Il y a eu plus de peur que de mal dans le dossier de la légalisation du cannabis.

Plus de peur que de mal, mais…

CHRONIQUE / « Stone, le monde est stone… »

Les paroles de cette chanson de Luc Plamondon allaient devenir réalité, croyaient des milliers de gens. Avec la légalisation du cannabis, en octobre 2018, tout le monde allait se mettre à fumer du pot et à « chercher le soleil au milieu de la nuit ».

Les gens qui n’avaient jamais consommé de cannabis de leur vie allaient devenir dépendants de cette drogue. Nos routes allaient se transformer en de véritables derbys de démolition. Et nos jeunes — ah, nos pauvres jeunes ! — nous allions tous les perdre à cette substance maudite.

Un sondage CROP-Radio-Canada réalisé en 2017, un an avant la légalisation, révélait que 54 % des Québécois étaient défavorables à cette mesure, un tiers d’entre eux affirmant même être « très défavorables » à cette légalisation.

Les plus grandes craintes ? Plus de 65 % des répondants craignaient une augmentation des accidents de la route, 62 % s’inquiétaient de la consommation chez les mineurs, et plus de 55 % des gens craignaient, en ordre décroissant, la banalisation des dangers, les problèmes accrus de santé mentale et la dépendance chez plusieurs.

Alors ? Qu’en est-il aujourd’hui, plus d’un an après la légalisation du cannabis ?

Le titre qui coiffait le texte de notre collègue Mathieu Bélanger publié en page 11 de notre édition de jeudi résumait assez bien : « Bien plus de peur que de mal ».

Dans ce papier, on apprenait qu’entre novembre 2018 et décembre 2019, le service 3-1-1 de la Ville de Gatineau n’a reçu que 26 appels en lien avec le cannabis. Vingt-six en 13 mois. Donc deux plaintes par mois. Les nids-de-poule et les trottoirs enneigés peuvent dormir en paix, ils ne seront jamais déclassés au palmarès des irritants.

De ces 26 appels au 3-1-1, 15 concernaient l’odeur du pot. Et de ces 15 plaintes, seulement trois émanaient d’un lieu public, alors que deux autres d’entre elles visaient les odeurs produites par l’usine de production Hexo, à Masson-Angers.

Et nos pauvres jeunes dans tout ça ? Rien de nouveau de ce côté-là non plus. Ceux qui consommaient du cannabis et qui se le procuraient sur le marché noir n’ont rien changé à leurs habitudes. Ou comme a dit un étudiant de Gatineau lorsque questionné par un journaliste six mois après cette légalisation tant appréhendée : « ceux qui distribuaient avant continuent à distribuer maintenant ». Et les jeunes qui ne consommaient pas ne consomment pas plus aujourd’hui.

La représentante des commissions scolaires à la commission Gatineau, ville en santé a d’ailleurs affirmé au Droit qu’aucune différence n’avait été observée dans les écoles de la région. Aucune. Au cégep, on se dit plus préoccupé par le vapotage que par la consommation de cannabis. Et du côté universitaire, aucune situation problématique concernant le pot n’a été rapportée au cours de la dernière année, a-t-on répondu.

Quant au Service de police de la Ville de Gatineau, le bilan de la première année de légalisation est attendu sous peu. Mais parions qu’il n’y aura pas de grandes surprises de ce côté-là non plus.

Bien plus de peur que de mal, quoi. Le monde n’est pas devenu stone. Il est juste resté aussi fou qu’il l’était.

Mais attention, je ne banalise pas la consommation de cannabis. C’était un problème de société avant sa légalisation et ce l’est toujours. Il n’y a personne qui aime voir un jeune se geler la cervelle.

Et conduire sous l’effet du cannabis est aussi répréhensible que de conduire en état d’ébriété. Ce que je dis, c’est que la société était prête pour cette légalisation.

C’est plutôt son efficacité qui devrait être remise en cause puisque près de 50 % des consommateurs de cannabis — les jeunes surtout — continuent de s’approvisionner sur le marché noir, alors que la nouvelle loi était censée rendre l’accès plus difficile aux mineurs et empêcher le crime organisé de continuer de profiter du marché de cannabis illicite.

À ce niveau, on a misérablement échoué. Ou comme disait cet étudiant du secondaire : « ceux qui distribuaient avant continuent à distribuer maintenant ».

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