Chronique

Nous sommes tombés dans le panneau

CHRONIQUE / Le rapport de la Vérificatrice générale sur les allégations de collusion et de corruption faites par Annie Trudel à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) nous interpelle tous, élus, non élus et médias d’information. Nous vivons dans un monde surmédiatisé où la moindre dénonciation devient trop souvent vérité, avant même que les faits ne soient vérifiés. Un monde où les médias et les élus devraient s’informer davantage avant de tomber aussi rapidement dans le lynchage public.

Le cas d’Annie Trudel est troublant. En suivi au rapport de la commission Charbonneau, l’Assemblée nationale a adopté en 2012 une loi forçant les entreprises engagées dans un processus d’appel, à obtenir préalablement une autorisation de l’AMF. Or, selon Mme Trudel, ce processus d’autorisation aurait donné lieu à une collusion entre l’UPAC et l’AMF, visant à favoriser une firme de consultants qui conseillait les entreprises dans leurs démarches. 

C’était grave comme accusation, parce qu’elle visait des organismes chargés précisément de surveiller l’intégrité du suivi donné à la commission Charbonneau. D’autant plus grave que les propos de Mme Trudel ont trouvé écho dans tous les médias, jusqu’à la tribune de Tout le monde en parle.

L’ampleur de ces accusations a amené la vérificatrice à faire un audit particulier après des organismes concernés, à examiner l’information détenue par ces organismes, à questionner les firmes de services professionnels et les entreprises impliquées dans le processus d’autorisation. On y a consacré 5500 heures de travail!

Conclusion : «Nos travaux d’audit n’ont pas permis de confirmer la présence d’un stratagème entre l’AMF et l’UPAC visant à favoriser une firme de consultants», a conclu le rapport. Annie Trudel a été rencontrée, mais elle a refusé de préciser ses accusations sous prétexte que ses renseignements auraient été obtenus «alors qu’elle collaborait avec un avocat». Elle a refusé d’identifier cet avocat.

Une lettre a été envoyée à 316 entreprises leur demandant si des employés de l’AMF ou de l’UPAC leur avaient recommandé une firme de consultants. Rien là non plus. Les courriels de ces deux institutions ont également été vérifiés.

Bref, il a fallu dépenser une fortune pour vérifier les allégations d’une personne dont la crédibilité avait déjà été mise à mal dans un autre dossier concernant le ministère des Transports. Une personne qui s’est lancée sur Twitter dès mercredi, pour dénoncer tout le monde : le Vérificateur général, le journal La Presse, et le gouvernement. Demain, ce sera sans doute à mon tour d’y passer. 

Il y a des gens qui voient des conspirations partout dans nos sociétés. Dans ce cas-ci, on en a fait une vedette pour constater une deuxième fois son manque de crédibilité.

Un jour, il se trouvera bien quelqu’un dans le monde universitaire pour faire le bilan de toutes ces allégations lancées régulièrement dans l’espace public. Combien de cas ont été confirmés et combien se sont avérés totalement faux, erronés, ou tirés par les cheveux? Un beau sujet de recherche.

Il y a eu de grands moments dans le travail journalistique au cours des dernières années. Le scandale sur la gestion de certains baux conclu par la Société immobilière du Québec, maintenant Société québécoise des infrastructures, en est un bon exemple. Même chose pour les compteurs d’eau à Montréal. Le questionnement sur les dépenses de la présidence de l’Assemblée nationale dans le cadre des délégations de députés à l’étranger est tout aussi légitime. 

Le cas de Mme Trudel n’est pas de cette nature. Nous sommes tombés dans le panneau.

Chronique

Kim ne pourra croire Trump après ça

CHRONIQUE / Justin Trudeau croyait avoir sauvé la journée, mais ça n’a pas duré 12 heures: Donald Trump l’a laissé tomber. Comment Kim Jong Un pourra-t-il prendra la parole de cet homme après une telle trahison du président envers son plus proche voisin et allié? Une fois encore, Trump a agi comme un bébé à qui on vient d’enlever sa suce.

Pourtant, les dirigeants du G7 étaient parvenus à s’entendre sur un communiqué final au lieu de s’en remettre à une déclaration de la présidence. Mais Donald Trump a renié sa signature en accusant Justin Trudeau d’avoir menti sur le commerce avec les États-Unis.

