L’arrivée de Vincent Marissal chez Québec solidaire confirme une tendance au recul de la question de la souveraineté chez les souverainistes.

Croyants, mais non pratiquants

CHRONIQUE / Les circonstances entourant l’arrivée de Vincent Marissal à Québec solidaire, associées aux querelles internes au sein du Bloc québécois, confirment une tendance lourde chez les souverainistes. Comme bien des catholiques baptisés, mais non pratiquants, ils croient encore aux vertus de la souveraineté, mais ils n’y travaillent plus vraiment. Sauf Martine Ouellet, bien sûr…

Je devine déjà les courriels de protestations à venir en tenant un tel discours, mais il faut quand même voir les faits pour ce qu’ils sont : depuis les touts débuts du Parti québécois (PQ), l’objectif souverainiste a été le ciment qui a réuni des millions de Québécois derrière un seul parti, malgré des opinions souvent très divergentes sur les autres enjeux de société, dont l’économie. 

L’échec référendaire de 1995 a sonné le glas de cet effort collectif. Sous Lucien Bouchard, les finances publiques sont devenues la priorité.

La création de Québec solidaire en 2006 et l’élection d’Amir Khadir en 2008 et de Françoise David en 2012 ont consacré la division des forces souverainistes. Même s’ils étaient favorables en principe à la souveraineté, les élus de Québec solidaire n’y ont pas consacré leurs énergies. Leurs efforts ont porté sur les mesures sociales et économiques, dans le sens d’une société plus juste et équitable. 

Même si le PQ a toujours conservé ses objectifs souverainistes, l’action n’a pas suivi le discours. À l’image des fédéralistes, qui disaient que «le fruit n’est pas mûr» pour une relance des négociations constitutionnelles, les péquistes sont allés d’un slogan à l’autre pour faire patienter leurs militants. L’attente «des conditions gagnantes» s’est poursuivie jusqu’à Jean-François Lisée, qui a finalement reconnu qu’il est illusoire de promettre une démarche souverainiste dans un premier mandat.

Cette mise de côté de l’option s’est vue aussi au sein du Bloc québécois. Tant qu’il y avait une possibilité théorique de faire la souveraineté, les bloquistes avaient une mission plus définie à Ottawa. Ils étaient là pour défendre les intérêts du Québec et de préparer ainsi le grand jour. Mais depuis que ce grand jour n’est plus à l’agenda à Québec, ils ne sont plus que des députés comme les autres à Ottawa. Et voilà qu’arrive Martine Ouellet qui veut relancer la croisade. Sans surprise, elle se heurte aux objections de ces députés. Pour eux, la cause souverainiste n’est plus un atout de réélection alors que la défense des intérêts est toujours crédible.

L’arrivée de Vincent Marissal chez Québec solidaire confirme ce virage. L’ancien journaliste dit avoir voté pour la souveraineté en 1995, ce qui en fait donc un souverainiste. Mais c’est un souverainiste qui a jonglé sérieusement à la possibilité de siéger aux Communes d’Ottawa avec les libéraux. Marissal ne vient donc pas chez Québec solidaire pour faire la souveraineté, mais à cause de son «indignation» devant les injustices et les faiblesses du système. 

Divisés à Québec comme à Ottawa, les souverainistes de 2018 vivent une crise sans précédent dans leur histoire. Ils ont cru voir un sauveur en Pierre Karl Péladeau, au point de fermer les yeux sur ses politiques antisyndicales. Ils ont espéré un moment que le «ciment» puisse reprendre, mais Péladeau a quitté.

Tout le monde admet que la prochaine campagne électorale ne sera pas un affrontement entre fédéralistes et souverainistes. Le grand défi du PQ, dans un tel contexte, est de trouver sa place entre la gauche solidaire, le centre libéral, et le centre droit de la Coalition avenir Québec. C’est comme dans la religion : à partir du moment où on n’est plus pratiquant, il faut inévitablement redéfinir ses valeurs morales.