L’administration Labeaume avait espéré trouver dans les budgets d’Ottawa et/ou de Québec les 800 millions $ qui manquent encore pour le tramway. Le gouvernement Legault vient de lui dire non et Ottawa se fait tirer l’oreille.

L'argent a parlé

CHRONIQUE / Ce premier budget de la Coalition avenir Québec (CAQ) s’éloigne des clichés et idées reçus sur le gouvernement de «droite» que plusieurs pouvaient attendre.

Hausse des dépenses très supérieure à l’inflation; accélération de la lutte aux changements climatiques; confiance affirmée dans la fonction publique, etc.

On est loin ici d’une gestion à la Harper, obsédée par la dette, la réduction du rôle de l’État et la méfiance devant la science et les enjeux d’environnement. 

Le milliard de dollars que la CAQ prévoit consacrer à la lutte contre les changements climatiques témoigne de cette différence.

Je note cependant qu’une part importante ira aux changements technologiques et transitions énergétiques, dont 433 millions $ pour encourager l’achat de voitures électriques.

Je n’ai rien contre les voitures électriques. Cela vaut mieux que des Hummer ou autres gros véhicules à forte consommation. 

Mais ça reste des voitures qui vont continuer à participer à l’encombrement des routes. Et à profiter des meilleures cases de stationnement. 

Les mêmes sommes auraient pu servir à bonifier davantage l’offre de transport collectif, en favoriser l’accès, voire offrir la gratuité. 

C’est bien d’encourager les changements technologiques, mais ne serait-il pas plus utile d’encourager le changement des habitudes? Celles de nos déplacements, celles de nos choix d’habitation et de localisation.

C’est ici que la vision de la CAQ s’embrouille. 

Investir à la fois dans de nouvelles autoroutes, dans l’accélération du projet de troisième lien et dans le transport collectif pose un enjeu de cohérence. 

Entretenir le réseau routier existant est une chose. Surtout quand ce réseau est en piètre état. 

Mais jusqu’où va-t-on étendre les villes et les routes qui y mènent? Avec quelles conséquences? On ne sent pas cette préoccupation. 

Peut-être le budget n’est-il pas le meilleur lieu pour débattre d’enjeux philosophiques sur l’aménagement urbain, mais money talks, comme on dit en latin.

Que disent donc ces chiffres?

Ils disent que le budget du Programme des infrastructures (PQI) en transport public va rester à 9 milliards $ pour la période 2019-2029 alors que celui du réseau routier passera de 20 à 25 milliards $.

Le Parti québécois et Québec solidaire en ont vite fait leurs choux gras, dénonçant la contradiction avec le discours de la CAQ sur la lutte contre les changements climatiques.

Dans les faits, le budget d’infrastructure pour le transport public va augmenter lui aussi au cours de la prochaine décennie. 

Aux 9 milliards $ déjà inscrits, il faut ajouter le 1,8 milliard $ du tramway de Québec et les milliards de dollars de la ligne bleue du métro de Montréal. 

L’argent pour ces projets est réservé dans «l’enveloppe centrale» du PQI, mais n’apparaîtra dans celle du transport collectif que lorsque les projets passeront à l’étape de réalisation. 

Cela dit, le budget des projets routiers va aussi augmenter au-delà des chiffres annoncés. L’argent pour le troisième lien n’est par exemple pas encore inscrit, ni dans «l’enveloppe centrale» ni dans celle du réseau routier. 

Tout cela devient un peu technique et ennuyeux, mais c’est pour vous dire qu’on ne peut pas toujours se fier aux chiffres officiels. Surtout pas à ceux d’un budget.

Bonne nouvelle. Le gouvernement Legault confirme son appui financier au projet de transport structurant de Québec. 

Il met en réserve les 575 millions $ qui manquaient pour couvrir sa contribution de 1,8 milliard $. Pas question cependant d’en mettre davantage. 

Cette profession de foi pour le tramway aidera peut-être à dissiper la rumeur voulant que l’appui de la CAQ commençait à s’émousser. 

Le gouvernement fédéral semble avoir pris plaisir ces jours derniers à entretenir cette rumeur. 

Cela a fait distraction des critiques sur les critères fédéraux de financement du transport collectif, mais il faudra bien un jour faire ce débat et briser le cycle de la poule et de l’œuf. 

Le mode de financement actuel, basé sur l’achalandage dans les transports publics, favorise les grandes villes qui ont déjà un bon service de transport collectif. 

Mais comment les villes plus petites peuvent-elles accroître leur service et leur achalandage si elles n’ont pas accès au même financement?

L’administration Labeaume avait espéré trouver dans les budgets d’Ottawa et/ou de Québec les 800 millions $ qui manquent encore pour le tramway. 

Le gouvernement Legault vient de lui dire non et Ottawa se fait tirer l’oreille. 

L’argent a parlé. L’ennui, c’est qu’il ne dit pas la même chose que le discours public verdoyant des élus.