à la confédération, avec l’ouverture des bars, n’arrosons pas trop la fête du Canada.