La Ville de Québec se paiera le «luxe» d’embaucher une quinzaine de nouveaux employés à la gestion des eaux pour les former et assurer une bonne transmission des connaissances avant le départ à la retraite des plus âgés. Une des mesures présentées dans le budget 2020, déposé par le maire Régis Labeaume.

Le gros train de vie pendant que ça dure

CHRONIQUE / Québec continue de surfer sur une économie et un contexte politique favorables. Au-dessus de ses affaires, la Ville mène le gros train de vie sans trop s’inquiéter de ses dépenses.

Loin de ralentir à la perspective d’une hausse probable des taux d’intérêt d’ici quelques années, elle garde le pied au fond et se permet même d’accélérer le rythme. 

Nouvelles embauches, nouveaux programmes, nouveaux projets d’infrastructures et devancement de travaux initialement prévus plus tard.

«Les finances vont bien» et l’administration Labeaume dit vouloir profiter au maximum des faibles coûts d’emprunt et des programmes de subventions. «Ça repassera pas; c’est le temps d’emprunter et d’investir», plaide le maire Régis Labeaume.

Ce n’est pas la première fois que son administration évoque ainsi un contexte favorable pour augmenter les dépenses d’infrastructures.

Ce qui surprendra peut-être davantage, c’est de voir les dépenses de «fonctionnement» augmenter de 3,3 % en 2020 alors que l’inflation à Québec ne fut que de 1,3 %. 

Le budget de fonctionnement va ainsi atteindre 1551 millions $ l’an prochain et celui des infrastructures, près de 5 milliards $ sur cinq ans, soit 1 milliard $ par an. 

Dépenser à ce rythme est un choix politique. Cela peut se défendre tant que la Ville en a les moyens, que les hausses de taxes restent sous contrôle et que la cote de crédit auprès de Moody’s n’en souffre pas.

À condition de pouvoir tenir le coup le jour où ça commencera à coûter plus cher pour financer les emprunts.

La vigueur de l’économie et de la construction permettent à Québec d’engranger de nouveaux revenus fonciers sans avoir à surtaxer les citoyens et gens d’affaires. On parle ici de 18 millions $ d’argent neuf provenant de nouvelles constructions.

Les transferts du gouvernement sont aussi en hausse (9,4 millions $) et le nouveau pacte fiscal signé cet automne rapportera plus de 10 millions $ supplémentaires par année à partir de 2021.

Sans parler des autres sources de revenus budgétées à la hausse (amendes, droits, etc.).

Une administration «conservatrice» classique choisirait sans doute d’utiliser ces nouveaux revenus pour baisser les taxes ou rembourser plus rapidement sa dette (1,5 milliard $). 

L’administration Labeaume a fait un choix différent. Plutôt que d’accélérer le remboursement de la dette, elle va au contraire ralentir le rythme en ajoutant des emprunts supplémentaires. Ainsi, la dette ne baissera que de 11 millions $ en 2020 au lieu des 27 millions $ initialement prévus.

«Ça nous dérange pas. L’important, c’est que la dette baisse», tranche le maire Labeaume. Ce choix n’a pas affecté la cote de crédit de la Ville.

Les autres indicateurs sont par ailleurs au vert. Québec compte aujourd’hui parmi les grandes villes du Québec les moins endettées. C’était le contraire il y a 10 ans. Une des explications est que l’administration paie comptant une part grandissante des infrastructures. 

N’empêche qu’au rythme actuel où baisse la dette, Québec en a pour 100 ans encore.

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L’administration Labeaume va utiliser une partie de ses «nouveaux» revenus pour bonifier des services de proximité et élargir le programme judiciaire IMPAC destiné aux personnes vulnérables. Ces choix seront bien accueillis.

Elle va aussi se payer le «luxe» d’embaucher une quinzaine de nouveaux employés à la gestion des eaux pour les former et assurer une bonne transmission des connaissances avant le départ à retraites des plus âgés.

Une administration qui se serre la ceinture aurait sans doute trouvé le moyen de former la relève au sein des effectifs déjà en place. Ce n’est pas le cas de Québec qui jouit visiblement d’une marge de manœuvre. 

Tout un contraste avec l’époque où la Ville plaidait que ses finances s’en allaient dans le mur avec l’explosion du coût des régimes de retraite à cause de la crise boursière de 2008.

Contraste aussi avec l’époque où l’argent était rare et la préparation du budget difficile, ce qui obligeait les élus à faire des choix déchirants. Tout semble aujourd’hui plus facile. Une autre démonstration qu’il vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade. 

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Québec va dorénavant planifier ses investissements en infrastructure sur des horizons de cinq ans plutôt que trois comme c’était le cas à date et comme partout ailleurs (ou presque) dans le monde municipal.

Cela oblige à regarder un peu plus loin en avant, ajoute de la «transparence» et correspond mieux au cycle des grands projets, explique le maire. 

Le parti d’opposition Québec 21 y a plutôt vu une tactique pour étirer les projets et craint l’imprécision des chiffres aussi longtemps d’avance. 

C’est vrai que bien des choses et des prix ont le temps de changer quand on se projette cinq ans en avant. 

Mais c’était déjà avec les planifications triennales. Pensez à la centrale de police, à l’usine de biométhanisation, au chantier Hochelaga, etc. Il faut prendre ces plans d’immobilisation pour ce qu’ils sont et rien de plus : des intentions. 

Il est fréquent que les projets annoncés se réalisent moins vite que prévu et parfois pas du tout. Inversement, d’autres vont plus vite, gagnent en ampleur ou surgissent sans avoir été inscrits au plan. 

C’est le privilège politique des administrations en place de jongler avec le calendrier des infrastructures.