Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Plusieurs résidents de la région de la capitale nationale se sont fait réveiller, dimanche matin,  par une alerte émise par le gouvernement de l’Ontario à 7h23.
Plusieurs résidents de la région de la capitale nationale se sont fait réveiller, dimanche matin, par une alerte émise par le gouvernement de l’Ontario à 7h23.

L’alerte « tout va bien »

CHRONIQUE / Dimanche matin, 7 h 23. L’alarme de mon téléphone intelligent retentit. Une alarme au son distinct d’une alerte Amber.

Se faire réveiller par une telle alerte à 7 h 23 le dimanche est un peu agaçant, disons-le. Mais si un enfant est sauvé grâce à cette intervention, tant mieux. Émettez des alertes à toute heure de la nuit s’il le faut et si la vie ou la sécurité d’un enfant en dépend.

Sauf qu’il ne s’agissait pas d’une alerte Amber, dimanche matin. Le cerveau toujours au neutre et les yeux à moitié fermés, je regarde mon téléphone et je ne peux croire ce que je lis. C’est une alerte d’urgence (en anglais seulement) de la province de l’Ontario qui nous annonce qu’un incident a été rapporté à la centrale nucléaire de Pickering. On ajoute que ce message s’adresse aux résidents de Pickering qui habitent dans un rayon de 10 km de la centrale nucléaire, et qu’aucune fuite ni trace de radioactivité anormale n’a été décelée. « Vous n’avez pas à prendre des mesures d’urgence en ce moment », écrit-on.

À LIRE AUSSI : Fausse alerte à la centrale nucléaire de Pickering en Ontario

L’enquête sur l'alerte erronée à la centrale nucléaire de Pickering devrait se conclure rapidement

La belle affaire. On émet une alerte à l’échelle de la province alors qu’elle ne s’adresse qu’à certains résidents de Pickering. Ou s’adresse-t-elle uniquement aux gens de cette ville ? La situation est-elle beaucoup plus grave qu’on ne le laisse entendre ? On ne sait pas. Le peu de renseignements dans cette alerte est plus inquiétant que l’alerte elle-même.

Puis un tas de questions me viennent en tête en ce dimanche matin.

Pickering ? C’est où encore, Pickering ? Parle-t-on de la centrale nucléaire près d’ici ? Non, me répond mon cerveau qui reprend vie. Celle-là se trouve à Chalk River, à deux heures d’Ottawa. Alors où se trouve Pickering ? Je crois que c’est en banlieue de Toronto, me dit ma mémoire qui se réveille à son tour. Vérifions sur le téléphone. C’est bien ça, à 40 km au nord-est de Toronto. Et à plus de 400 km d’Ottawa.

Je peux me rendormir, me dis-je. La fin du monde n’est pas pour ce matin. Cet après-midi peut-être. Mais pas ce matin.

Mais… un instant. J’ai un frère qui habite Georgetown, en banlieue de Toronto.

« Vite, Google, dis-moi quelle est la distance entre Georgetown et Pickering ?

— Un peu plus de 80 km », me répond l’appareil. Ce n’est pas très loin. C’est même très près. Trop près.

Mon frère et sa famille sont-ils en sécurité ? Ont-ils pris les mesures nécessaires ?

Et voilà LA question qui m’a trotté dans la tête le reste de la journée. Quelles sont les mesures à prendre en cas de fuite dans une centrale nucléaire pas si loin de chez nous ? Que fait-on si un tel incident survient ?

Pour un incendie, on est relativement prêt. On vérifie régulièrement les piles du détecteur de fumée. On sait où se trouve l’extincteur de la maison. On sait aussi par quelle porte sortir. Et, bien entendu, si un incendie se déclare, on appelle immédiatement le 9-1-1.

Pour une tornade, on sait aussi quelles mesures prendre. Chat échaudé craint l’eau froide. Réfugiez-vous au sous-sol de la maison ou à l’endroit le plus central de votre logement. Éloignez-vous des fenêtres et des portes. Si vous êtes à l’extérieur, tenez-vous loin des arbres et des poteaux d’électricité. Et ainsi de suite.

C’est la même chose pour un tremblement de terre. Restez à l’intérieur et baissez-vous pour vous abriter sous un meuble lourd. Couvrez votre tête pour vous protéger de tout objet qui pourrait vous tomber dessus. Restez loin des fenêtres, etc..

On est prêt, comme dirait Jean Charest.

Mais pour un incident nucléaire, que fait-on ? Je ne sais trop. À part les gens de Carp, rares sont ceux qui ont un bunker dans leur cour arrière…

Deux heures après le déclenchement de l’alerte, la province de l’Ontario a émis un deuxième message pour nous annoncer qu’il s’agissait d’une fausse alerte, que tout se déroulait normalement à la centrale nucléaire de Pickering, qu’il n’y avait aucun danger pour la population et pour l’environnement et de ne pas s’en faire.

L’Ontario nous a donc réveillés à 7 h 23 dimanche matin pour nous dire que… tout va bien, et pour nous laisser le reste de la journée à réfléchir et à se questionner sur ce qui pourrait survenir si jamais les choses ne vont pas si bien. Et les réponses ne viennent pas.

En fait, je pense que les mesures à prendre en cas de fuite radioactive majeure se résument en un mot : prions.