Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
La députée Amanda Simard espère que le premier ministre Doug Ford apprendra l’histoire des Franco-Ontariens en 2020.
La députée Amanda Simard espère que le premier ministre Doug Ford apprendra l’histoire des Franco-Ontariens en 2020.

Le «pot», le déjà-vu, le céleri et les Francos

CHRONIQUE / Dernier jour de l’année. Je suis retourné dans nos archives jeter un coup d’œil sur quelques chroniques que j’ai rédigées au cours des 12 derniers mois.

J’ai souri en relisant ma première visite dans une boutique de cannabis d’Ottawa au début avril. Le pot venait d’être légalisé. On prédisait la manne pour ces boutiques et pour les gouvernements. Tout comme certains prédisaient la fin du monde. Tout le monde allait être gelé à longueur de journée. La police allait être débordée. Nos enfants allaient devenir des « p’tits drogués » avant même de savoir lire et écrire.

Puis… rien. Ou presque rien. La Terre a continué de tourner. Les revendeurs de la rue ont ajusté leurs prix pour conserver leurs « clients ». La manne anticipée ne s’est pas réellement concrétisée. Les gens qui ne fumaient pas de cannabis avant sa légalisation n’ont pas pris l’habitude d’en consommer, et ceux qui en fumaient ont continué leur petit train de vie sans faire de bruit. Circulez, rien à voir ici.

Mon sourire s’est vite effacé en arrivant à la dizaine de chroniques écrites durant les inondations du printemps dernier. Certes les deux semaines les plus tristes et les plus grises de l’année. C’était la désolation, le découragement, le maudit déjà-vu. Mais aussi deux semaines d’entraide, de partage, de solidarité, de chaleur humaine.

Deux semaines qu’on ne veut certes pas revivre en 2020. Qu’on ne veut PLUS revivre. Mais ça… seul « le temps » nous le dira.

Sur une note un peu plus légère, on s’est parlé l’été dernier du coût faramineux du céleri. Oui, du céleri. Je ne croyais jamais consacrer 750 mots à un légume, mais voilà, nous y étions. À 7 $ le pied de céleri, il y avait matière à chronique. Et ce papier humoristique a été parmi les textes les plus lus cette semaine-là dans l’ensemble des journaux de (feu) Groupes Capitales Médias. Comme quoi un simple légume peut parfois faire jaser.

Reste à voir quel légume ou quel fruit fera l’objet d’une chronique en 2020. Les experts prédisent une augmentation moyenne de 500 $ du panier d’épicerie durant la prochaine année. La belle affaire. Disons qu’on n’a pas fini de nous prendre pour des poires…

L’année 2019 a été plutôt tranquille chez les Franco-Ontariens. Pas de gros avancement. Pas de gros recul non plus. Un acquis regagné (notre université), un acquis toujours perdu (l’indépendance de notre Commissariat aux services en français).

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a laissé entendre à l’automne qu’il aimerait apprendre le français. Ce à quoi la députée indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a répliqué : « M. Ford devrait apprendre l’histoire des Franco-Ontariens avant d’apprendre le français ». Je ne saurais mieux dire.

Du côté de la Ville d’Ottawa, autre année écoulée, autres embauches de gens unilingues anglophones dans des postes pourtant désignés bilingues. Des gens qui nous promettent toutefois d’apprendre – un jour – le français. Parlant de nous prendre pour des poires…

D’un autre côté, le géant de l’alimentation Métro a ouvert un nouveau magasin Adonis à Ottawa, en novembre dernier, en promettant d’offrir des cours de français à ses employés unilingues anglophones.

C’est le monde à l’envers. Le directeur général de la Ville d’Ottawa, une ville dite bilingue et la capitale d’un pays officiellement bilingue, n’a pas à parler le français. Mais le jeune commis qui nous vend un pied de céleri à 7 $ doit pouvoir parler la langue de Molière.

Bienvenue dans le merveilleux monde des Franco-Ontariens.

Que nous réserve 2020 ? Comme disait ma grand-mère : « le Bon Dieu l’sait et le ‘iable s’en doute ». Chose certaine, pour le meilleur et pour le pire, Le Droit y sera avec vous.

Bonne année la gang !