Doug Ford, premier ministre ontarien

En français, s’il vous plaît

CHRONIQUE / Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a tenu à rectifier certaines choses mardi. Il n’était pas content, le monsieur. Je vous explique.

Le leader conservateur était de passage à Ottawa la semaine dernière pour s’entretenir avec le maire Jim Watson. À sa sortie de cette rencontre, un journaliste lui a demandé s’il comptait rétablir le Commissariat aux services en français — un acquis de la communauté franco-ontarienne — qu’il a aboli en novembre 2018. « C’est une question qui revient à la ministre des Affaires francophones (Caroline Mulroney) », a répondu M. Ford.

Plutôt surprenante cette réponse. Comme si c’était Mme Mulroney qui avait décidé unilatéralement en novembre 2018 de flusher le commissaire indépendant.

On a repris cette déclaration du premier ministre Ford dans nos pages de notre édition de samedi dernier. Et j’en ai rédigé une chronique qui a été publiée lundi (Demande à ta mère).

Or, mardi matin, l’attachée de presse de M. Ford, Ivana Yelich, a envoyé au Droit une déclaration du premier ministre pour rectifier les faits. Nous avons publié les grandes lignes de ce courriel dans notre édition d’hier (Ford précise sa pensée).

Dans cette missive, Doug Ford, par l’entremise de son attachée de presse, précise que la décision d’abolir le Commissariat aux services en français a été prise par son gouvernement. Il ajoute que la ministre Mulroney est une championne absolue pour les Franco-Ontariens partout en province.

Que cette décision ait été prise par son gouvernement, on le savait déjà. On avait tout compris. On sait bien que ce n’est pas Caroline Mulroney qui a rédigé l’énoncé économique de l’automne 2018 par lequel les Francos perdaient non seulement leur commissariat, mais aussi l’Université de l’Ontario français.

Par ailleurs, que Mme Mulroney soit une championne absolue pour les Franco-Ontariens, ça, on le savait moins.

M. Ford ajoute ensuite dans sa lettre ce qu’on a entendu maintes et maintes fois au cours de la dernière année.

Soit que les employés du Commissariat aux services en français ont été intégrés au bureau de l’Ombudsman, qu’ils poursuivront le travail qu’ils accomplissaient auparavant et qu’il n’y a vraiment rien de changé à ce niveau. (Sauf l’indépendance de ce commissariat qui a disparu. Mais ça, c’est un détail insignifiant aux yeux du gouvernement Ford).

Cela dit… « Thank you very much for your letter, Mr Prime Minister. And a very merry Christmas to you and your family. If you’re ever in Vanier during the holiday season, Mr Ford, give me a ring. A one buck beer will be cold and waiting for you. And if Minister Mulroney wants to join you, great ! I’ll make sure to also invite my aunt, Gisèle Lalonde. Her and Minister Mulroney have a lot in common, both of them being «absolute champions for Franco-Ontarians» »…

Pourquoi suis-je passé à l’anglais, demandez-vous ? Par politesse. (D’accord, je l’avoue, par sarcasme).

C’est que, voyez-vous, la lettre que le bureau de M. Ford a fait parvenir au Droit était uniquement en anglais. Pas un mot de français. Pas un seul.

Un détail qu’un commissaire aux services en français aurait peut-être soulevé. Ce dernier aurait pu dire à M Ford quelque chose comme : « Je m’excuse de m’excuser Monsieur le premier ministre, mais… si vous écrivez au seul quotidien de langue française en Ontario, ce serait peut-être une bonne idée de rédiger votre lettre en français ou, du moins, de la faire traduire avant de l’expédier ».

Mais il n’y a plus de commissaire aux services en français. Il n’y a plus cette personne pour aviser le gouvernement sur les questions qui touchent la francophonie.

Il n’y a plus personne pour prévenir les gaffes et les faux pas.

Non, pardon, mon erreur. Ou mon oubli, devrais-je dire. En décembre 2018, le gouvernement ontarien a annoncé l’embauche de la Franco-Ontarienne de Hearst, Marilissa Gosselin, au poste de conseillère politique principale responsable des affaires francophones au bureau du premier ministre Doug Ford.

J’en conclus que Mme Gosselin est en vacances cette semaine…