On pourrait au moins de me demander mon âge avant de m’offrir des rabais pour les vieux. Ne serait-ce que par courtoisie.

Le coût de vieillir

CHRONIQUE / Le jeudi 20 juin, il y a deux semaines.

Je me trouvais à la caisse de l’épicerie de mon quartier. Et j’ignore si vous faites comme moi, mais en déposant devant la caisse les articles que je me procure, je fais le calcul dans ma tête du coût total de mes achats. Je me trompe parfois de quelques sous, mais je suis habituellement pas mal sur le piton. Je devrais d’ailleurs me faire soigner pour cette légère manie, je sais.

Donc ce jour-là, j’avais calculé tout près de 16 $ pour mes achats. Mais une fois les articles déposés dans un sac (recyclable, bonne conscience exige), la caissière me demande un peu plus de 14 $.

Ai-je mal calculé ou ajoute-t-on maintenant les taxes de 13 % sur les prix indiqués en magasin ? Curieux.

Jeudi le 27 juin, la semaine dernière.

« Manon.

— Oui, Denis.

— Je ne mettrai plus jamais les pieds dans l’épicerie à deux rues d’ici.

— Je vois que le pied de céleri se vend encore à 7 $. Tu devras en revenir un jour, Denis.

— Ça n’a rien à voir avec le coût du céleri.

— Alors que se passe-t-il ? A-t-on maintenant haussé le prix des tomates ?

— Ce n’est pas ça, Manon. Je me trouvais à la caisse. J’avais calculé dans ma tête que..

— Je vois que tu fais encore ça, hein ?

— Oui. C’est plus fort que moi. Donc j’avais calculé que mes achats allaient me coûter 20 $.

— Et… ?

— On m’a demandé 18 $ ! T’imagines !?

— Attends un instant, Denis. T’es furieux parce que tes achats t’ont coûté moins cher que prévu ? Ça te choque d’épargner de l’argent ?

— Tu ne comprends pas. J’avais très bien calculé le coût total. Mais ça fait deux jeudis consécutifs qu’on m’offre un rabais de 10 %.

— Pourquoi ?

— Regarde le reçu.

— D’accord. Deux tomates : 1,60 $. De la nourriture pour chat : 3,55 $…

— Non, Manon. Plus bas. Regarde tout au bas du reçu. La toute dernière ligne.

— Rabais pour aînés : 10 %.

— Voilà ! On offre 10 % de rabais aux aînés les jeudis dans cette épicerie. Mais on me l’offre sans même me demander mon âge ! Deux différentes caissières ont deviné que j’avais 65 ans ou plus ! Je n’en ai que 58 !! Misère ! Ai-je l’air si vieux que ça, Manon ?

— Peut-être que cette offre est pour les 55 ans et plus, Denis.

— Peut-être, mais je n’ai pas osé demander. J’avais trop peur qu’on me réponde : «Non, Monsieur. C’est pour les 65 ans et plus. Comme vous». On pourrait au moins de me demander mon âge avant de m’offrir des rabais pour les vieux. Ne serait-ce que par courtoisie.

— Préférerais-tu vraiment que la caissière te demande : «avez-vous 65 ans, Monsieur ?».

— Heu… non. Vu d’même, non.

— Alors voilà. Elle évite la question et l’embarras en t’offrant le rabais, tout simplement. Prends le 10 % et profites-en mon vieux. Heu… s’cuse, mon chum.

Et penses-y un peu Denis. Dorénavant, le céleri à 7 $ ne te coûtera plus que 6,30 $ le jeudi.

— Très drôle, Manon.

— Calme-toi un peu, là. Ce n’est pas bon pour ta pression, souviens-toi ce que le médecin t’a dit.

—…&*#@$».