Denis Gratton
Le cimetière Notre-Dame était fermé, dimanche, pour la fête des Mères.
Le cimetière Notre-Dame était fermé, dimanche, pour la fête des Mères.

Laissez vos fleurs à l’entrée

CHRONIQUE / Céline, d’Ottawa, a fait ses courses pour la semaine, dimanche matin. Un arrêt à l’épicerie où elle a fait la file comme tout le monde, masque au visage, en s’assurant de se tenir à au moins deux mètres des personnes devant et derrière elle. Son tour venu d’entrer, elle a fait ses épiceries en ajoutant exceptionnellement un bouquet de fleurs dans son panier. Elle s’est ensuite arrêtée à trois autres commerces avant de rentrer chez elle.

Elle s’était réservée une heure en après-midi pour aller visiter sa mère. Sa mère qui a rendu l’âme il y a dix ans. Depuis, chaque fête des Mères, Céline la visite là où elle repose, au cimetière Notre-Dame du chemin de Montréal, dans l’Est d’Ottawa. Le plus grand cimetière de la capitale nationale, inauguré en 1872, lieu de repos éternel de 130 000 âmes. Des pionniers francophones, en forte majorité.

Céline s’y rend chaque fête des Mères pour s’y recueillir et déposer des fleurs sur la tombe de sa mère. Elle s’y arrête se souvenir et redire merci.

Mais dimanche dernier, elle s’est butée à des portes closes. Les longues barrières de fer forgé à l’accueil du cimetière Notre-Dame étaient fermées. Céline s’est résignée à déposer ses fleurs à l’entrée, comme des dizaines de gens l’avaient fait avant elle, puis elle est rentrée à la maison, l’âme en peine.


« «La journée de la fête des Mères est la journée la plus occupée de l’année. On ne pouvait pas faire respecter les restrictions. Nous avons donc fait une exception pour ce week-end en fermant le cimetière.» »
Zoé Goues de l’administration du cimetière Notre-Dame

Le cimetière était fermé. Il est habituellement ouvert, sept jours sur sept de 8 h à 20 h, pandémie ou pas. Mais dimanche, jour de la fête des Mères, on a décidé de le fermer, par exception.

«La journée de la fête des Mères est la journée la plus occupée de l’année, a dit Zoé Goues de l’administration du cimetière Notre-Dame. On ne pouvait pas faire respecter les restrictions (de la santé publique). Nous avons donc fait une exception pour ce week-end en fermant le cimetière. C’était plus sécuritaire de le fermer que de déranger des familles qui venaient se recueillir.»

«On ferme les jours où l’on prévoit que plusieurs personnes s’y présenteront, a ajouté le directeur des communications de l’Archidiocèse d’Ottawa-Cornwall, Robert Du Broy. On n’a pas les moyens d’imposer la distance de deux mètres entre les gens. Alors lorsqu’on prévoit de grandes foules, on ferme les portes. La décision de fermer ou non revient cependant à l’administration de chaque cimetière.»

Et dimanche - jour de la fête des Mères, je me répète - on a décidé de fermer. Parce que contrairement à tous les autres endroits et commerces d’Ottawa qui ont ouvert leurs portes en fin de semaine, le cimetière Notre-Dame n’avait pas les moyens d’assurer la distanciation physique entre les visiteurs.

Le cimetière Beechwood, lui, oui. L’administration de ce cimetière situé à un jet de pierre du cimetière Notre-Dame, a ouvert ses portes cette fin de semaine en demandant aux visiteurs de se limiter à des groupes d’un maximum de cinq personnes et de respecter la consigne de distanciation sociale. Aucun incident n’a été rapporté.

«Je trouve ça curieux qu’on ait fermé (le cimetière Notre-Dame) le jour de la fête des Mères, a dit Céline au bout du fil. Quand on fait la file à l’épicerie, il n’y a personne dans la file pour nous dire de garder deux mètres entre chacun, on le sait. On n’a pas le droit de se regrouper, on le sait. Il faut se laver les mains et porter un masque, on le sait. On n’a pas le droit de visiter des membres de notre famille qui n’habitent pas avec nous, on le sait aussi. Ça fait deux mois qu’on nous répète les consignes, on les a apprises par coeur. J’allais au cimetière avec mon conjoint déposer des fleurs, comme on le fait chaque fête des Mères. On n’allait pas là pour une fête familiale.

«Je peux comprendre la décision des administrateurs du cimetière, a-t-elle ajouté. Comme on dit: mieux vaut prévenir que guérir. Mais à un moment donné, il faudrait peut-être faire confiance au gros bon sens des gens.»