François Legault et Christian Dubé

Un coup fumant pour Legault

CHRONIQUE / C’est souvent risqué de mener dans les sondages, mais il y a aussi de grands avantages. Comme de pouvoir recruter un Christian Dubé, premier vice-président de la Caisse de dépôt, qui laisse tomber un salaire de plusieurs centaines de milliers de dollars pour revenir en politique à la demande expresse de son ami François Legault. Philippe Couillard, qui aime beaucoup la pêche, admettra que c’est une grosse prise.

Le chef de la CAQ m’avait déjà confié avoir trouvé pénible le départ de Christian Dubé, en 2014. Tout comme Legault, Dubé adorait parler d’économie et de finances publiques. Il portait ce chapeau avec compétence, à un point tel qu’à l’époque, le PQ avait accusé le gouvernement d’avoir acheté son départ de la Coalition avenir Québec pour un million de dollars en l’envoyant à la Caisse de dépôt. 

Et voilà que Dubé quitte la caisse pour se présenter dans La Prairie. Celle-là, personne ne l’avait vu venir et c’est ce qu’on appelle un coup fumant. Chapeau à François Legault, c’est une grosse addition dans son équipe. On pourrait même dire que coup pour coup, c’est aussi gros que la décision de Gertrude Bourdon de passer chez les libéraux, après avoir flirté longuement avec la CAQ. Sauf que le «magasinage» de Mme Bourdon est vite devenu un sujet de controverse, alors que Dubé ne fait que revenir dans sa famille politique. Et qui plus est, il a toujours été d’un commerce agréable avec les médias, ce qui est un gros atout en campagne électorale.

Une chose est certaine, Christian Dubé ne revient pas en politique pour occuper un poste de simple député si la CAQ prend le pouvoir. Ministre des Finances? Du Développement économique? Il aura l’embarras du choix. Baccalauréat en administration des affaires et comptable agréé depuis 1981, il a passé sa vie dans les grandes corporations comme Price Waterhouse Cooper & Lybrand, Domtar et Cascade, avant d’aboutir à la Caisse de dépôt. En fait, je le vois davantage au développement économique, mais il ne fait aucun doute que Legault lui a promis un ministère important. Son retour en politique est aussi important que l’arrivée de Carlos Leitão chez Philippe Couillard en 2014. Pas surprenant que François Legault se soit dit très «reconnaissant», lundi matin, en annonçant sa candidature.

Jean-François Lisée lui a reproché de ne pas avoir terminé son mandat en 2014 et il a dit douter de ses intentions si la CAQ reste dans l’opposition. Dubé a vu venir le coup et il a promis de terminer son mandat cette fois-ci. C’est vrai qu’on peut lui reprocher d’avoir provoqué une élection partielle à 600 000 $ en quittant avant la fin de son mandat de 2014. Mais si on faisait la liste de tous les élus qui ont fait de même dans le passé, on en trouverait dans tous les partis. Et puis contrairement à plusieurs autres, Dubé n’a pas touché son allocation de transition. Remarquez qu’avec le salaire qui l’attendait à la Caisse de dépôt…

De son coté, Philippe Couillard a prédit qu’il y aurait une «zone de fracture» entre les positions de Dubé, qui a appuyé la cimenterie McInnis de Port Daniel, alors que François Legault n’y a vu que du gaspillage. Là encore, M. Couillard doit admettre que certains de ses nouveaux candidats ont eux aussi dénoncé les positions libérales. C’est le cas notamment d’Enrico Ciccone que le PLQ présente dans Marquette, après avoir tassé le député François Ouimet.

Bref, ce lundi 3 septembre aura été celui de François Legault qui en avait bien besoin après ses difficultés de parcours de la semaine dernière. Le chef de la CAQ doit se dire que si «le trois fait le mois», ça augure plutôt bien.