Des pâtes et de l’angoisse

CHRONIQUE / Y’a pas meilleur dépanneur que les pâtes quand vient le temps de préparer un repas rapide pour satisfaire la marmaille. Tout le monde aime le spag! Chez nous, c’est l’un de nos meilleurs vendeurs. Les enfants savourent leur macaroni à chaque coup et sautillent de joie devant une lasagne. Les pâtes, c’est le moyen parfait pour se décharger le mental de cette tâche très récurrente qui est de satisfaire les petites bedaines.

Comme cette période de confinement nous donne le temps d’élaborer un peu plus qu’à l’habitude notre menu en cuisine, on a gardé notre plat vedette mais on en a fait une version «confinement».

Comme on a dû mettre de côté notre production de pain puisque les réserves nationales de levure semblent être épuisées, on s’est désennuyé en faisant des pâtes fraîches. Mes garçons n’avaient pas trop d’intérêt pour faire la chose (seulement pour les manger!) J’ai donc pu éviter que ma cuisine soit le théâtre d’une bataille pour savoir qui cassera les œufs ou, pire encore, qu’elle disparaisse sous les ravages d’une bombe de farine! Je sais que j’ai l’air pessimiste mais j’aime mieux me voir comme une préventionniste!

Tel qu’indiqué dans la recette de Ricardo, on a fait un puits de farine et on y a versé les œufs et l’huile d’olive. On est parvenu à faire une belle boule de pâte qui laissait présager un grand succès! Même si on aurait très bien pu se débrouiller sans, j’ai quand même ressorti ma machine à pâtes qui allait nous faciliter la tâche. Je l’ai dépoussiérée et installée sur le comptoir, confiante.

À notre première tentative, ma fille et moi étions tout énervées! Elle tournait la manivelle en trépignant et j’y insérais la pâte prête à lancer un tadam bien senti et satisfaisant! Y’a pas eu de tadam. C’était un flop!

La pâte était trop molle et la machine ne parvenait pas à la couper, il manquait de farine. Je vous donne la réponse mais il nous a fallu un bout pour comprendre ce qui se passait. J’avoue que j’étais un peu découragée, je suis du genre orgueilleuse en cuisine.

Donc, on a retravaillé la pâte et on est parvenu à faire des fettucines qui se respectaient dans les circonstances. On a assemblé le tout en petits nids pour faciliter la cuisson. On avait du temps avant le souper, alors on a laissé notre création sur le comptoir en attendant.

C’était une mauvaise idée. Quand j’ai pris mes petits nids pour les faire cuire, les fettucines s’étaient agglutinés. Ça faisait un «motton» de pâtes qui flottait dans l’eau salée. J’ai commencé à être vraiment nerveuse de devoir agiter le drapeau blanc et sortir un paquet de spaghettis du commerce.

En une ultime tentative de sauver le fruit de nos efforts, j’ai tenté de séparer les nouilles avec une fourchette. Contre toute attente, ç’a fonctionné!

Même si les pâtes n’ont besoin que de 2 minutes dans l’eau bouillante pour cuire, il m’a fallu une éternité pour faire cuire chaque portion séparément et tenter d’en faire quelque chose de présentable.

Quand mon chum est arrivé dans la cuisine, il voyait bien que quelque chose ne tournait pas rond! «Tu parles pas, ça va?»

Non ça n’allait pas. J’aime pas trop manquer mon coup et là j’anticipais déjà les plaintes qui allaient surgir dès que mes petits affamés allaient poser les yeux sur leur assiette. Chaque portion a été garnie d’une généreuse, très généreuse, portion de sauce pour masquer les nouilles qui avaient des airs de doigts ratatinés par une trop longue baignade. Puis comme pour en finir le plus vite possible avec l’humiliation qui m’attendait, j’ai lancé un appel aux critiques.

«C’est prêt!»

Vous savez que la majorité de nos angoisses sont liées à des choses qui ne se produiront jamais. Mon histoire le prouve encore une fois. Dès que les enfants se sont assis à la table, ils ont lancé des :«Wow! Ça l’air bon!»

Ben cou’donc!

Puis se sont enchaînés les : «Miam! C’est bon!»

Je connais assez mes enfants pour savoir qu’ils ne me ménageaient pas, ils le pensaient vraiment. Alexis en a repris trois fois alors que Samuel a complètement vidé son assiette, tout comme Justine. Mon chum a aimé aussi. Moi, ben moyen.

On ne mangera pas de pâtes fraîches maison cette semaine, la semaine prochaine non plus d’ailleurs. J’ai besoin de temps pour oublier pourquoi ma machine à pâtes est dans le coin le plus inaccessible de ma cuisine à accumuler la poussière…