Pourtant, ce n’était pas un communiqué très engageant qu’avaient accepté les leaders du G7. Un communiqué à sept, à six et même à cinq. Le Japon et les États-Unis avaient refusé de s’engager dans un effort collectif sur le plastique pour protéger les océans. Les Américains n’avaient pas bougé sur l’accord de Paris concernant le climat. Ils n’avaient pas accepté d’être partie prenante à l’entente visant à améliorer le sort des femmes.

Sur le commerce, le texte négocié par les sherpas permettait à tous de rester sur leurs positions. D’ailleurs, avant de quitter samedi matin, le président avait demandé des échanges commerciaux «sans tarifs, sans barrières et sans subventions», tout en menaçant de couper les liens avec les pays qui refuseraient de se plier à ses exigences. 

Pour les Japonais, qui ont fait un point de presse avant le communiqué final, les deux mots les plus importants à surveiller porteraient sur un commerce mondial «libre et équitable, et le maintien des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Bref, tout le monde pouvait s’entendre sur ce genre d’objectif, même s’ils savaient tous qu’il serait impossible de s’entendre avec les Américains sur ce qui est équitable. D’ailleurs avant même de quitter Charlevoix, Donald Trump avait claironné à nouveau que son pays avait été floué par ses partenaires commerciaux depuis longtemps. Le seul changement dans son discours avait été de dire que les déficits commerciaux des États-Unis n’étaient pas la faute des leaders des autres pays, mais celle des présidents américains des 50 dernières années. 

Même Emmanuel Macron croyait qu’on avait sauvé la journée. Il avait convenu qu’il faudrait améliorer l’OMC et que le travail ne faisait que commencer. Mais l’important, selon lui, c’est qu’on avait «évité les déclarations qui nous auraient fait revenir en arrière. Il avait déclaré que les discussions à venir devraient se faire «avec les faits sur la table». Des faits, a-t-il dit, dans une allusion directe aux déclarations de Donald Trump, «qui ont été complètement déformés».

Conclusion: rien n’était réglé, les tarifs allaient rester en place, et Donald Trump recommencerait rapidement à blâmer le Canada et ses partenaires, mais on avait un communiqué final. Comme s’il avait pressenti ce qui s’en venait en soirée, le premier ministre Trudeau a déclaré à plusieurs reprises pendant sa conférence de presse que le président américain «va continuer à dire ce qu’il dit» et que le Canada ne se laisserait pas «bousculer». «J’ai dit au président que les Canadiens ne prennent pas cela à la légère» et qu’ils trouvent un peu «insultant» de se faire traiter de cette manière pas leur voisin du sud. M. Trudeau avait réitéré que le Canada appliquerait dès le 1er juillet des droits de douane en représailles à ceux imposés par Washington sur l’acier et l’aluminium. Emmanuel Macron avait annoncé la même intention au nom de l’Union européenne.

L’important, selon M. Trudeau, était que le G7 de Charlevoix se soit terminé par un communiqué sur les défis qui confrontent les pays membres. 

Il s’était montré particulièrement fier d’avoir obtenu un engagement de 3,8 milliards $ pour l’éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit. Donald Trump ne lui a même pas laissé le temps de savourer le moment. Il lui a volé la manchette en deux tweets de trois lignes, sans même l’en prévenir à l’avance.

Quel jugement porteront les Américains sur une telle trahison? Et surtout, quelle opinion Kim Jong Un aura-t-il de cet homme? Si j’étais lui, j’annulerais la rencontre de Singapore et je garderais mon arsenal nucléaire. Parce qu’avec Trump, il n’y a pas d’honneur. 

LIRE AUSSI: Trump optimiste, en route pour son sommet avec Kim

Chronique

Aucun progrès sur le commerce au G7

CHRONIQUE / Cette première journée du G7 dans Charlevoix ressemblait à une rencontre familiale où on a invité la parenté par politesse, mais où tout le monde a hâte de voir «l’oncle chicanier» s’en aller pour que la fête puisse enfin commencer.

Normalement, les leaders auraient pris ombrage de voir le président des États-Unis arriver en retard et quitter dès le samedi matin. Mais comme la présence de Donald Trump ne servait qu’à confirmer la querelle sur le commerce et à rééditer le blocage américain de 2017 sur le climat, son départ a soulagé tout le monde. À compter de samedi matin, les six pourront discuter librement de leurs objectifs et des défis auxquels ils sont confrontés.

