François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le sondage CROP mené pour Québec 21 suggère que 14 % des citoyens ont changé d’avis dans la dernière année au sujet du projet de tramway à Québec.
Le sondage CROP mené pour Québec 21 suggère que 14 % des citoyens ont changé d’avis dans la dernière année au sujet du projet de tramway à Québec.

Un vent contraire pour le tramway

CHRONIQUE / L’appui au projet de tramway de Québec a chuté à 46 % selon un sondage CROP mené en décembre pour le parti d’opposition Québec 21.

Ce n’est pas très étonnant. L’administration Labeaume n’a pas été bonne à «vendre» son projet. Elle a tardé à répondre aux questions et inquiétudes. 

A mal expliqué certains choix. La plateforme surélevée pour le tramway par exemple, qui vise une meilleure efficacité, mais fut perçue par des opposants comme une mesure «vexatoire» pour écœurer les automobilistes. 

On a laissé s’installer le doute et la méfiance. Sur la localisation du pôle d’échange sous Le Phare, par exemple. 

Un emplacement excentrique et exigu, alors qu’il y a plus de place près de la route de l’Église. Pourquoi ne pas expliquer ce choix?

Plusieurs réponses ont commencé à venir avec les études déposées à l’automne (bruit, choix du métro-tramway, impact sur la circulation, etc.), mais le mal était fait. 

La grogne s’était répandue, stimulée par des voix d’opposition fortes, notamment à la radio privée. 

Le sondage CROP suggère que 14 % des citoyens ont changé d’avis dans la dernière année. 

Les 18-34 ans (20 %) furent à cet égard les plus nombreux. Curieusement, c’est cette même cohorte des 18-34 ans qui a le moins suivi dans l’actualité les discussions sur le projet de tramway (63 %). 

Inversement, les plus de 55 ans, qui ont moins changé d’idée (11 %), sont ceux qui ont le plus suivi les débats d’actualité (78 %).

En autres mots, moins on s’informe et s’intéresse au débat, plus on change d’idée. Il y a ici un beau sujet de recherche sociologique.

Le sondage mené du 16 au 26 décembre dernier auprès de 500 répondants sur le Web fait apparaître d’étonnants écarts entre les hommes et les femmes, entre les groupes d’âge et entre les arrondissements.

Les 35-54 ans sont les moins favorables au projet (29 %), alors que les plus jeunes (53 %) et les plus âgés (54 %) sont majoritairement d’accord. Les hommes (52 %) y sont plus favorables que les femmes (41 %). L’appui est plus fort au centre qu’en périphérie. 

Mon hypothèse : les jeunes familles et les travailleurs les plus pressés (35-54 ans) appuient moins le tramway parce qu’ils n’y voient pas une solution pratique aux urgences du quotidien qui les font courir entre la maison, la garderie, le travail, l’épicerie, les cours et les devoirs des enfants, etc. 

Ma seconde hypothèse : ce sont davantage les femmes que les hommes qui assument la responsabilité de cette course quotidienne.

***

Pour plusieurs des questions soulevées par les citoyens (et par des opposants), le projet n’est pas suffisamment avancé encore pour avoir toutes les réponses. 

Sur la relation avec l’hiver par exemple. 

Il est vrai qu’attendre un tramway au frette (même dans un coton ouaté) est moins intéressant qu’attendre un métro au chaud.

Mais si on offrait un abri chauffé à chaque station de tramway, on calmerait bien des appréhensions. J’ai déjà posé cette question, mais on ne savait pas encore à quoi ressembleront ces stations. 

La démarche choisie par Québec pour ce projet est de laisser les soumissionnaires trouver eux-mêmes des réponses à certains enjeux techniques. Cela veut dire qu’il faudra parfois attendre.

***

Le leader de Québec 21, Jean-François Gosselin, aime croire que le tramway n’a pas été coulé par de mauvaises communications, mais que c’est le projet lui-même qui est mauvais.

Je ne suis pas d’accord. Ce projet n’est pas parfait, notamment dans son trajet, mais ce n’est pas un mauvais projet. 

Un tramway, assorti de trambus, de voies réservées et d’un redéploiement des lignes d’autobus me semble tout à fait approprié pour les besoins de Québec.

J’ai d’ailleurs reçu beaucoup de réactions sur mon texte de samedi dernier décrivant les limites du tramway de Bordeaux. 

Beaucoup d’opposants y ont vu (avec plaisir) un plaidoyer contre le projet de Québec.

C’est sans doute un peu ma faute. J’ai en effet attiré l’attention sur les limites et critiques de ce tramway (il y en a). Et peut-être pas assez sur ses réussites et succès.

Cela dit, j’ai constaté avec le temps que les lecteurs lisent souvent ce qu’ils ont envie de lire, plutôt que ce qui est écrit. 

Cela s’appelle un «biais de confirmation» : on privilégie les informations qui confirment nos idées préconçues et on banalise celles qui vont à contresens de ce qu’on pense. Vous voilà prévenus : méfiez-vous de vous. J’en ferai autant.