Le gouvernement de Justin Trudeau présente son budget mardi.

Deux rentrées, deux mondes

CHRONIQUE / Le budget que présentera dans quelques heures le gouvernement de Justin Trudeau conclura un cycle gouvernemental ouvert en 2015. Mais la dernière phase de son mandat gouvernemental sera pénible si le bureau du premier ministre ne retrouve pas de bons réflexes.

Confier à l’ancienne vice-première ministre libérale Anne McLellan le soin d’évaluer si un seul et même titulaire peut être à la fois ministre de la Justice et Procureur général n’en est pas un.

Il n’y avait personne d’autre qu’une ancienne ministre libérale à qui confier ce mandat? Justin Trudeau et son équipe n’ont pas anticipé que cette nomination provoquerait les railleries de leurs opposants et qu’elle n’apaiserait donc rien dans l’affaire SNC-Lavalin? 

M. Trudeau est plus à l’aise dans l’énoncé de grandes valeurs que dans la gestion gouvernementale à proprement parler — et que dans la gestion de crise en particulier. Son discours sur la part de responsabilité des dirigeants du monde dans la montée des radicalismes, particulièrement ceux courtisant les individus proférant des propos haineux, l’a démontré.

On aimerait espérer que des discours comme celui-là contribuent à une prise de conscience générale, mais on peut malheureusement en douter. Ce serait pourtant d’une grande urgence politique et humaine.

Attaque classique

Après une pause de deux semaines, la Chambre des communes reprenait ses travaux lundi. Ce sera dans quelques heures à l’Assemblée nationale. Juste avant le début de cette relâche, à Québec, les libéraux et les péquistes ont mis l’accent sur les «reculs» du gouvernement Legault. C’est avec ce message qu’ils ont cherché à résumer la phase de démarrage des caquistes. Faute de pain, on mange de la galette, n’est-ce pas?

C’était un choix purement tactique d’insister là-dessus plutôt que sur le fait que le gouvernement de François Legault avance sans trop regarder sur les côtés. Le Parti québécois a même dressé une liste de 15 reculs.

Péquistes et libéraux estiment qu’il peut être beaucoup plus dommageable pour le gouvernement d’installer l’idée qu’il trahit ses engagements que de le critiquer parce qu’il les respecterait trop. Ils visent alors directement ses sympathisants.

Ces deux partis n’ont pas eu la naïveté de croire qu’ils marqueraient des points à ce stade-ci avec cet angle d’attaque. Mais le thème des «reculs» est un classique chez les partis d’opposition.

Des reculs, il en existe. Mais pas autant qu’ils le martèlent. En réalité, ce qui caractérise le plus le gouvernement Legault est le fait qu’il avance, pour le meilleur comme pour le pire, comme il l’avait annoncé. Que ce soit sur le cannabis ou la généralisation des maternelles 4 ans. Ou, pour ne prendre qu’un autre exemple, en restant sur le chemin menant à la construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis.

La tactique des péquistes et des libéraux ne les empêchera pas de recommencer très bientôt à reprocher au gouvernement «d’avancer sans écouter»... Ils s’adresseront alors aux citoyens n’ayant pas choisi la Coalition avenir Québec.

J’ai parlé de «phase de démarrage» du gouvernement Legault en amorçant ce thème sur les «reculs». Le budget qu’il dévoilera jeudi marquera sa pleine installation aux commandes de l’État québécois. Il passera alors à une autre phase. Depuis son élection, il a eu le temps d’établir ses priorités et de décider quels moyens il leur octroiera. Avec ce budget, il sera en vitesse de croisière et deviendra pleinement imputable.