Que ce soit à Québec ou dans Charlevoix, les informations ont filtré au compte-gouttes sur la teneur des discussions de la journée. Même la presse américaine, généralement friande du moindre détail, n’a pas eu de point de presse de la Maison-Blanche pendant la journée. Les représentants du service de presse de Donald Trump n’ont même pas été en mesure de me dire s’il y aurait une séance de breffage pour leurs médias d’ici la fin du G7.

LIRE AUSSI: Des blagues pour détendre l'atmosphère au G7

Les ministres canadiens Bill Morneau et Chrystia Freeland ont rencontré les médias en fin d’après-midi pour dire qu’il y avait des divergences d’opinions, mais aussi des points d’entente. Plus général que ça comme information, c’est difficile à battre. À Mme Freeland, qui a déclaré que les discussions avaient été «cordiales», j’ai demandé si Donald Trump avait «véritablement» participé à ces discussions et si oui, quelle avait été la nature de ses préoccupations. Parce qu’après ses tweets incendiaires de la veille, il était difficile d’imaginer une discussion cordiale. La ministre a répondu qu’elle «essaie de dire seulement la vérité», mais elle n’a pas dit si Trump avait participé aux discussions, et encore moins quelles avaient été ses préoccupations. Elle a toutefois été catégorique sur le rejet, par le Canada, de la proposition faite par le président de ramener la Russie au sein du G7. Elle a rappelé que l’invasion de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée avaient éloigné la Russie des valeurs démocratiques défendues par les membres du G7.

En début de soirée, la séance d’information des représentants du gouvernement canadien ne nous a rien appris. J’ai demandé si on pouvait au moins écrire qu’il y avait eu des progrès sur le commerce et les tarifs. On n’a pas été en mesure de me répondre par l’affirmative. Cette séance de travail n’aura finalement servi qu’à permettre aux participants de réitérer leurs positions déjà connues, sans plus.

Il est clair que la présence de Trump à cette première journée ne visait qu’à montrer les muscles pour faire plaisir à son public. Le président quitte samedi en matinée, sans même assister à la rencontre organisée par le Canada entre les membres du G7 et les 12 leaders des pays invités ainsi que les quatre chefs des organisations internationales, dont les Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. C’est dire le peu d’intérêt que Donald Trump accorde à ce forum et aux sujets discutés.

Peut-être que j’ai la nostalgie du passé, mais je n’ai jamais vu de G7 où il y a si peu de développements. J’ai encore en mémoire ces réunions où il y avait tellement de points de presse des pays concernés qu’il fallait collaborer entre médias concurrents pour partager les informations. Cette année, tous les journalistes ont eu le temps de prendre un bon lunch et de participer au cocktail de 18 heures pour goûter aux petites bouchées de Charlevoix. C’était délicieux, et on nous a servi un vin blanc québécois. 

J’ai dit «tous les journalistes…» C’est faux. J’aurais dû dire: sauf mon voisin de pupitre qui célébrait le ramadan, qui a fait sa prière à 17 heures, et qui avait fait le plein de nourriture
sous son pupitre afin de pouvoir manger dès le coucher du soleil.

Chronique

Trump n'est pas éternel, rappelle Macron

CHRONIQUE / «Peut-être que ça lui est égal au président américain d’être isolé, mais nous aussi ça nous est égal d’être à six, si besoin était, parce que ces six représentent des valeurs et un marché économique qui a cette force de l’histoire, et qui, surtout, représente une vraie force internationale».

Cette déclaration d’Emmanuel Macron, jeudi matin, aux côtés de Justin Trudeau, illustre mieux que tout autre événement préparatoire ce qui nous attend aux discussions sur le commerce qui lanceront les travaux du G7 vendredi.

Un peu plus tôt en matinée, Donald Trump avait clairement énoncé la position qu’il tiendra à cette rencontre, et dissipé les rumeurs voulant qu’il ne s’y présente pas. «Prêt à partir pour le G7 au Canada pour se battre pour notre pays sur le commerce (nous avons le pire accord commercial jamais fait)» a tweeté le président américain.

Chronique

Une salle de prière au G7

CHRONIQUE / Je ne sais pas s’il y aura beaucoup de contenu dans les conclusions à venir du G7, mais les infrastructures sont en place pour en informer la planète entière. J’ai passé une heure mercredi matin dans l’immense salle de presse au Centre des congrès de Québec. Question d’y réserver nos places… premier arrivé, premier servi… et surtout de voir si les installations sont à la hauteur.

