Denis Gratton

Briser la solitude

CHRONIQUE / Les deux organismes ont comme mission de briser l’isolement chez les personnes âgées. Une mission devenue extrêmement difficile depuis l’arrivée de la COVID-19. Presque une mission impossible.

Du côté québécois de la rivière des Outaouais, il y a l’Académie des retraités de l’Outaouais (ARO), qui regroupe plus de 2000 membres. «Je crois que le nombre exact est de 2020 membres», précise la directrice générale, France Caouette.

La directrice générale de l’Académie des retraités de l’Outaouais, France Caouette

Du côté ontarien, il y a la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario (FARFO), qui elle compte dans ses rangs une cinquantaine de clubs de l’âge d’or et de centres de vie active. «En Ontario, dit le président de la FARFO, Jean-Rock Boutin, on compte près de 250 000 francophones de 50 ans et plus. Notre organisme représente une bonne partie de ces aînés franco-ontariens.»

Le président de la Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario, Jean-Rock Boutin

Et la mission numéro un de l’ARO et de la FARFO – je me répète – est de briser l’isolement et la solitude chez tous ces gens.

Malgré la pandémie, Mme Caouette et M. Boutin parviennent à garder contact avec leurs membres. L’ARO communique régulièrement par courriels avec ces derniers. Et elle tient une visioconférence tous les mardis avec ceux qui ont quelque chose à partager, à discuter. «Je lance le sujet de la journée et les gens échangent entre eux», dit Mme Caouette.

La FARFO a pour sa part lancé lundi dernier le programme Connect Aînés pour, justement, briser l’isolement (connectaines.ca). «Il s’agit d’un programme qui rejoint les aînés là où ils sont par la bonne vieille technologie du téléphone, mais aussi par les nouvelles technologies comme les téléphones intelligents et les tablettes, explique M. Boutin. Ce programme offre à distance des activités sociales, informatives et spirituelles aux aînés.»

Les communications ne sont donc pas totalement rompues entre ces deux organismes et leurs membres. Et Dieu merci. Parce que Mme Caouette et M. Boutin vous le diront; le plus difficile de cette pandémie pour les aînés, c’est d’être isolés des leurs.

«Le plus difficile pour nos membres, c’est de ne pas voir leurs petits-enfants, dit la directrice générale de l’ARO. Lors de notre toute première rencontre Zoom à laquelle une quarantaine de nos membres ont pris part, j’ai posé la question: ‘comment vivez-vous votre isolement ?’. La grande majorité a expliqué que de ne pas pouvoir voir leurs petits-enfants est atroce. Beaucoup d’entre eux gardaient les petits-enfants pendant que les parents travaillaient. Mais là, ils ne peuvent plus. Et ça leur brise le coeur de devoir se contenter de voir leurs petits-enfants à travers une fenêtre. C’est atroce. Ce mot est souvent revenu lors de notre discussion, laisse tomber Mme Caouette.

«Mais on ne lâche pas, ajoute-t-elle. On travaille présentement sur notre programmation d’automne. Et si jamais Santé Canada nous donne le feu vert pour le déconfinement, nous serons là pour nos membres. On va tout faire pour essayer de les divertir à l’automne.»

Même son de cloche du côté des aînés de l’Ontario. L’impossibilité de voir les leurs est la plus douloureuse des conséquences de cette pandémie.

«Ça fait partie de notre culture de se rassembler en famille autour de la table à cuisine et de se visiter souvent, dit M. Boutin. Beaucoup de nos aînés habitent les secteurs ruraux de la province. Souvent leurs enfants habitent le même village ou la même région et ils se rassemblent régulièrement. Mais là, d’être séparés pendant six ou huit semaines, et probablement plus, c’est très pénible pour nos aînés de ne pas voir leurs enfants et petits-enfants.

«Il y a toujours un sentiment d’urgence lorsqu’on est âgé de 70 ou de 80 ans. Le temps est compté, il est précieux, on veut en profiter le plus possible avant que la maladie ou une crise subite nous tombe dessus. Il y a ce sentiment d’urgence de profiter de chaque instant. Et d’en profiter, pour la majorité des aînés, c’est d’en profiter avec leur famille», conclut M. Boutin.

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Ressources

L’Académie des retraités de l’Outaouais: aro.retraiteaction.ca ou 819-776-5052

La Fédération des aînés et retraités francophones de l’Ontario: farfo.ca ou 1-800-819-3236