Un projet pilote pourrait permettre aux bars du secteur Hull de demeurer ouverts jusqu’à 3 h.

Retour en arrière ?

CHRONIQUE / Je l’ai dit et je le redis, les tenanciers de bars du secteur Hull s’attirent des ennuis. Ou comme dirait le Franco-Ontarien en moi capable des meilleurs anglicismes : ils « cherchent le trouble ».

Une proposition de projet pilote pour que les bars du secteur Hull puissent demeurer ouverts jusqu’à 3 h sera présentée au conseil municipal mardi. 

On dit que ce projet pilote sera d’une durée de neuf mois et qu’il débutera le jeudi 16 mai prochain. Et paraît-il que la majorité des élus municipaux sont en faveur de ce changement.

Selon moi, ils se trompent.

Si les bars de Hull demeurent ouverts une heure de plus que ceux d’Ottawa, les fêtards ontariens traverseront le pont pour profiter de cette heure additionnelle. 

C’est inévitable. Et on pourrait bien se retrouver dans la même situation que celle qui prévalait durant les années 1990 lorsque la promenade du Portage et les environs se transformaient en Far West la nuit venue.

Certains élus gatinois, dont le conseiller du district de Hull-Wright, Cédric Tessier, affirment que les choses ont changé depuis 1997, soit l’année où la réglementation actuelle a été adoptée par l’ancienne Ville de Hull. M. Tessier explique notamment que le nombre de bars a extrêmement diminué comparativement au nombre de débits de boisson qu’on comptait à l’époque « rock’n’roll » des années 1990.

C’est vrai. Il a raison.

Mais les jeunes Ontariens ne traversaient pas le pont pour le grand nombre de bars du côté hullois. Ils traversaient parce qu’ils pouvaient poursuivre la fête et consommer de l’alcool une heure ou deux de plus. 

C’était la seule et unique raison. Lorsque la fête prenait fin du côté d’Ottawa, elle allait se poursuivre du côté de Hull.

Et s’ils le faisaient en 1980, 1990 ou 1997, ils le feront encore en 2019. Il faut que jeunesse se passe.

Le journal étudiant et indépendant de l’Université d’Ottawa, La Rotonde, a récemment sondé ses lecteurs sur cette question. Voici quelques réponse obtenues :

« Moi je suis d’accord [avec le prolongement d’une heure] parce que je trouve que 2 h c’est trop tôt pour fermer les bars, ce serait bien de pouvoir profiter d’une heure de plus pour avoir du fun avec mes amis », a répondu Camille.

« Le fait que les bars ferment maintenant à 3 h à Gatineau pourrait bien m’influencer à y aller puisque ça me donne une heure de plus dans ma soirée », a dit Caleb.

« Ça pourrait me convaincre de sortir plus souvent », a déclaré Sarah.

D’autres réponses obtenues abondaient dans le même sens. On traversera pour poursuivre la fête, point à la ligne. Partageons-nous le coût d’un Uber et allons trinquer une heure de plus.

Et c’est bien correct. Je ne dis pas que les jeunes Ontariens sont une bande de bambochards écervelés qui viendront piller le Vieux-Hull. 

Il n’y a absolument rien de mal à faire la fête entre amis. Je serais d’ailleurs bien mal placé pour les critiquer et les juger, moi qui traversait souvent le pont dans ma jeunesse, dans les années 1980, pour profiter des heures de fermeture plus tardives du côté de Hull. Je venais poursuivre le fun.

Mais parfois, dans une foule, lorsque certains ont « un peu » trop bu, la situation peut vite dégénérer. C’est ce qui se produisait (trop) souvent à l’époque. Et j’ai bien peur que c’est ce qui se produira à nouveau.

Radio-Canada a récemment diffusé des reportages sur le manque de taxis et de voitures d’Uber à la fermeture des bars dans le Vieux-Hull. 

Il existerait une grave pénurie de taxis dans ce coin de la ville à ces heures de la nuit. Et plusieurs chauffeurs d’Uber évitent ce secteur pour des raisons qui leur appartiennent, mais qu’on peut facilement deviner.

Or, que se produira-t-il lorsqu’on ajoutera 100, 200 ou 500 personnes de plus dans la rue à la fermeture des bars hullois ? On le saura dès cet été…

Je ne souhaite pas un retour des épisodes de violence dans ce secteur. Mais pas du tout. Je ne souhaite que du succès aux tenancier de bars de Hull. 

Si une heure de plus peut gonfler leurs profits, faire rouler l’économie et ajouter au plaisir de leur clientèle, tant mieux.

Sauf que – et je me répète – il faut parfois se méfier de ce que l’on souhaite.