Un rappel s’impose : c’est à Québec que la quasi-totalité des journalistes vont travailler, à partir des informations qui leur seront transmises par les représentants des leaders qui participent au G7 à La Malbaie.

Premier constat, la salle de presse propose 500 places assises aux médias, sans compter les Américains… Parce qu’ils débarquent en troupeau nos voisins du sud lorsqu’ils s’intéressent à un évènement international. La «White House Press» s’est fait bâtir une salle fermée pour 200 personnes en sus des 500 places pour les autres! J’imagine qu’on y tiendra des séances de breffage, mais pas pour tout le monde. J’ai vu des situations, dans le passé, où certaines délégations réservaient leurs commentaires aux seuls médias de leur pays. Et comme tout le monde voudra savoir cette année ce qu’on dira du comportement de Donald Trump, il y aura beaucoup d’intérêt pour les séances d’information de la Maison-Blanche. Je ne serais pas surpris de voir les Américains nous fermer la porte au nez de leurs locaux.

Toute grande salle de presse internationale offre également des studios aux médias électroniques comme CBC-Radio-Canada, mais également à ceux de l’étranger. Les gens de la BBC, d’Eurovision et de Radio-France étaient déjà sur place mercredi matin.

Comme au Sommet sur les changements climatiques, on a prévu un espace avec des fauteuils confortables où les journalistes pourront se reposer et même s’étendre. Ça fait convivial comme accueil, sauf que l’espace en question est un îlot central qu’on aurait dû placer dans un coin plus tranquille comme on l’a fait à Paris. Vous allez me demander pourquoi prévoir de telles installations? La réponse tient au fait qu’à l’exception des Canadiens et des Américains, tous les autres journalistes vivront des décalages horaires difficiles. Les Japonais et les Européens devront parfois diffuser en plein milieu de la nuit. Alors vous comprenez qu’une petite sieste, ça s’impose de temps à autre…

Bien sûr, on a prévu de la bouffe pour tout ce monde. Je suis passé par la salle à manger pour voir et sentir… mais le service ne débutera que jeudi matin. En général, Québec nourrit bien les journalistes à ce genre d’évènement. Donc on ne devrait pas avoir honte cette année. De toute manière, on ne sera jamais aussi mauvais qu’au Sommet du G7 à Versailles en 1982. On nous avait servi du pain, des fromages et des pâtés pendant trois jours. La première journée, tout le monde était content parce que le vin et la bière coulaient à flots, mais c’est vite devenu indigeste. 

Le Sommet du G7 qui nous a le mieux nourris est celui de Munich en 1992 : un buffet incroyable servi sous des tentes gigantesques à l’extérieur. Mon ancien collègue Michel C. Auger, qui a la dent sucrée, me pardonnera de rappeler ses propos lorsqu’il a vu l’immense tente de crème glacée : «Le pire c’est qu’on ne pourra pas goûter à tout!»

Revenons donc aux choses sérieuses : il y a même une salle de prière pour l’occasion au Centre des congrès de Québec. Il y en avait une aussi au Sommet de Paris sur le climat, mais c’était pour les musulmans. J’imagine que la nôtre a été prévue pour la délégation de Justin Trudeau qui fera des neuvaines pour que ça se passe bien avec Donald Trump. Rien de moins qu’un miracle! On aurait dû faire ça à Sainte-Anne-de-Beaupré…

Chronique

«Comme une moins que rien…»

CHRONIQUE / Quel triste témoignage que celui des quatre victimes de l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest, qui ont uni leurs voix et rassemblé leur courage lundi matin pour raconter leur expérience et réclamer un meilleur encadrement pour protéger les athlètes. Quatre jeunes femmes qui ont été abusées et agressées pendant plusieurs années par leur entraîneur, et qui se sont senties coupables alors qu’elles étaient des victimes.

Auparavant souriante et sociable, Gail Kelly a confié à quel point les agressions l’ont changée : «Je m’isolais beaucoup, jusqu’à me mépriser moi-même et à me sentir comme une moins que rien.» Anna Prchal a vécu la même chose : «Comme la plupart des victimes d’abus, j’ai vécu avec le sentiment que c’était ma faute.»

On connaît depuis longtemps ce sentiment de culpabilité que peuvent ressentir les victimes d’agression sexuelle ou de violence conjugale, mais ça surprend toujours de le constater chez des gens de cette stature. Imaginez le mal que de telles agressions peuvent causer chez des personnes plus fragiles…

«Les abus sexuels que j’ai subis ont complètement détruit ma confiance, a témoigné Geneviève Simard. Mon estime a été anéantie, et mon rapport quotidien avec les autres a grandement été affecté.»

