Le curé François Doucet a profité de son confinement en compagnie de son père pour dessiner un arc-en-ciel d’espoir qu’il a diffusé sur le site web de la paroisse de Pointe-du-Lac.
Le curé François Doucet a profité de son confinement en compagnie de son père pour dessiner un arc-en-ciel d’espoir qu’il a diffusé sur le site web de la paroisse de Pointe-du-Lac.

En isolement avec le curé François Doucet: plus près du cœur

CHRONIQUE / Mon histoire avec le curé François Doucet remonte à 2005, je crois: un voyage que nous avions fait ensemble à Las Vegas.

Pas tout à fait un trip de buddies sur la galère où on se réveille un matin dans le garde-robe de la chambre d’hôtel habillé en drag queen avec, sur le front, un tatouage de Madonna dont on n’a aucune idée comment il a pu se retrouver là. Ce n’est pas le style du curé François. Pas tant le mien non plus.

Je me souviens néanmoins d’un agréable séjour. Un voyage en groupe avec des paroissiens, périple offert au curé dans le cadre de l’émission de télé Ça va être ta fête à laquelle ses ouailles reconnaissantes l’avaient inscrit. Enfin bref...

Le seul tatouage qu’il en reste est sur ma mémoire: une messe en plein air très émouvante (oui, oui, je vous jure) célébrée sur les hauteurs du Grand Canyon avec une quelconque pierre servant d’autel au milieu de l’immensité. L’idée d’y célébrer une messe était géniale. J’ai beau ne pas entendre la voix du Tout-Puissant dans mon cœur comme le curé François, il y a des moments comme celui-là où je sens bien fort qu’il y a des forces infiniment plus grandes que moi qui gouvernent la vie. Appelez ça comme vous voudrez. Mon psy parle de délires mais franchement, qu’est-ce qu’il y connaît?

Je me souviens aussi d’un curé très, très à l’écoute des gens autour de lui, de leurs préoccupations, de leurs problèmes. Peut-être pas si loin d’une sorte de psy, justement. Il fait comment en période de pandémie? Il proximite par les ondes. «Comme les presbytères et les églises sont fermés, c’est moi qui contacte les gens. On garde un contact très étroit. Je dois bien faire une trentaine d’appels téléphoniques par jour. Certains pour organiser des activités mais beaucoup de nature plus personnelle.»

«La proximité est autre, c’est sûr, mais elle est quand même là. Elle est plus au niveau du cœur», raconte-t-il depuis son refuge quelque part dans le nord de Saint-Mathieu-du-Parc où il a établi son QG de quasi-quarantaine en compagnie de son père de 90 ans.

«Je vis des belles affaires avec mon père. On a dessiné un arc-en-ciel ensemble pour montrer qu’on va s’en sortir. Je ne me souvenais pas d’avoir déjà colorié avec lui: c’est à 62 ans que ça se passe.»

Par ailleurs, il a mis son église en mode techno. «J’envoie des messages écrits ou audio par le site web de la paroisse de Pointe-du-Lac, explique l’internaute du Très-Haut. J’en reçois, aussi. Ça nourrit le cœur et l’âme. Je vais même t’avouer que ça me fait apprécier encore plus mon ministère.»

Je ne sais pas comment on appelle ça en psychologie, mais François Doucet semble bien incapable de ne pas voir le bon côté des choses. Ce n’est pas qu’il occulte la réalité mais si le coronavirus arrive à s’accrocher aux cellules des poumons pour les parasiter, la souffrance, elle, n’arrive pas à s’amarrer à son moral. Il la voit, la ressent, la mélange avec une tasse de farine, une cuillerée à thé tasse de poudre à pâte, du lait à 2 %, du beurre et des pépites de chocolat au goût pour faire des muffins.

Entre une crise et l’espoir qui en naît, le curé François opte invariablement pour la seconde option. C’est comme un réflexe.

- «Tu n’as jamais de moments de découragement?

- Non. C’est dans ma nature. Au moment de ma naissance à l’hôpital, le médecin m’a pris dans ses bras et déjà, je riais. Il n’avait jamais vu ça, un bébé naissant qui riait.»

Entre vous et moi, je ne crois pas vraiment à son anecdote. C’est comme pour son Dieu: je ne suis pas tenu d’y adhérer mais je trouve plutôt réjouissant qu’il soit habité d’une aussi profonde conviction et qu’il répande si libéralement son optimisme auprès de gens à qui ça peut faire du bien.

«Dieu est tellement présent, dit-il. Je sais qu’il est là. Ce n’est pas une punition, ce virus. Ça ne vient pas du Bon Dieu: il est aussi bouleversé que nous. Lui, il est là pour nous soutenir.»

Ça doit marcher parce qu’il dit ne pas sentir de détresse chez ses paroissiens répartis sur sept paroisses, de Pointe-du-Lac à Charette en tournant à gauche à Saint-Mathieu-du-Parc, à droite à Saint-Élie puis tout droit vers Saint-Boniface, Saint-Étienne et Saint-Thomas-de-Caxton. Mon tracé n’est pas géographiquement rigoureux, je le sais, mais ça donne une idée du territoire: un bassin de 25 000 personnes. Beaucoup d’âmes à réconforter. Il a du tonus, le curé François.

«C’est fou le nombre de demandes de prières que je reçois pour des gens qui vivent des moments difficiles sans pour autant se décourager. Ce n’est pas forcément à cause de la pandémie, mais ça vient s’ajouter. Ça me touche tellement.»

«Je ne peux rien y changer mais je leur dis ce que je crois: il y a un soleil quelque part qui va recommencer à briller. Quand? Personne ne le sait, mais un jour, pas si lointain.»

«Entre temps, on voit de l’entraide, un retour à des valeurs plus humaines. Dans mes paroisses, les gens s’accrochent et ils sont tissés plus serrés qu’on pense.» Des liens faits de repas déposés sur le perron d’une porte, d’appels pour prendre des nouvelles, de messages d’espoir sur Internet et de coloriages d’arcs-en-ciel qui disent qu’on va s’en sortir.