Un comité de travail formé d’acteurs économiques locaux, réunis par le maire Labeaume, reproche à l’aéroport et à son PDG Gaëtan Gagné une «culture de gestion fermée» et réfractaire à la collaboration.

Aéroport: au-delà des luttes de pouvoir et d'ego

CHRONIQUE / Les luttes de pouvoir, guerres d’ego et conflits de personnalités ont fini par occulter toute la réflexion qu’il convient d’avoir sur le développement de l’aéroport et des liaisons aériennes vers Québec.

Un comité de travail formé d’acteurs économiques locaux, réunis par le maire Labeaume, reproche à l’aéroport et à son PDG Gaëtan Gagné une «culture de gestion fermée» et réfractaire à la collaboration. 

Ce comité avait pour mandat de proposer un plan pour développer de nouvelles liaisons aériennes sur Québec. 

Le rapport rendu public vendredi insiste cependant sur le «malaise» autour de la gestion de l’aéroport. 

Il ne dit rien (ou très peu) sur les moyens de développer ces nouvelles liaisons, sinon pour rappeler l’importance d’une collaboration étroite entre l’aéroport, les compagnies aériennes et les acteurs locaux. 

Cette collaboration fait à leurs yeux cruellement défaut et empêche Québec d’avoir des liaisons aériennes à la hauteur de son rôle de Capitale et de sa vitalité économique. 

De son côté, M. Gagné brandit le succès d’achalandage de l’aéroport depuis 10 ans. Il reproche au comité d’outrepasser son mandat en voulant se mêler de la gestion de l’aéroport et de la nomination de son successeur. M. Gagné a déjà annoncé qu’il quittera ses fonctions sans préciser à quel moment. 

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Dans ce débat, le maire de Lévis s’est rangé derrière le PDG de l’aéroport, ce qui ajoute une dimension à la lutte des pouvoirs, des ego et des personnalités.

Il y a quelques jours, M.Gagné a tenté d’empêcher la publication du rapport sur les liaisons aériennes en envoyant une flopée de 26 mises en demeure à des membres du comité et du personnel de leur entourage. 

Ce geste provocateur a mis de l’huile sur le feu et au plan stratégique, était une pure stupidité. Tout le monde sait que la meilleure façon de mousser la vente d’une œuvre, c’est d’essayer de l’interdire ou de la censurer. 

Pareil avec le rapport du comité sur les liaisons aériennes. Celui-ci n’aurait jamais eu tant d’attention ni pareil retentissement si l’aéroport n’avait pas tenté de l’occulter, plutôt que de participer aux travaux jusqu’au bout.

Je ne m’attarderai pas aux autres querelles qui ont ponctué les relations des derniers mois entre les parties. Genre, c’est pas moi, c’est lui. Je lui ai tendu la main, non il ne m’a pas tendu la main. Je l’avais invité, non il ne m’avait pas invité, etc. 

On s’étonne — et se désole — de voir autant d’énergies gaspillées dans ces querelles par moment enfantines.

Au-delà des ego, des luttes de personnalités et de pouvoir, j’ai cherché à comprendre en quoi la vision des acteurs locaux divergeait tant de celle des administrateurs de l’aéroport. 

Il devait bien y avoir des différences importantes, me disais-je, pour que le comité tienne aussi farouchement à changer la culture (et les gestionnaires) de l’aéroport. On veut changer la gestion pour pouvoir faire autre chose ou les faire autrement. 

Je n’ai rien trouvé de tel. Du moins, pas pour les objectifs. L’aéroport et les acteurs politiques et économiques locaux sont ici d’accord : augmenter les liaisons aériennes directes; faire de Québec un «hub» régional; profiter du futur centre de prédédouanement américain; mieux se connecter sur les «hubs» nationaux et internationaux, etc. 

Tous s’entendent aussi, du moins dans les discours publics, pour travailler en collaboration (la réalité est autre chose). 

Là où il y a des nuances, c’est dans la démarche pour obtenir de nouvelles liaisons aériennes. 

L’aéroport estime que son rôle est de construire et de gérer correctement les équipements. Les compagnies aériennes viennent ensuite quand la demande y est. C’est bien d’avoir des avions, mais il faut aussi des passagers, se dit-on.

La communauté d’affaires locale croit que ça ne suffit pas et qu’il faut aller chercher ces nouveaux passagers, notamment dans d’autres régions et créer des partenariats avec des compagnies aériennes et l’aéroport. Comme le fait Montréal en subventionnant une liaison directe avec Shanghai. Peut-être Québec devrait-elle viser à attirer une compagnie aérienne qui ferait de Québec sa principale plaque tournante, qui sait. 

Cela implique plus de dynamisme et une collaboration étroite entre tous les joueurs, ce qui n’est pas possible si un aéroport travaille en vase clos. D’où les revendications de la communauté économique locale pour avoir son mot à dire dans la gestion. 

Plusieurs à Québec perçoivent que le nouvel aéroport est trop gros pour les besoins actuels. Peut-être, mais il faut regarder plus loin. On note en attendant un succès d’achalandage et une progression des liaisons internationales et du nombre de voyageurs. 

Le nombre de passagers a par exemple pratiquement doublé depuis 2008, passant de 1 million à 1,7 million en 2018. Les liaisons internationales ont aussi progressé, mais il faut ici faire attention. Cela s’explique en partie par l’augmentation des vols directs vers le sud. 

C’est intéressant pour les vacanciers de pouvoir partir plus souvent de Québec et cela gonfle les statistiques. Mais pour l’économie locale, il est plus payant d’avoir des voyageurs étrangers qui arrivent en avion. Ils passent alors la semaine à dépenser à Québec, à la différence des voyageurs locaux qui partent de Québec pour aller dépenser dans un tout inclus des Caraïbes. 

Tout le monde qui voyage souhaiterait davantage de liaisons régulières directes sur Québec. Je parierais cependant que ce qui irrite le plus les voyageurs qui passent par l’aéroport, ce n’est pas tant la rareté des liaisons que la rareté des services. 

Toujours pas de vrai restaurant passé la barrière de sécurité. Un bar et un comptoir beigne-café mal situés à la fois pour les gens qui partent et pour ceux qui attendent les voyageurs qui arrivent.

Mais plus encore, l’instabilité de l’offre de taxi et la mauvaise localisation de la zone d’attente, invisible pour les voyageurs qui arrivent. 

Je sais, il y a des travaux encore en cours. Mais quand on est incapable d’attirer un service aussi essentiel que des taxis dans un aéroport, peut-être ne faut-il pas s’étonner qu’on peine tant à attirer des avions et des vols directs.