Ce n’est pas la compassion et encore moins la pitié que sont venues chercher ces victimes en sortant de l’anonymat. C’est un appel à tous les paliers de gouvernement en faveur de mesures plus serrées pour protéger les jeunes athlètes. Gail Kelly, qui a trois enfants, a déclaré qu’elle ne les laissera jamais «pour aucune considération» s’inscrire dans une équipe provinciale ou nationale avec «l’encadrement actuel».

Que dire de plus après de tels témoignages? Il faut admirer ces femmes pour leur courage, et espérer que les gouvernements et les fédérations sportives ont été à l’écoute.

MARTINE OUELLET, SUITE ET FIN

Il y avait quelque chose de pathétique dans la conférence de presse de Martine Ouellet. Je comprends sa passion pour la cause souverainiste et je comprends aussi qu’elle ait pu se sentir blessée par les commentaires des derniers mois à son endroit. Mais fallait-il mettre près de 30 minutes pour régler ses comptes avec tout le monde, et annoncer finalement qu’elle démissionnera de la direction du Bloc québécois lundi prochain?

Elle a dit ne pas avoir trouvé au sein de la députation du Bloc québécois la même détermination qu’elle à parler d’indépendance. Elle aurait dû s’en douter parce qu’elle a vécu la même chose au PQ : les militants du parti lui ont préféré Jean-François Lisée en 2016, même s’il repoussait la tenue d’un référendum à un hypothétique deuxième mandat.

Mme Ouellet a blâmé tout le monde sauf elle, pour soutenir ensuite à l’émission de Mario Dumont qu’elle n’avait blâmé personne. Je connais bien Martine Ouellet. J’ai toujours admiré son courage dans l’adversité ainsi que son franc-parler, mais j’ai trouvé ça triste et pitoyable de la voir terminer ainsi sa carrière.

C’est vrai qu’elle ne l’a pas eu facile depuis la démission de sept députés du Bloc québécois en février dernier. C’est vrai que Gilles Duceppe lui a tiré dans le dos en demandant sa démission. C’est vrai que Mario Beaulieu l’a laissée tomber. Et c’est vrai que les médias d’information n’ont pas été tendres avec elle, qu’ils ont critiqué son style de leadership. Mais c’est tout aussi vrai que Mme Ouellet a été incapable de maintenir l’unité au sein de son caucus de députés. Peu importe à qui la faute, on lui avait offert ce poste sur un plateau d’argent et elle l’a perdu. On retiendra d’elle qu’elle n’avait pas l’autorité nécessaire pour occuper ce poste, et qu’elle a été une mauvaise perdante.

Chronique

Mes clins d’œil de la semaine

Fier d’être Canadien

On peut faire bien des reproches à Philippe Couillard, mais pas celui de taire ses convictions fédéralistes.

Quand Jean-François Lisée lui a demandé s’il était fier d’être Canadien malgré l’acquisition du pipeline de Kinder Morgan par le gouvernement Trudeau, le chef libéral s’est exécuté sans jouer sur les mots: «Oui, je suis fier d’être citoyen canadien et d’être un Québécois qui exprime son identité québécoise par son appartenance canadienne, monsieur le président. Et je vais le répéter haut et fort. C’est un des grands, grands cadeaux de notre histoire, monsieur le président, c’est un des grands cadeaux de notre histoire que d’avoir les deux héritages, l’héritage fier des francophones qui ont peuplé l’Amérique du Nord, qui se sont rendus jusqu’aux Rocheuses, et d’avoir aujourd’hui, en plus, cette citoyenneté canadienne. Je le réclame, je réclame tout mon héritage».

***

Fier aussi, mais sans passion

D’accord ou pas avec Philippe Couillard, il faut reconnaître qu’il a été plus clair sur le sujet que François Legault. Le chef de la CAQ a déjà clamé sa fierté en 2016, mais jamais avec des accents aussi convaincants:  «Je suis fier de ce qu’on a construit et le Canada, ça a commencé ici au Québec» avait-il déclaré à l’époque. 

