Les commerces de cannabis ont ouvert leurs portes lundi en Ontario.

«The Pot Shop»

CHRONIQUE / William avait l’air heureux. Comme un poisson dans l’eau.

Je devine qu’il est âgé de 22 ou 23 ans. Peut-être un peu moins. Il est « conseiller » à la nouvelle boutique de cannabis Fire & Flower qui a ouvert ses portes hier matin sur la rue York, dans le marché By à Ottawa. Et William semblait comme une enfant au matin de Noël en jasant avec les dizaines de clients qui se sont succédés toute la journée dans ce nouveau commerce de pot ontarien.

On a jasé quelques minutes, William et moi. Au terme de notre conversation, il m’a suggéré d’acheter du cannabis du nom de Pink Kush. Je ne sais trop ce que je lui ai dit pour qu’il arrive à cette conclusion. Je ne sais trop ce qu’il a vu en moi. Mais semble-t-il que je fais Pink Kush. Et que cette variété de cannabis me fera passer une belle soirée relaxante et sans souci. J’ai tout de même refusé. Le Pink Kush en moi attendra.

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En le quittant, je lui ai lancé à la blague : « C’est un bel emploi que t’as décroché, William. T’es maintenant un pusher professionnel. » Et lui de me répliquer en riant : « Oui ! Mais sans les risques cette fois-ci ! »

Drôle et sympathique, ce jeune homme. Et bilingue. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle c’est lui qui m’a « servi », hier matin. Et j’ai dû patienter un peu jusqu’à ce qu’il se libère. Parce que tous les autres jeunes « conseillers » sur place – une dizaine – n’étaient pas bilingues. À l’image de l’endroit, quoi.

Avis aux Franco-Ontariens, aux Québécois et aux touristes francophones qui visiteront cette boutique au cours des prochains jours : aiguisez votre anglais. Parce qu’à l’instar de son site web qui est uniquement en anglais, le magasin Fire & Flower a « comme » oublié que l’on compte un grand nombre de francophones dans la région de la capitale nationale. Et on me dit que la situation est la même dans les deux autres boutiques de cannabis d’Ottawa qui ont ouvert leurs portes, hier.

Vrai, vous trouverez quelques mots en français ici et là dans la boutique de la rue York. Comme l’avertissement sur les emballages qui vous prévient qu’« une personne sur 11 qui consomme du cannabis développe une dépendance ». Et sur le tableau derrière la caisse, on peut lire les mots « huile de cannabis » et « pré-roulé » sous leurs versions anglaises. Mais ça s’arrête pas mal à ces quelques mots.

Sur une grande table dans l’une des pièces de ce commerce, on a placé cinq tablettes numériques que les clients peuvent consulter gratuitement pour en savoir plus sur le cannabis. Vous avez des questions ? Ces tablettes ont la réponse. Le problème, c’est qu’elles sont uniquement en anglais.

« C’est sûr que nous avons des améliorations à apporter à ce niveau, a dit le propriétaire de la boutique Fire & Flower, Éric Lavoie. (Oui, un francophone…)Certaines de nos affiches devraient être bilingues, c’est vrai, mais il faut comprendre qu’on vient d’ouvrir ce matin et que nous avons juste obtenu notre permis en janvier dernier. On va s’améliorer. On va travailler là-dessus », a-t-il promis.

Plaintes à part, l’expérience chez Fire & Flower est agréable pour les « shoppeux de pot ». Je dirais même « relaxante et sans souci ». 

Et si le fait que les francophones aient encore été oubliés vous déplaît ou vous enrage, Éric Lavoie promet d’y voir sans faute.

D’ici là, je vous suggère le Pink Kush.

Autre observation à la boutique Fire & Flower de la rue York : l’endroit n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite. Ce qui a déplu à Kyle Humphrey, un jeune homme d’Ottawa qui se déplace en fauteuil roulant et qui voulait se procurer du cannabis hier matin.  

« Je vais revenir vers 14 h, a-t-il dit. Les employés m’ont dit qu’ils pourront alors m’aider à entrer puisque ce sera moins achalandé. On n’a pas pensé à nous [les personnes handicapées] avant d’ouvrir ce commerce. Mais c’est typique d’Ottawa où près de 95 % des commerces ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite. Ça fait des années que je tente de sensibiliser les élus et les autorités à ce problème, mais sans succès », a-t-il ajouté en secouant la tête.