Le maire de Louiseville Yvon Deshaies vit douloureusement ce que la crise fait subir à sa ville. 
Le maire de Louiseville Yvon Deshaies vit douloureusement ce que la crise fait subir à sa ville. 

En isolement avec Yvon Deshaies: de la sueur et des larmes

CHRONIQUE / Yvon Deshaies est un personnage, tout le monde le sait. Le maire a donné à Louiseville une existence nationale à coups d’apparitions souvent spectaculaires dans les médias nationaux.

Eh bien, il vit douloureusement la crise, le maire Deshaies. Il regarde sa ville, les gens affectés, les FERMÉ sur les portes des commerces et ça lui serre le coeur.

«Il y a eu une crise en 2008, mais là, monsieur, oubliez ça 2008. Ce n’était rien à côté de ce qu’on vit présentement», pilonne-t-il sur le rythme intense et saccadé que lui impose son émotion exacerbée. Le maire souffre.

«Hey! La tabagie Grand-Père, c’est une institution à Louiseville! Je pense que ça fait 50 ans que c’est là. Ça n’a jamais fermé. Ben là, c’est fermé. En 2008, c’était dur, mais on pouvait aller au restaurant ou passer chez le coiffeur. Là, on ne peut même plus.»

«Ce que ça me fait de voir ça? J’vais vous le dire, monsieur. La nuit dernière, (c’était la nuit de mardi à mercredi, je le précise pour satisfaire les plus rigoureux d’entre vous) je n’ai pas dormi de la nuit. À 3 h 15, je suis sorti marcher sur la rue principale. De pont à pont, elle doit faire 1 km; je l’ai marchée cinq ou six fois. Je regardais tous les commerces fermés. C’est épouvantable de voir comment le centre-ville est touché. Ça ne me gêne pas de le dire, j’ai versé des larmes. Oui monsieur: j’ai pleuré.»

Autant il peut être d’une rigidité dérangeante sur certains enjeux, autant il est sensible à la douleur des gens. Les deux sont liés, je dirais.


« «Il y a eu une crise en 2008, mais là, monsieur, oubliez ça 2008. Ce n’était rien à côté de ce qu’on vit présentement» »
Yvon Deshaies

Reste qu’il prend son rôle de capitaine au sérieux. Confiné? Oui et non. Il se rend à son bureau de l’hôtel de ville sept jours par semaine, soutient-il sans gêne. «Je reste enfermé et si les gens ont affaire à moi, il faut qu’ils me téléphonent. Ça arrive que certains veulent me parler directement: on discute à travers la porte fermée.»

Le contact direct avec son monde, l’élu prend ça à cœur. «L’autre jour, il y en a un qui insistait pour me voir. Je lui ai dit d’aller dehors et je me suis mis devant la fenêtre pour qu’il me voit. On s’est parlé à travers la vitre.»

Il sait que les gens ont des besoins, il fait ce qu’il peut. Devant pareil tsunami, c’est un rôle bien ingrat, il me semble. «Ingrat? Je ne sais pas. On n’est pas le Bon Dieu; on essaie d’aider avec les moyens qu’on a. On a de l’aide communautaire qui est organisée. La banque alimentaire fonctionne à plein. À la Ville, on permet le paiement des taxes en trois versements et on est tolérants avec ceux qui ont de la misère à arriver.»

«Que voulez-vous, monsieur, on y va au jour le jour. C’est dur pour tout le monde mais je pense que c’est bien pire pour les gens au gouvernement qui doivent aider un pays tout entier.»

Sa voix pourtant ferme révèle combien tout cela l’attriste. Ça sonne comme l’impuissance mais sans la moindre pointe de résignation. Yvon Deshaies a été formé dans l’armée, il doit bien en rester quelque chose.

Pourtant... «Voulez-vous savoir, monsieur, ce qui m’arrache le plus le cœur dans ce qu’on vit présentement? C’est de ne pas pouvoir serrer des mains. Les amis, ça va: on se parle au téléphone et on sait qu’on va souper ensemble quand l’isolement obligatoire va être fini. Mais aller à la rencontre de mon monde, ça, ça me manque.»

Il poursuit, après une courte hésitation. Il a dû se demander s’il devait le raconter puis, ç’a été plus fort que sa pudeur. «Moi, monsieur, depuis 35, 40 ans, ma grande sortie, c’est d’aller dans les salons funéraires. J’aime aller sympathiser avec les gens, fraterniser avec ceux qui ont besoin de réconfort.»

«J’en fais bien trois ou quatre à tous les samedis. Ici, à Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières, à Saint-Alexis-des-Monts, Berthier, partout dans la région. Calculez ça: trois ou quatre par semaine sur 52 semaines, ça fait bien entre 150 et 200 par année.»

«Même, des fois, pour des gens que je ne connais pas. Comme maire, j’envoie des lettres de condoléances aux familles d’ici et avec la crise, j’offre mes condoléances au téléphone mais ce n’est pas comme de serrer la main des proches. Moi, monsieur, je trouve que c’est dans ces circonstances-là que les gens sont les plus sincères.»

«Il y en a qui vont à la chasse au canard, moi pas. Moi, c’est ça qui me fait du bien. Mais là, avec ce damné coronavirus, on ne peut même pas aller voir le monde. Ça me fait bien de la peine.»

Le maire Deshaies sera assurément en poste jusqu’en novembre 2021. Il ne contemplera probablement pas, du moins en tant que maire, Louiseville dans sa prospérité d’il y a deux mois à peine. Mais des mains, ça, il va en serrer. Chaleureusement.