Plus récemment, il a été pris au dépourvu pendant une entrevue avec la journaliste Geneviève Lajoie, qui lui a demandé d’expliquer pourquoi il était fédéraliste. Il a finalement déclaré qu’il appréciait le «filet social» que le pays offre aux citoyens moins nantis. Un filet social, soit dit en passant, qui relève des provinces…

***

La fierté de Lisée

Jean-François Lisée aussi a sa fierté, mais pas à l’endroit de l’actuel Bloc québécois. Quand Philippe Couillard lui a demandé pour qui il avait voté aux dernières élections, Lisée a répondu ainsi: «J’ai voté, avec grand plaisir, pour le parti de Gilles Duceppe».

Ah bon, a rétorqué le premier ministre. «Doit-on donc conclure qu’il y a un désaveu de sa part pour la députée de Vachon? Ça me semble un peu étrange. Je pense qu’il aurait avantage, pour maintenir l’unité dans ses troupes, monsieur le président, à clarifier cette question-là».

Lisée n’a pas eu besoin de clarifier la chose. On sait tous qu’il n’a jamais eu de bonnes relations avec Martine Ouellet.

***

Frustrant, la politique

Philippe Couillard n’a pas l’habitude d’exhiber ses frustrations, mais on a bien senti son humeur mardi, quand François Legault lui a reproché d’avoir diminué les budgets pour les écoles primaires et secondaires. «Monsieur le président, la raison pour laquelle il est capable de dire ça aujourd’hui, c’est parce qu’il sait qu’on a rétabli l’équilibre budgétaire puis qu’il y a des marges de manœuvre. C’est facile à dire, c’est tellement facile à dire».

***

Poëti

On a tous compris pourquoi Robert Poëti a décidé de quitter la politique à la fin de son mandat. C’est dur ce métier et c’est ingrat. À 62 ans, bientôt 63, le ministre pourra toucher sa pension de la SQ et celle du gouvernement, en plus d’encaisser son indemnité de départ d’environ 150 000 $. Qu’auriez-vous fait, à sa place?

Mais peu importe ses raisons, tout le monde a trouvé que M. Poëti avait manqué de classe en ne prévenant pas son chef avant d’en faire l’annonce au caucus. La réaction de M. Couillard à son départ a été beaucoup plus généreuse.

Chronique

La gifle de Donald Trump

CHRONIQUE / Une semaine avant de mettre les pieds au Canada pour la première fois, Donald Trump impose des tarifs de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium. C’est une véritable gifle de la part de l’administration américaine à la veille de la réunion du G7, où les leaders des pays industrialisés devraient plutôt mettre de côté leurs différends pour discuter des grands défis qui confrontent l’humanité.

Dès mercredi, les rumeurs en provenance de Whistler où se tenaient les travaux préparatoires du G7, ont fait état de difficultés graves d’arrimage entre les objectifs du Canada et le protectionnisme de l’administration Trump. Les fonctionnaires canadiens ont nié que les Américains faisaient dérailler les discussions et le bureau de M. Trudeau a tenu la même ligne optimiste: malgré leurs problèmes respectifs, les pays du G7 faisaient face au même défi, soit de bâtir une économie profitable pour tout le monde et non seulement pour les plus riches. L’annonce de jeudi sur les tarifs n’a pas laissé de doute. Elle confirme l’approche dure que Donald Trump adoptera dans Charlevoix. Les pays membres de l’Union européenne qui siègent au G7 seront furieux à l’endroit des États-Unis. C’est un mauvais présage pour les espoirs de Justin Trudeau de sortir du Sommet avec une déclaration commune forte sur les enjeux mis de l’avant par le Canada.

En 2017, les dirigeants des pays industrialisés ont admis à la fin du G7 en Italie qu’ils avaient été incapables de trouver un terrain d’entente avec les États-Unis sur la lutte contre les changements climatiques. On peut s’attendre à la même conclusion cette année, mais les divisions pourraient mener à un constat d’échec beaucoup plus large, sur les questions économiques cette fois.

La semaine du pétrole

Outre le développement économique, le principal argument de Justin Trudeau sur Kinder Morgan, est le suivant: la participation de l’Alberta à l’imposition d’une taxe sur le carbone était conditionnelle à la réalisation du projet Trans Mountain. Le premier ministre a raison: pas de pipeline, pas de taxe sur les émissions de GES en Alberta. 

Le problème, c’est que la participation de la province à cette taxe dépend de la réélection du gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley en 2019, ce qui est loin d’être acquis. Si les conservateurs de Jason Kenney prennent le pouvoir, le nouveau gouvernement fera une croix sur l’engagement de Mme Notley. 

