Obama avait mis en place une stratégie, mais Trump a mis ces études à la poubelle à l’été 2018. Plus encore, alors que la présente pandémie pointait à l’horizon, il proposait au début février 2020 de réduire de 30 % le budget de prévention des épidémies.
Obama avait mis en place une stratégie, mais Trump a mis ces études à la poubelle à l’été 2018. Plus encore, alors que la présente pandémie pointait à l’horizon, il proposait au début février 2020 de réduire de 30 % le budget de prévention des épidémies.

Canada et États-Unis : deux réponses très différentes au coronavirus

Chronique / La pandémie du coronavirus représente une tragédie pour tous. Cependant, certains pays s’en sortent mieux que d’autres. Un simple regard sur les données statistiques de la contamination démontre des résultats très différents au Canada par rapport aux États-Unis. En fait, alors que les États-Unis sont devenus l’épicentre de la pandémie et que leur taux de mortalité rejoint proportionnellement ceux de l’Italie ou de l’Espagne, le Canada se classe statiquement parlant parmi les premiers de classe avec l’Australie, Taiwan, Singapour ou la Corée du Sud. Comment expliquer cette différence avec les États-Unis alors que nous vivons sur le même continent?

Encore récemment, une étude de l’Université Harvard démontrait que pour contrôler les maladies contagieuses, il était important d’adopter une politique rapide de détection et de surveillance. Lors des premiers cas de coronavirus, l’attitude du président Trump fut de nier le problème, affirmant que tout était sous contrôle. Les services de renseignement américain avaient pourtant décelé dès novembre 2019 l’apparition d’une pandémie dangereuse en Chine. Toutefois, pendant trois mois, le président américain rejetait l’expertise scientifique des agences de santé publique et les conseils de ses propres services de renseignement.

En contrepartie, les autorités canadiennes ont compris l’importance d’avoir une stratégie visant à contrôler la courbe comme moyen d’endiguer la propagation de la pandémie. Une fois que cela est fait, il est possible de dépasser cette courbe et de s’occuper plus des cas actifs. Cela est possible dans la mesure où les autorités en place acceptent de réagir agressivement dès le départ. 

Or, la préparation aux épidémies commence des années avant une épidémie. Obama avait mis en place une stratégie, mais Trump a mis ces études à la poubelle à l’été 2018. Plus encore, alors que la présente pandémie pointait à l’horizon, il proposait au début février 2020 de réduire de 30 % le budget de prévention des épidémies.

Au Canada, l’attitude fut très différente. Tirant les leçons de l’épidémie du SARS, les autorités médicales canadiennes ont suivi étroitement l’évolution du coronavirus et ont adopté des stratégies appropriées. Les autorités médicales et politiques canadiennes, à tous les niveaux, ont rejeté la politique de l’autruche. Elles comprenaient un principe de base : endiguer la maladie n’est généralement pas le fruit du hasard. Il faut prendre les bons moyens au bon moment. La rapidité de l’intervention dans la détection et surveillance est la clé du succès. Aussi, le Canada n’est pas confronté à des crises comme celles survenant en Italie, en Espagne et maintenant aux États-Unis.

Contrairement aux États-Unis où le président Trump insulte régulièrement les gouverneurs démocrates, les autorités canadiennes, tant provinciales que fédérales, travaillent étroitement ensemble. Elles ont toutes pris au sérieux le danger de pandémie dès le mois de janvier. Elles se sont montrées très attentives aux signes inquiétants concernant la nature de la maladie et les personnes les plus à risque. Elles ont su aussi tirer des leçons des erreurs des autres pays.

Comme les autorités canadiennes n’ont pas nié le problème, elles n’ont pas un problème de crédibilité comme aux États-Unis. La communication entre les autorités et la population devint ainsi beaucoup plus facile. Ce faisant, les Canadiens ont accepté plus rapidement que les Américains de se plier aux exigences strictes de quarantaine et d’une distanciation sociale rigoureuse. En adoptant une approche basée sur la transparence, il devint plus facile au Canada de détecter, identifier et isoler les cas suspects.

Le maintien d’une communication publique efficace est vital pour obtenir le concours des gens et s’assurer qu’ils demeurent vigilants. Aussi, contrairement au comportement de Trump, les autorités canadiennes n’ont pas contredit les scientifiques. Elles n’ont pas cherché à minimiser la menace en suggérant qu’un vaccin pourrait être rapidement développé ou en effectuant d’autres déclarations inexactes. En se montrant ouvertes, honnêtes et transparentes, les autorités canadiennes ont maintenu un climat de confiance. Ce faisant, elles ont non seulement démontré leur compétence, mais leur souci réel du bien-être des gens.

Ainsi, les autorités canadiennes ont été beaucoup plus rapides à limiter les contacts sociaux pour éviter d’être submergées par une épidémie à grande échelle. Les écoles et universités furent fermées beaucoup plus tôt qu’aux États-Unis, l’interdiction de tenir de grands rassemblements décrétée rapidement. De plus, les porteurs du virus, étant rapidement identifiés par un nombre élevé de tests, furent ordonnés de se mettre en quarantaine. Lorsque les autorités ont pris la décision de fermer les usines et de demander aux travailleurs de rester chez eux, elles avaient développé des plans d’urgence d’assistance économique.

La différence dans les chiffres entre les deux pays est très parlante. Au 28 mars, le Canada avait déjà effectué 184 000 tests de dépistage du coronavirus, lui permettant de détecter 5500 personnes ayant été contaminées, soit un ratio de 2.9 %. Le nombre de cas demandant une hospitalisation était de 6 % et le taux de mortalité étant moins de 1 %. Aux États-Unis, la situation est très différente. À la même date, les autorités américaines n’avaient alors effectué que 552 000 tests, soit proportionnellement 3.3 fois moins qu’au Canada. Le taux de détection était beaucoup plus élevé avec 15.5 %, indiquant une propagation plus grande qu’au Canada. Par ailleurs, le nombre de cas demandant une hospitalisation atteignait 16.5 % aux États-Unis, 2.5 fois plus qu’au Canada. De plus, le taux de mortalité était le quadruple de celui du Canada. Depuis deux semaines, les chiffres augmentent dans les deux pays, mais les ratios demeurent sensiblement les mêmes.

Les interventions des autorités canadiennes furent à la fois agressives et opportunes pour confronter la pandémie. Ce faisant, le Canada, étant doté d’un des meilleurs systèmes de santé au monde, s’est assuré que le public canadien conserve la confiance en ce système. Ainsi, alors que le système de santé américain est débordé par la pandémie, au Canada la crise est beaucoup plus sous contrôle. Alors que le président Trump cherche à blâmer tout le monde pour la pandémie, les premiers ministres Trudeau, Legault et leurs collègues des autres provinces ont su exercer un véritable leadership.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.