Ottawa a envoyé trois agents au Nigéria pour travailler avec les autorités américaines sur le traitement des demandes de visas pour les États-Unis et pour aussi passer le message que ces visas ne sont pas un billet pour entrer illégalement au Canada par le chemin Roxham.

Mieux vaut tard que jamais

CHRONIQUE / Le gouvernement canadien est finalement sorti de sa torpeur sur l’entrée irrégulière de migrants au pays. En août dernier, le ministre fédéral Marc Garneau avait statué qu’on ne pouvait pas qualifier de «crise» l’arrivée de milliers de demandeurs d’asile d’origine haïtienne, en provenance des États-Unis. Le message a changé : non seulement y aura-t-il plus de ressources pour traiter ces demandes d’asile, mais il y aura un effort concerté avec l’administration américaine pour contrer ce phénomène.

La conférence de presse sur le sujet, lundi matin, ne visait pas qu’à rassurer les Canadiens. En y déléguant trois ministres du cabinet, Marc Garneau, Ralph Goodale et Ahmed Hussen, le gouvernement a voulu envoyer un message percutant à l’étranger : ceux qui franchissent nos frontières illégalement pour obtenir le statut de réfugié courent le risque de se faire expulser.

Ce message visait surtout les migrants d’origine nigériane qui sont de plus en plus nombreux à franchir le chemin Roxham, après avoir obtenu un visa pour entrer aux États-Unis. «Je veux m’assurer que tout le monde comprenne bien une chose : les demandeurs d’asile à notre frontière ne reçoivent pas un billet gratuit vers le Canada», a déclaré le ministre Garneau. 

La mise en garde n’était pas nouvelle, mais le ton était beaucoup plus ferme. Quatre-vingt-dix pour cent des migrants irréguliers ne répondent pas aux critères exigés et devront quitter le pays, a révélé le ministre, «incluant 200 au cours des prochaines semaines». C’est peu, 200 renvois par rapport à toutes les entrées irrégulières des derniers mois, mais ça envoie un message clair : malgré notre hospitalité pour les réfugiés, dont Justin Trudeau a maladroitement fait état sur Twitter en janvier 2017, le Canada n’hésite pas à expulser ceux qui profitent de la situation pour entrer illégalement sur son territoire.

L’autre mesure forte annoncée par le gouvernement est la décision d’envoyer trois agents à Lagos, au Nigéria, pour travailler avec les autorités américaines sur le traitement des demandes de visas pour les États-Unis. On pourra ainsi avertir ces demandeurs qu’ils seront retournés chez eux si leur demande d’entrer en sol américain vise simplement à prendre ensuite la voie du chemin Roxham pour venir illégalement au Canada. Le ministre Hussen se rendra également au Nigéria pour porter ce message.

Détail encourageant, les demandes d’asile de la part de gens d’origine haïtienne ont chuté considérablement, et les rumeurs d’un flot à venir de migrants d’origine latino-américaine ne se sont pas matérialisées, a dit M. Garneau. 

La véritable question au lendemain de cette conférence de presse est l’effet qu’elle aura à l’étranger. En fin de semaine, environ 190 personnes par jour ont franchi la frontière de façon irrégulière, a révélé Jean-Pierre Fortin, du Syndicat des Douanes et de l’Immigration, sur les ondes de RDI. S’il est vrai que ce nombre pourrait atteindre 400 d’ici l’été, la situation sera intenable pour les services d’accueil. Or, les avertissements lancés hier par le ministre Garneau et ses collègues pourraient prendre un certain temps avant d’atteindre les gens qui se préparent à quitter le Nigéria pour venir ici. Les passeurs pourraient même accélérer la cadence en raison de ces avertissements. Bref, si on refusait de parler de crise l’an dernier, on pourrait bien en vivre une cet été.

À tout le moins, le gouvernement canadien mettra en place un service de triage pour répartir les migrants selon leur destination finale au pays, ce qui devrait alléger le fardeau pour le Québec. Mais ce n’est qu’une mesure de gestion temporaire, et non pas une solution finale au problème.