Ancien journaliste à La Presse, Vincent Marissal a surpris ses collègues en annonçant sa candidature pour Québec solidaire.

Vincent s’en va-t-en guerre

CHRONIQUE / La réponse qu’a donnée Vincent Marissal concernant son choix de circonscription pour faire de la politique sous la bannière de Québec solidaire était simple. Pourquoi Rosemont, où il fera la lutte à Jean-François Lisée? «Parce que je suis chez moi», a-t-il dit.

Je lui donne raison sur ce point : le premier devoir d’un député est de représenter les citoyens qui l’ont élu, et cette représentation est beaucoup plus efficace et crédible dans un milieu que l’on habite et que l’on connaît. Je crois cependant que Marissal n’aurait jamais fait le saut en politique pour Québec solidaire dans Westmount ou Ville Mont-Royal même s’il y habitait… D’ailleurs, les informations voulant qu’il ait auparavant montré un intérêt pour une candidature libérale fédérale dans Saint-Laurent jettent une zone d’ombre sur ses motifs, et surtout sur ses convictions souverainistes. Il devra s’expliquer.

Tous ses anciens collègues journalistes sont tombés en bas de leur chaise, la semaine dernière, lorsqu’ils ont appris sa décision. Pourquoi Québec solidaire? Pourquoi courir un tel risque avec un parti qui n’a aucune chance de former le gouvernement ni même l’opposition officielle? Nous avons tous cherché à comprendre, sans trouver d’explication. Nous vivons dans un monde où la perception et les intrigues présumées ont parfois plus de poids que la réalité. Marissal, comme des millions de Québécois qui veulent du changement, s’est dit déçu de nos contradictions collectives sur les grands enjeux. Il croit pouvoir faire une différence, mais pas au sein des grands partis. Ça reste à voir. 

Il est clair que Gabriel Nadeau-Dubois a compté dans sa décision. L’amitié ou les liens personnels ont toujours de l’influence dans nos vies. Et il est tout aussi clair que pour Gabriel Nadeau-Dubois, la candidature de Marissal dans Rosemont est un doigt d’honneur à l’endroit de Jean-François Lisée et du PQ, qu’il n’aime guère. Mais ce n’est pas une raison, selon moi, pour prêter des intentions similaires à Marissal, ou pour lui reprocher de se présenter dans Rosemont. Il en a parfaitement le droit.

Est-il naïf de croire qu’il peut apporter une contribution plus significative en politique qu’en journalisme? Et surtout, au sein d’un petit parti de trois ou quatre députés? Peut-être, mais on ne peut certainement pas l’accuser d’opportunisme. Il aurait été beaucoup plus rassurant pour lui de s’impliquer avec la CAQ, les libéraux et même le PQ. 

J’espère qu’il a déjà pris connaissance des mémoires de Gérard Pelletier, l’ami de Pierre Elliott Trudeau, qui a dirigé La Presse avant de se lancer en politique. L’ancien ministre y confie qu’il a eu finalement plus de pouvoir et d’influence comme journaliste que comme membre du Conseil des ministres du gouvernement fédéral. Mais la vie perdrait tout intérêt s’il fallait se laisser arrêter par l’expérience de nos prédécesseurs, pour «s’asseoir sur son steak» en attendant la retraite.

Alors Vincent «s’en va-t-en guerre», pourrait-on dire, comme dans la chanson. Et comptez sur ses adversaires pour lire ou écouter ses milliers de chroniques et entrevues des 15 dernières années, et tenter de lui trouver des poux. Ce sera une belle campagne dans Rosemont parce que Lisée et Marissal sont de bons communicateurs. Et ce sera aussi une belle campagne dans l’ensemble du Québec parce que Québec solidaire voudra utiliser la notoriété de Marissal dans les circonscriptions voisines de Rosemont, ou celles comme Taschereau à Québec, laissée vacante par Agnès Maltais.

Je lui souhaite bonne chance, comme je le fais à tous les politiciens que je respecte. Bonne chance, avant d’avoir à faire des analyses critiques sur ses déclarations et ses prises de position.