«Le Phare est une décision privée… Il n’y a pas de lien entre le Phare et le tramway… Ce sont deux projets totalement indépendants», a déclaré le numéro 2 de l’administration Labeaume, Rémy Normand.

Phare et tramway: le scénario du pire

CHRONIQUE / La Ville de Québec émettra les permis de construction du Phare même si le projet de tramway devait être abandonné.

Le scénario est peu probable, vu l’état d’avancement du projet de tramway et la disponibilité de l’argent public tant à Québec qu’à Ottawa. 

Malgré tout ce théâtre politique sur les modalités de financement, on voit mal comment le projet de Québec pourrait être mis de côté.

J’ai pourtant sursauté en entendant le numéro 2 de l’administration Labeaume, Rémy Normand, rappeler cette fatalité du monde municipal : une ville a l’obligation de délivrer un permis lorsque la demande respecte le zonage et que la Commission d’urbanisme est d’accord. Ce sera vrai pour le Phare comme pour tout autre projet. Tramway ou pas. La loi est ainsi faite, que celle-ci plaise ou pas. 

Ce qui m’a dérouté, ce n’est pas tant ce rappel des obligations de la Ville que la désinvolture dans la façon de dire. «Le Phare est une décision privée… Il n’y a pas de lien entre le Phare et le tramway… Ce sont deux projets totalement indépendants.» 

Il me semble au contraire que ce projet du Phare est éminemment public, tant par les coûts collectifs d’infrastructure qu’il commande que par son impact dans la vie et le paysage de la ville.

Les deux projets ne sont peut-être pas liés au plan légal. Mais au plan urbain, c’est une aberration d’envisager un Phare sans transport en commun structurant. 

L’impact serait catastrophique sur la circulation déjà congestionnée à l’entrée de la ville. D’autant plus qu’on ignore encore comment le ministère des Transports entend réaménager les échangeurs de la tête des ponts. Et qu’on ignore aussi où et comment sera raccordé le réseau de transport de Lévis. Cela fait beaucoup d’inconnus pour émettre des permis de construction dans un secteur aussi sensible.

Aux citoyens qui se sont inquiétés ces dernières années de l’impact du Phare sur la circulation, on a toujours répondu que le tramway/SRB permettrait de limiter cet impact.

Ce n’était pas la seule mesure envisagée, mais je comprenais que celle-là constituait une sorte de contrat social pour rendre le projet plus acceptable ou moins inquiétant. 

Le plus étonnant restait à venir. C’est venu cette fois du responsable des transports à la Ville. Il a rapporté que lors de réflexions internes, on s’est demandé ce qui se passerait dans l’hypothèse d’un Phare sans tramway. La réponse : «On aura probablement des réaménagements du boulevard Laurier qui vont être différents de ce qu’on connaît aujourd’hui pour essayer de se donner un peu plus de capacité automobile pour combler l’absence d’un réseau de transport structurant.»

J’espérais avoir mal entendu, mais je me trompais. C’est vraiment ce qui a été dit : on compenserait l’absence de tramway par davantage de voies d’autoroutes à l’entrée de la ville. «Pas la solution optimale», dira-t-il plus tard, mais ça passerait par plus de capacité pour l’auto. Comme si un tramway et des autoroutes étaient interchangeables. Ni M. Normand ni le DG de la Ville ne se sont opposés. 

Les bras me sont tombés. Je pensais vraiment que Québec était rendue ailleurs. 

***

Tout ça est heureusement hypothétique. La logique est que les gouvernements finiront par s’entendre et il qu’il n’y aura pas de Phare sans tramway. 

Ce qui est hypothétique aussi, c’est l’idée d’une mise en chantier dès cet été. Le promoteur Michel Dallaire vient d’en exprimer l’intention dans une entrevue au Journal de Québec.

On comprend cependant que le montage financier n’est toujours pas complété. La rupture avec Cominar a changé la donne. M. Dallaire a besoin de nouveaux partenaires pour son Phare. Ce n’est pas si simple et au minimum, cela peut occasionner des délais. 

Ces dernières années, il a plusieurs fois évoqué une date de début des travaux pour ensuite se résigner à la reporter.

***

Après avoir déchiré sa chemise la semaine dernière en espérant forcer la main aux gouvernements, l’administration Labeaume vient de changer de ton sur le tramway.

Elle salue maintenant la bonne foi de tout le monde, parle de «fine tuning» et de «modalités» à ajuster, confiante qu’une solution est à la portée pour trouver les 800 millions $ qui manquent. 

Beaucoup de théâtre pour rien, finalement. Ça nous apprendra à trop y porter attention.

Reste la partie de poker Québec-­Ottawa. Les deux parties ont de bonnes cartes et arguments valables. Rien n’est tout blanc ou tout noir ici. 

Qui tiendra le bluff le plus longtemps? Je parierais que les libéraux d’Ottawa seront plus pressés d’en finir. Déjà qu’il y a la promesse non tenue sur la peinture du pont de Québec. Ça finirait par être lourd à porter en campagne électorale.