François Legault lors d'un passage à Trois-Rivières plus tôt dans la campagne.

Finalement, pas de certitude

Si les données des trois sondages publiés cette semaine reflètent bien la réalité, on doit comprendre que la nervosité a changé de camp politique.

Alors que la Coalition Avenir Québec de François Legault semblait partie pour au moins une petite gloire électorale, avec au moins un gouvernement minoritaire à portée de vue, voilà que les choses pourraient s’être complètement inversées.

C’est Mainstreet, pour le compte du Groupe Capitales Médias, qui a le premier révélé mardi que l’aiguille électorale avait bougé et qu’on en était maintenant au coude-à-coude entre la CAQ et le Parti libéral. Ce qui concédait encore un léger avantage à la CAQ en termes de circonscriptions à être potentiellement gagnées.

Mercredi, un autre sondage, cette fois de Léger Marketing, reconnaissait à son tour l’égalité dans les intentions de vote entre ces deux mêmes formations politiques.

Mais le CROP de jeudi nous apprenait que l’humeur électorale aurait pris un bon élan en faveur du Parti libéral avec sept points d’avance sur la CAQ, marginalisant le Parti québécois avec seulement 16 pour cent de la faveur populaire, talonné de très près par Québec solidaire.

Il faudra voir si les libéraux de Philippe Couillard sont vraiment en train de s’échapper avec la rondelle. La fameuse prime de l’urne qui fait en sorte que le Parti libéral obtient toujours plus de votes que ne lui en prédisaient les sondages serait peut-être apparue plus tôt cette fois-ci.

Beaucoup de partisans libéraux ont tendance à s’inscrire parmi les indécis alors qu’ils sont simplement discrets, probablement pour s’épargner des polémiques avec un entourage plus affirmé qui exprime des vues différentes.

Le parti politique qui occupe le pouvoir est toujours la cible de multiples attaques. Quand on le détient presque sans interruption depuis une quinzaine d’années, comme c’est le cas du PLQ, on peut comprendre que certains partisans préfèrent s’éclipser de la discussion publique. Mais ils vont voter.

Si le sondage CROP est fondé, la Mauricie, qui est fortement courtisée depuis le début de la campagne par tous les partis politiques, y compris Québec solidaire, devrait l’être encore davantage d’ici le scrutin.

À 37 pour cent des intentions de vote contre 30 en faveur de la CAQ, le Parti libéral remporterait 62 circonscriptions, selon une simulation sur le site de projections Si la tendance se maintient. Il ne lui en manquerait plus qu’un seul pour pouvoir former un gouvernement majoritaire.

Or, ce comté manquant pourrait bien se trouver en Mauricie. Il serait assurément pertinent pour les libéraux de l’analyser ainsi.

Dans une situation de PLQ et CAQ au coude-à-coude, tant Si la tendance se maintient que Québec 125, un autre site de projections crédible, concédaient les quatre circonscriptions de la Mauricie aux candidats de la CAQ. Leurs adversaires libéraux contestaient vivement ces résultats, assurant fortement que ce n’était pas du tout ce qu’ils percevaient sur le terrain.

Si le sondage CROP n’est pas dans le champ, ce qui n’a encore été validé par aucun autre sondage, leur «pif» électoral serait assez juste.

En partie… car les libéraux protégeraient les circonscriptions de Trois-Rivières et de Laviolette-Saint-Maurice, mais continueraient d’échapper Champlain et Maskinongé.

Sauf que personne n’est en mesure de crier victoire ou de simplement se permettre ne serait-ce qu’un léger soupir de soulagement.

Dans les quatre circonscriptions, selon la simulation, les écarts qui séparent libéraux et caquistes seraient ultraminces, presque toujours à l’intérieur des marges d’erreur. Cela va de 3,7 points d’avance présumée au libéral Jean-Denis Girard dans Trois-Rivières à 1,6 point d’avantage au caquiste Simon Allaire, dans Maskinongé.

Même une vedette caquiste comme Sonia LeBel ne parviendrait plus à distancer le député sortant Pierre Michel Auger que par 3 % des intentions de vote en sa faveur, alors que Québec 125 qualifie depuis le début de la campagne la circonscription de Champlain de «CAQ solide».

Dans un tel contexte, la lutte électorale promet de rester excitante jusqu’à la fin, tant pour l’ensemble du Québec que de la région, à l’exception de Nicolet-Bécancour, sur la rive sud, où le député caquiste sortant Donald Martel domine, on pourrait dire sans exagérer, outrageusement, dans les intentions de vote.

Autre tendance observée à travers les trois sondages de cette semaine, c’est la progression significative de Québec solidaire.

À nos bureaux du Nouvelliste mercredi, le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois nous affirmait que son parti allait faire des gains là où on ne les attend pas nécessairement.

Si c’est le cas, ce ne sera pas en Mauricie. Reste que Québec solidaire canalise en ce moment beaucoup du vote de protestation, que son membership est en forte croissance, que les dons rentrent plus que dans les autres formations politiques, ce qui lui permet de faire une véritable campagne électorale. Il ne faudrait donc pas se surprendre que QS franchisse la barre des 10 pour cent de votes dans quelques circonscriptions de la région.

Avec le PQ… on ne sait plus.

Le débat de jeudi soir à TVA a-t-il donné une impulsion à un parti ou à un autre? Le mea culpa de Legault a-t-il été suffisant pour stopper l’hémorragie de ses intentions de vote? Le radin panier d’épicerie de Couillard va-t-il l’enfarger dans son échappée électorale? Manon aurait-elle une tire plus forte que celle de Françoise David? Relisez Lisée, peut-être.

À la veille du vote par anticipation et à moins de dix jours du scrutin, la seule certitude qui persiste, c’est qu’on n’est plus certain de rien.

La preuve? Mainstreet, qui vient de sonder les électeurs de Laviolette-Saint-Maurice, accorde une avance de plus de dix points à la caquiste Marie-Louise Tardif sur le libéral sortant Pierre Giguère.

Finalement, ce ne sera pas les sondeurs, mais les électeurs qui vont décider.

Coup de cœur: Les poètes du Festival international de poésie vont débarquer à Trois-Rivières juste avant les élections. Ça devrait changer le ton dans la ville.

Coup de griffe: Est-ce qu’il resterait un petit lousse dans les généreux cadres financiers du PLQ et de la CAQ pour les organismes communautaires? À défaut d’éradiquer la pauvreté, peut-être que…