L’autre argument du gouvernement fédéral est que l’échec de Trans Mountain aurait un impact dévastateur sur la confiance des investisseurs étrangers envers le Canada. Selon cette thèse, le pays serait perçu comme un endroit où les autorités fédérales sont incapables d’accueillir les grands projets d’infrastructures à cause du lobby des environnementalistes, des autochtones, ou des provinces. C’est un argument qui se défend, mais dont il est impossible de mesurer l’importance.

À Québec, l’opposition péquiste a un peu surpris cette semaine: le parti de Jean-François Lisée dénonce le pétrole des sables bitumineux, mais réclame des prix de l’essence moins élevés pour les automobilistes. Pourtant, les bas prix encouragent la consommation et la pollution…

Essentiellement, le PQ dénonce l’existence d’un cartel dans le prix de l’essence. Il demande que l’Office de protection du consommateur ait le mandat d’agir en ce domaine. Visiblement, Jean-François Lisée ignore l’ampleur des efforts d’enquête et d’écoute électronique qu’il faudrait instituer pour prendre les détaillants en défaut.

Tout ça m’a rappelé la bataille du regretté Claude Béchard contre les pétrolières, en 2007, un effort qui n’a même pas obtenu l’appui du PQ dans le temps.

Chronique

Kinder Morgan s’invite au G7

CHRONIQUE / Le gouvernement canadien n’avait peut-être pas le choix, mais l’achat du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan vient de jeter une grande zone d’ombre sur la crédibilité de Justin Trudeau au Sommet du G7. Le premier ministre avait été accueilli comme un héros à la rencontre de Paris sur les changements climatiques.

Après la tiédeur de Stephen Harper, la volonté de M. Trudeau d’assumer un leadership fort dans la lutte contre les gaz à effet de serre lui avait valu les éloges unanimes de la presse internationale. C’est cette crédibilité que le premier ministre a entachée avec le dossier Kinder Morgan. Un œil au beurre…noir de pétrole.

Le thème cher du Canada à la réunion du G7 porte sur la nécessité de «travailler ensemble à l’égard des changements climatiques, des océans et de l’énergie propre». Ce ne sont pas les autres chefs d’État ou de gouvernement qui lui feront la morale. Ils ont tous quelque chose à se reprocher en matière d’environnement, et ils savent à quel point la politique oblige parfois à prendre des décisions incompatibles avec les beaux principes. Il y aura donc de belles intentions environnementales rédigées par les fonctionnaires dans le communiqué final, mais ça ne change rien. Pour la presse internationale qui couvrira le Sommet, le Canada aura perdu sa virginité.

À Paris, les journalistes avaient noté que les belles intentions de M. Trudeau allaient en contradiction avec l’exploitation des sables bitumineux. Mais on avait donné la chance au coureur. Ce ne sera pas le cas au G7.

Imaginez en plus s’il fallait que l’Ontario élise Doug Ford le 7 juin, à la toute veille des travaux du G7. Ce serait toute la stratégie canadienne de taxation du carbone qui serait mise en péril. 

Quel mauvais timing pour M. Trudeau! Quand on pense que c’est l’échéance du 31 mai, dictée par l’Américaine Kinder Morgan, qui a plongé le Canada dans cette controverse juste avant de recevoir la presse internationale… 

Sur le plan économique, Ottawa fait le pari que l’exportation accrue de pétrole vers les marchés asiatiques sera porteuse de dividendes importants pour l’Alberta et le Canada. C’est vrai, mais encore faudra-t-il pouvoir construire ce pipeline. Or l’opposition des populations concernées et des peuples autochtones de la Colombie-Britannique n’est toujours pas résolue et sera probablement encore plus acharnée. Faudra-t-il envoyer l’armée pour empêcher les manifestants de bloquer les travaux? Ce serait impensable.

Dans un monde idéal, le premier ministre pourrait référer à l’exemple de la Norvège qui investit des montants très importants ailleurs sur la planète dans la lutte aux changements climatiques, à même les revenus tirés de l’exploitation du pétrole et de gaz au large de ses côtes. Mais le déficit budgétaire du gouvernement canadien est trop important pour faire preuve d’une telle largesse.

L’achat de Kinder Morgan n’a pas fait que des malheureux. Rachel Notley pourra dire aux Albertains qu’elle a bien défendu les intérêts de sa province. En Colombie-Britannique, John Horgan pourra dire la même chose et faire porter l’odieux de ce pipeline sur le gouvernement fédéral.

