Le premier ministre du Québec, François Legault

Les deux mains sur le volant

CHRONIQUE / François Legault a gagné son pari. Il a évité la situation vécue par Jean Charest qui s’est retrouvé minoritaire en 2007, et qui a dû retourner devant le peuple en 2008 pour avoir les deux mains sur le volant.

C’est une prouesse remarquable pour M. Legault qui devient premier ministre du Québec après seulement sept ans à la tête de la Coalition avenir Québec qu’il a fondée en 2011. Le chef de la CAQ a vécu des moments difficiles, mais il n’a jamais abdiqué. Finalement, c’est sa résilience qui lui a permis de surmonter les obstacles et d’attendre le vent de changement qui l’a porté au pouvoir.

Avec de tels résultats, M. Legault aura les coudées franches. Mais il n’aura aucun prétexte pour reporter ou oublier ses promesses électorales, d’autant plus que les libéraux lui ont laissé une situation budgétaire enviable.

Le nouveau premier ministre aura les deux mains sur le volant, mais sa gouverne ne sera pas reposante avec la montée spectaculaire de Québec solidaire. Comme l’a déclaré Catherine Dorion, la gagnante de QS dans Tachereau, «après une telle victoire, on va y prendre goût». L’arrivée de cette nouvelle cohorte de députés solidaires à l’Assemblée nationale annonce une gauche beaucoup plus militante, notamment sur les questions environnementales. Ce n’est là qu’un exemple, et il y en aura d’autres. Je vous parie que M. Legault sera beaucoup moins pressé d’aller de l’avant avec la réforme promise du mode de scrutin. 

L’ampleur de la victoire de la CAQ est aussi grande que celle de la déconfiture du Parti québécois. C’est un résultat catastrophique pour Jean-François Lisée, si on considère qu’André Boisclair avait conservé 36 députés lorsque le PQ a été relégué sur les banquettes du deuxième parti d’opposition en 2007. 

Ces résultats constituent un avertissement sévère pour les souverainistes après les malheurs du Bloc québécois à Ottawa. Est-ce à cause du report de l’échéance référendaire ? Serait-ce plutôt le résultat du vieillissement de l’option ? Peu importe. L’absence du vieux débat entre souverainistes et fédéralistes, a privé le PLQ de ses arguments habituels, et il a libéré de nombreux militants du PQ qui sont passés à la Coalition avenir Québec et à Québec solidaire.

À partir du moment où le désir de changement de l’électorat l’a emporté sur tout le reste, c’est la CAQ qui offrait la meilleure garantie à une bonne partie des électeurs. Les autres se sont tournés vers Manon Massé et Québec solidaire pour réclamer une nouvelle vision de l’avenir. 

Et que dire des libéraux après de tels résultats ? La défaite est cuisante, mais le parti conserve sa base électorale la plus fidèle, ce qui lui permettra de profiter de sa période au purgatoire pour se rebâtir, probablement sous un nouveau leadership. Parce que si on se fie aux propos de M. Couillard en soirée, il ne terminera pas son mandat. Comme le gouvernement caquiste sera majoritaire, les libéraux ne seront pas pressés par le temps et une échéance électorale plus courte que l’habituel mandat de quatre ans. M. Couillard pourrait prendre temps nécessaire pour préparer la députation libérale à ses nouvelles responsabilités, mais ses propos d’hier soir laissent présager d’un départ plus tôt que tard. Les libéraux pourraient se tourner vers un leadership intérimaire dans l’attente de la course à la direction. La défaite de Pierre Moreau les privera d’un candidat potentiel dans le choix du prochain chef. Tous les yeux se tourneront rapidement vers Sébastien Proulx et peut-être Dominique Anglade.

Un gouvernement de changement, deux courses à la direction, et Québec solidaire… La politique québécoise sera toujours aussi passionnante.

À LIRE AUSSI: Les résultats, circonscription par circonscription