Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Stéphane Lauzon a offert une bonne douzaine de «spectacles» sur sa page personnelle Facebook au cours des six dernières semaines.
Stéphane Lauzon a offert une bonne douzaine de «spectacles» sur sa page personnelle Facebook au cours des six dernières semaines.

L’homme-orchestre de La Petite-Nation

CHRONIQUE / Ainsi, le Dr Horacio Arruda a osé danser. On connaît tous la suite…

Tout a été dit sur le sujet. Certains ont dénoncé son pas de danse. Ce n’est pas le temps de danser quand des gens meurent par dizaines, ont dit certains. Laissez-le donc se défouler un peu, on dit les autres.

Je suis dans le camp des «autres». «So what» si le Dr Arruda a «laissé aller son fou» un peu. Le pauvre homme a toute la pression du monde sur ses épaules. Laissez-le décompresser un peu sinon il deviendra complètement maboul.

On a tous nos petites façons d’oublier - ne serait-ce que pour un instant - cette pandémie. Il le faut. Notre monde a changé «boutte pour boutte» en un claquement de doigts. On passera d’une crise sanitaire qui prendra fin Dieu sait quand à une crise économique sans précédent. On compte les morts par milliers. Nous sommes tous devenus des vecteurs et des victimes potentielles d’un monstre microscopique. Nous sommes à la fois «le bon» et «le méchant» du film.

Il faut donc s’isoler, se masquer, se laver, respecter les consignes, se confiner et… il faut travailler. Il faut vivre. Il faut avancer. Il faut s’adapter à cette nouvelle vie qui risque de devenir notre «nouveau normal».

Ça fait peur tout ça. Ça déstabilise. Ça nous bouleverse jusque dans l’âme.

Et parfois, un petit pas de danse improvisé est beaucoup plus bénéfique à l’âme qu’un slogan qui nous rappelle que «ça va bien aller» alors qu’on sait bien que «ça ne va pas pantoute».

Dansez si le coeur vous en dit, Dr Arruda. Dansez encore. Comme pied de nez à «l’ennemi», on ne pourrait faire mieux.

On a tous nos façons de dire à ce virus: «tu ne m’auras pas».

Prenez le député fédéral d’Argenteuil-La Petite-Nation, Stéphane Lauzon. Lui, il ne danse pas, il chante.

Le député libéral a offert une bonne douzaine de «spectacles» sur sa page personnelle Facebook au cours des six dernières semaines. Il s’installe dans son salon vers 20h, derrière son système de karaoké, et il prend les demandes spéciales des internautes qui le suivent en direct. Sa parenté, ses amis, ses collègues de travail. Il reçoit plus de 300 messages et demandes par spectacle, et chacune de ses prestations dure plus d’une heure, même plus d’une heure et demie. Un inépuisable homme-orchestre.

Il chante bien le député, soit dit en passant. Non, je n’ai pas écouté chacun de ses «shows». J’en ai regardé deux ou trois et j’ai décroché chaque fois au bout de quelques minutes. Ce n’est rien de personnel. C’est juste que je ne suis pas un grand fan de Tom Jones et d’Engelbert Humperdinck.

Et je déteste le karaoké. Mais ne me lancez pas de tomates, amateurs de karaoké. C’est une simple question de goût. Tant mieux pour vous si la chose vous amuse. Mais selon moi, le karaoké a été inventé par des tenanciers de bars trop «cheap» pour se payer des bands.

Je reviens au député Lauzon. Jamais n’ai-je entendu quelqu’un dire de lui qu’il ne devrait pas chanter pendant que des gens meurent par dizaines. Jamais n’ai-je lu ou entendu quelqu’un dénoncer sa façon de décompresser et de tenter de désennuyer ses électeurs.

Vrai que, contrairement au Dr Arruda, l’homme-orchestre de La Petite-Nation n’est pas au front. Mais il demeure un élu, un représentant du peuple. Ses électeurs seraient en droit de se demander s’il n’a pas mieux à faire en temps de crise que de chanter sur une musique préfabriquée pour amuser sa gang.

Mais s’il le fait dans ses temps libres et que c’est sa façon à lui de décompresser et de faire un pied de nez au virus, grand bien lui fasse. Il le fait chez lui, après ses heures de travail, et il n’oblige personne à l’écouter. Il se défoule pour ne pas perdre la boule.

Chantez si le coeur vous en dit, M. Lauzon. Chantez encore.

Et si certains contribuables d’Argenteuil-La Petite-Nation vous disent aux prochaines élections fédérales: «vous chantiez ? J’en suis fort aise: - Eh bien ! Dansez maintenant» , sachez que ce ne sera pas grave.

Il y aura toujours «La Voix».