Carol Jolin, président de l’AFO, en compagnie de Geoffrey Chambers, président de Quebec Community Groups Network.

Une entente risquée

CHRONIQUE / Honnêtement, je ne sais trop quoi penser de tout ça.

On apprenait mardi que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a signé un protocole d’entente avec la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et le groupe porte-parole des Anglo-Québécois, le Quebec Community Groups Network (QCGN), « pour l’avancement et la protection des droits linguistiques ». « Une entente historique ! », a clamé le président de l’AFO, Carol Jolin.

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C’est bien beau. L’union fait la force, dit-on. Si on peut être plus nombreux à défendre et à protéger ensemble les droits et les acquis des minorités linguistiques au pays, tant mieux. Sauf que… je ne suis pas sûr que le « timing » pour une telle entente soit très bon.

Voyez-vous, la chicane est pognée au Québec entre le gouvernement Legault et les Anglo-Québécois. Le ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a décidé par décret ministériel la semaine dernière de transférer deux écoles de la Commission scolaire English-Montreal à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, qui est confrontée à un manque criant de classes pour les élèves francophones. On parle ici de 3000 élèves qui pourraient manquer de classe lors de la rentrée scolaire en septembre, alors que les deux écoles anglophones en question seraient, dit-on, à moitié vides.

Inutile de vous dire que la commission scolaire anglophone de Montréal ne veut rien entendre de cette décision. Elle la conteste d’ailleurs devant les tribunaux afin de bloquer ce transfert de ses deux écoles aux francophones.

On peut comprendre la frustration des Anglo-Québécois. Imaginez si le gouvernement Ford faisait la même chose aux Franco-Ontariens et qu’il fermait deux de nos écoles pour les offrir à la majorité anglophone. On déchirerait nos chemises sur la place publique et on crierait à l’injustice sur toutes les tribunes. Et avec raison.

Or, depuis mardi, le Quebec Community Groups Network peut compter sur l’appui de l’AFO — voire de la communauté franco-ontarienne — dans sa lutte contre le gouvernement du Québec.

Ce même gouvernement du Québec qui, pour une rare fois dans l’histoire, a publiquement appuyé les Franco-Ontariens dans leur lutte contre les décisions prises par le gouvernement Ford. Ce même gouvernement qui a fait flotter le drapeau franco-ontarien sur la plus haute tour de l’Assemblée nationale le 1er décembre dernier, jour des manifestations historiques en Ontario français. Ce même gouvernement qui a invité les Francos à ouvrir le défilé de la Saint-Jean à Montréal.

Voyez-vous où cette « entente historique » devient un peu problématique ? Les Québécois nous tendent (enfin) la main dans notre lutte pour préserver et protéger notre langue. Et voilà qu’on s’associe aux Anglo-Québécois pour lutter contre une décision du gouvernement québécois qui vise ni plus ni moins à préserver et protéger… notre langue.

Cherchez l’erreur.

Et autre petit point. Quelle sorte de message envoie-t-on au reste des communautés francophones au pays en s’associant uniquement avec les Acadiens et les Anglo-Québécois ? Que dit-on aux Fransaskois, aux Franco-Albertains, aux Franco-Manitobains et toutes les autres communautés francophones au Canada qui elles aussi appuient publiquement les Franco-Ontariens depuis le « Jour noir » du 15 novembre dernier ?

Non, je ne sais trop quoi penser de cette entente. D’un côté, on se doit d’être solidaire dans la défense des droits linguistiques des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Je comprends ça.

Mais si nous le faisons en risquant de nous aliéner nos amis québécois et nos amis francophones du reste du Canada, le jeu en vaut-il la chandelle ?