Pour la première fois de l’histoire, les Franco-Ontariens ouvriront le Grand défilé de la Saint-Jean à Montréal le 24 juin.

Se joindre à la parade

CHRONIQUE / Pour certains, la nouvelle peut sembler plutôt banale. Certainement rien à tuer la une. Mais chez les Franco-Ontariens, c’est une nouvelle renversante.

Et en lisant le communiqué de presse que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a publié mercredi, les mots « on en a fait du chemin ! » me sont venus en tête.

Pour la première fois de l’histoire, les Franco-Ontariens ouvriront le Grand défilé de la Saint-Jean à Montréal le 24 juin prochain en soirée. « Une reconnaissance historique sans précédent grâce à l’invitation des organisateurs de la fête nationale », peut-on lire dans l’avis de l’AFO.

Et on n’invite pas simplement les Francos à ouvrir le cortège, brandir leur drapeau vert et blanc, faire trois petits tours et sacrer leur camp. Les porte-paroles de l’AFO, voire du mouvement La Résistance, sont aussi invités à la réception protocolaire en compagnie du premier ministre François Legault et de la mairesse de Montréal, Valérie Plante. La grande porte, quoi. La grosse affaire.

Évidemment, nous, les Franco-Ontariens, avons immédiatement accepté cette chaleureuse invitation. C’est connu, invitez-nous à une fête et on y sera en grand nombre. On ne sort pas souvent. Mais lorsqu’on sort, on sort en grand.

Voici un extrait du communiqué de presse de l’AFO :

« L’écho d’un peuple, sous la direction artistique de Félix Saint-Denis, promet aux dizaines de milliers de spectateurs une animation et un spectacle empreints de fierté et de solidarité. Cent cinquante Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes défileront fièrement, vêtus de vert et blanc, tout en portant un immense drapeau franco-ontarien ainsi que la quinzaine de drapeaux des Francos d’un océan à l’autre. Une quinzaine de personnages de L’écho d’un peuple ouvriront la marche pour faire rayonner l’histoire qu’on partage avec nos amis du Québec ».

La grosse affaire, je vous disais. Et ça ne s’arrête pas là. Les chanteuses franco-ontariennes connues au Québec pour notamment leur passage à l’émission La Voix, Mélissa Ouimet, Céleste Lévis et Ferline Régis, seront sur une scène mobile aux côtés de Michel Payment, Brian St-Pierre et Geneviève Éthier pour chanter les plus grands hymnes de l’Ontario français.

En d’autres mots, le défilé de la Saint-Jean se sera à peine mis en marche que le party sera déjà pogné.

On en a fait du chemin…

En 1968, René Lévesque, dans une entrevue accordée à la CBC, qualifiait les francophones hors Québec de « dead ducks ». M. Lévesque a tenté d’atténuer ses propos par la suite, mais le dommage était fait. Les Francos hors Québec avaient compris qu’ils seraient dorénavant vus de haut par la Belle province.

Vingt-deux ans plus tard, en 1990, dans le cadre des audiences de la commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec, l’écrivain montréalais bien connu Yves Beauchemin — dont la mère est originaire de Sturgeon Falls en Ontario — employait l’expression « des cadavres encore chauds » pour décrire les francophones de l’extérieur du Québec. Douloureuse gifle au visage. Doublement douloureuse venant d’un ami.

Puis il y a eu Montfort. Une lutte épique de cinq ans pour sauver notre hôpital. Et une lutte qui a ouvert les yeux de nombreux Québécois. Les « dead ducks » et les « cadavres encore chauds » étaient plus vivants qu’ils ne le croyaient.

Enfin, le 1er décembre dernier, lors des manifestations historiques du mouvement La Résistance, le drapeau franco-ontarien flottait sur la plus haute tour de l’Assemblée nationale à Québec. Du jamais vu.

Lévesque et Beauchemin avaient un peu raison, il faut le dire. Les mots qu’ils ont utilisés étaient blessants, mais ils avaient les statistiques sur l’assimilation grimpante chez les francophones hors Québec à l’appui.

Mais si un jour ces derniers disparaissent, s’ils tombent au combat et s’assimilent à la majorité anglophone, il ne restera plus qu’un mur à défoncer. Et aussi fort et imposant soit ce rempart, aussi puissante et dévastatrice sera l’assimilation.

Nos amis Québécois l’ont compris. Et aujourd’hui, ils nous tendent la main. Plus question de nous regarder lutter.

Le temps est venu pour eux de lutter à nos côtés et de cesser de… regarder la parade passer.