Le programme envisagé par Québec fait penser à celui de Bordeaux qui dédommage actuellement les commerçants qui souffrent des travaux de construction du tramway.

Un coeur à deux vitesses

CHRONIQUE / Il n’y a pas de logique évidente à dédommager les commerçants affectés par le futur chantier du tramway, mais pas ceux touchés par les autres grands travaux d’infrastructures.

Ceux de la route de l’Église à Sainte-Foy, par exemple, mais aussi tous les autres grands chantiers ailleurs en ville. 

Pour un commerçant, il ne fait pas de différence alors que la difficulté d’accès soit causée par un chantier de transport en commun ou celui de l’aqueduc, de l’égout ou de la voirie.

Leur manque à gagner est le même et l’argument de travaux servant l’intérêt public est le même aussi.

La réflexion de la Ville ne porte cependant que sur une aide aux futures «victimes» du chantier du tramway. 

L’administration Labeaume n’a pas voulu jusqu’à maintenant s’expliquer sur ce régime à deux vitesses. 

Une des hypothèses du double standard serait-elle que la Ville pense dédommager les commerçants à même le budget du transport structurant (3 milliards $)? 

Elle n’aurait ainsi rien à débourser de sa poche, contrairement aux autres travaux d’infrastructure. Plus facile d’avoir la main sur le cœur si l’argent vient d’ailleurs. 

Il ne s’agit cependant que pure spéculation de ma part, faute d’une véritable explication.

Le programme envisagé par Québec fait penser à celui de Bordeaux qui dédommage actuellement les commerçants qui souffrent des travaux de construction du tramway. 

Pour avoir droit à l’aide, les commerçants doivent avoir pignon sur la rue du chantier et démontrer une perte de chiffre d’affaires pendant au moins quatre mois. 

L’aide versée à Bordeaux entre 2016 et 2018 fut de 22 000 $ en moyenne par commerce, rapportait cette semaine le Journal de Québec. 

Montréal vient d’aller beaucoup plus loin. L’automne dernier, elle est devenue la première ville au Canada à se doter d’un programme d’indemnisation des commerçants affectés par les grands chantiers.

À la différence de Bordeaux et de ce qu’envisage Québec, Montréal s’occupe de toutes les victimes des grands chantiers. Pas seulement celles du transport en commun.

L’administration Plante a très vite pris position «en faveur des petits commerçants», explique M.Robert Beaudry, membre du comité exécutif de Montréal et responsable du développement économique.

Elle «reconnaît l’impact des travaux sur les commerces». Ces petits commerces essentiels à la «vitalité des quartiers», décrit M. Beaudry. Il a parfaitement raison. 

Le programme de Montréal est rétroactif au 1er janvier 2016 et a un budget de 25 M$ d’ici 2021. 

Une quarantaine de secteurs impliquant des travaux de six mois ou plus ont déjà été identifiés (36 mois dans le cas de travaux de la Société de transport de Montréal).

Rien n’est prévu pour les travaux menés par des tiers (Hydro-Québec, gaz, etc.) 

Pour être éligibles, les commerçants de Montréal doivent démontrer une perte de bénéfice brut en déposant leurs avis de cotisation et une déclaration solennelle.

Le premier 15 % de perte reste à la charge des commerçants, mais au-delà, la Ville dédommage jusqu’à un maximum de 30 000 $ par année.

Montréal encourage par ailleurs les commerçants à profiter des travaux dans leur rue pour refaire leurs façades et autres travaux. Elle offre jusqu’à 250 000 $ par immeuble.

Une soixantaine de demandes de dédommagement ont été reçues à ce jour par la Ville de Montréal. C’est peu, convient M. Beaudry, mais le programme n’est pas encore très connu. 

Quand je lui ai soumis l’hypothèse que c’est peut-être un signe que les travaux ne sont pas si dérangeants, il est parti à rire. Un rire orange, comme les cônes. 

Les travaux n’ont pas tous le même impact, rappelle M. Beaudry, mais il ne doute pas que cela affecte le commerce sur rue.

Le programme de Montréal ne tient pas compte de la difficulté physique d’accès à un commerce. Il suffit au commerçant de démontrer une perte de bénéfice brut.

Québec refuse pour l’instant de discuter des critères de son futur programme. 

L’idée circule cependant qu’elle songe à le limiter aux commerces pour lequel l’accès serait vraiment impossible en raison des travaux. Ça reste à voir.

Il n’est ni réaliste ni souhaitable de penser indemniser tous les commerçants chaque fois qu’une pépine débarque dans une rue. Cela ferait exploser le coût des travaux (et les taxes).

Mais il en va autrement des travaux de grande ampleur qui se prolongent pendant plusieurs mois ou années. 

Surtout dans une ville où les petits commerçants se sentent souvent écrasés par le poids des taxes. Ces petits commerces sont des rouages importants de la vie de quartier et ce faisant, de la qualité de la vie en ville. Il ne faudrait pas l’oublier.