Mais peu importe ces deux gouvernements, la bataille sur le terrain ne fait que débuter. L’Association canadienne des producteurs de pétrole et de gaz naturel l’a reconnu, mardi : «Maintenant que ce projet a l’appui total du plus haut niveau de gouvernement au pays, nous nous attendons à ce qu’Ottawa s’engage à écarter toute barrière légale, politique ou activiste».

Dans l’esprit des pétrolières, les manifestants devront se tasser. C’est facile à dire comme ça, dans un communiqué de presse. Mais nous ne sommes pas en Chine ou en Russie…

Chronique

Les «petits amis» de Legault

CHRONIQUE / Dimanche soir, j’ai écouté le débat des chefs qui se font la lutte en Ontario, et ça m’a réconforté. À les écouter, les problèmes de nos voisins sont tellement énormes que l’on constate, après tout, qu’on est relativement bien au Québec. Nos tarifs d’électricité sont moins chers qu’ailleurs, nos services de garderie sont efficaces malgré leurs lacunes, et nos finances publiques sont en équilibre. Alors qu’en Ontario, c’est l’inverse.

Au Québec, les chefs des partis politiques en présence sont dans l’ensemble beaucoup mieux préparés et articulés que leurs homologues ontariens. À lui seul, Doug Ford coupe de moitié la note moyenne de crédibilité des leaders ontariens. Une vraie honte.

Retour donc chez nous, au lendemain des congrès du PQ et de la CAQ en fin de semaine. 

Ma première réaction, en voyant la promesse de la CAQ de réduire l’attente à l’urgence à 90 minutes en quatre ans, a été de pousser un soupir de déception. Était-ce vraiment nécessaire? Pourquoi mettre des chiffres sur des engagements aussi difficiles à respecter? L’amélioration des soins de santé, ce n’est pas un exercice mathématique du genre 1 million $ de plus dans les services équivaut à 15 minutes de moins à l’urgence. C’est incroyable à quel point tout devient soudainement possible dans l’euphorie d’un congrès politique. Mais c’est complexe la santé et la CAQ court le risque de décevoir les gens et de contribuer au cynisme avec des promesses de ce genre.

François Legault promet un médecin à tous les Québécois et la réduction de l’attente à l’urgence, tout en modifiant le mode de rémunération des médecins de famille, et en réduisant d’un milliard $ l’entente avec les spécialistes. Vous croyez que ce sera facile comme démarche politique? Je pense au contraire qu’il lui faudra un Gaétan Barrette pour bousculer ainsi le système…à nouveau. Bonne chance quand même.

Ce que j’ai apprécié cependant, c’est d’entendre M. Legault jurer que les nominations partisanes et les cadeaux aux «petits amis», c’est terminé sous un gouvernement caquiste. Ce n’est pas que les libéraux aient abusé de ce copinage sous Philippe Couillard, mais le chef de la CAQ a compris qu’après un aussi long règne des libéraux, les Québécois ont soif d’intégrité. 

Le changement que veut incarner M. Legault doit donc passer par la tolérance zéro en ce domaine. Après sa déclaration de la fin de semaine, on attend des engagements écrits…même si ça ne garantit rien. 

Pendant que les caquistes sortaient leur autobus de campagne à Lévis, les péquistes dévoilaient leur plateforme électorale à Drummondville. C’est le bon côté des élections à date fixe : au lieu de spéculer comme autrefois sur la date des élections, les observateurs peuvent dès maintenant se pencher sur le mérite des engagements politiques. Ceux du Parti québécois n’ont surpris personne parce qu’ils sont calqués sur le programme issu du congrès de septembre dernier. Comme les péquistes sont au troisième rang dans les sondages d’opinion, ils peuvent y aller de promesses plus téméraires comme celle de la gratuité scolaire pour les études postsecondaires ou le retour aux tarifs uniques dans les garderies. Mais avec des engagements aussi coûteux et dépendants des finances publiques, on a plutôt l’impression que c’est sur leur politique identitaire et leur crédibilité que les péquistes miseront pendant la campagne électorale. Jean-François Lisée a les yeux rivés sur l’Ontario et on le comprend. Une victoire de la néo-démocrate Andrea Horwath contre Doug Ford, le 7 juin, donnerait de la force à sa prétention que les jeux ne sont pas faits au Québec et que le PQ n’est pas condamné à une misérable troisième place, comme sous André Boisclair.