Ex-guitariste du groupe Kaïn, Patrick Lemieux poursuit ses études à l’université pour devenir enseignant au secondaire.

De Kaïn à enseignant

CHRONIQUE / En pleine étude de fin de session, Patrick Lemieux n’a pas vraiment le temps de descendre dans son repaire, le sous-sol de sa maison. À 42 ans, il sait par contre que sa patience saura le récompenser.

Quelques jours encore et le musicien de retour sur les bancs d’école pourra reprendre son souffle en laissant ses doigts courir sur les cordes de sa guitare.

Il en possède plusieurs qui sont accrochées sur le mur, vis-à-vis un autre recouvert de disques d’or et de platine décernés aux artistes qui ont atteint les meilleures ventes d’albums.

«As-tu déjà tenu un Félix dans tes mains? Tiens, prends-le.»

Le trophée est plus lourd que je pensais. Kaïn l’a remporté en 2006, dans la catégorie Groupe de l’année.

Une minuscule scène se trouve dans le coin de la pièce. Le guitariste l’a décorée de palettes en bois placées à la verticale et d’un cordon de petites lumières blanches. S’y trouvent deux chaises droites pour les élèves qu’il reçoit en leçons privées.

Le concept est simple et sympathique. Comme lui d’ailleurs.

Patrick Lemieux est établi à Trois-Rivières depuis 2007. Il n’a pas dit «à cause», mais «grâce à» sa blonde. Elle va sûrement apprécier.

Marie-Hélène Davidson est enseignante en adaptation scolaire. Son chum me raconte que leurs regards se sont croisés pour la première fois à Saint-Alexis-des-Monts. Kaïn était en vedette à l’occasion du Festival de la truite mouchetée.

C’est durant la chanson «La nuite» que la magie a opéré entre lui, sur la scène, et elle, dans la foule.

Romantique le gars. Il n’omet aucun détail.

En treize ans, Patrick a certainement dû lui fredonner «Embarque ma belle» à quelques occasions, mais contrairement à ce que dit le refrain, il ne l’a pas amenée n’importe où pour bûcher du bois et gueuler avec les loups.

Le musicien est tombé sous le charme du centre-ville trifluvien. Il est l’heureux propriétaire d’un duplex dans lequel grandit Charlie, une fillette de 9 ans qui n’est pas étrangère à la décision de son père de changer de vie.

Originaire de Sainte-Sabine-de-Bellechasse, dans la région de Chaudière-Appalaches, Patrick Lemieux était un jeune homme timide au moment d’amorcer ses études au Cégep de Drummondville. Il n’était pas de ceux qui rêvaient de jouer de la guitare sous le feu des projecteurs.

«Je voulais être prof. J’avais une école de musique avant Kaïn.»

C’est par un concours de circonstances que le guitariste a joint les rangs du groupe qui en était à ses débuts et dont la popularité ne s’est pas vraiment démentie depuis.

Patrick a néanmoins tiré sa révérence au printemps 2017. Une décision difficile, mais mûrement réfléchie, une séparation à l’amiable après seize années de spectacles, de tournées et d’applaudissements nourris.

«C’est délicat à écrire, ce que je vais te dire, mais je ne me voyais pas en train de jouer «Embarque ma belle» à 50 ans, en me définissant encore avec quelque chose que j’avais fait il y a si longtemps...»

Kaïn fera toujours partie de lui, mais il devait mettre fin à l’aventure pour en commencer une nouvelle.

«Des fois, ça prend du guts pour quitter quelque chose d’aussi gros, qui t’apporte beaucoup de valorisation personnelle, qui te donne le droit finalement à une vie d’éternel ado.»

Au tournant de la quarantaine, Patrick a ressenti le besoin d’en sortir pour rentrer chez lui, être plus présent pour sa petite famille, faire autre chose, trouver un équilibre pour lui et les siens.

«J’étais dû pour aller ailleurs.»

Ses pas l’ont dirigé vers l’Université du Québec à Trois-Rivières. Après avoir touché aux arts visuels et nouveaux médias, l’étudiant planche aujourd’hui pour devenir enseignant au secondaire.

Le guitariste sera prof d’histoire et d’éthique et culture religieuse.

Surprenant quand même. Pas tant.

«Je vais toujours vivre ma vie artistique, mais les deux pieds sur terre, la vraie vie, j’en avais besoin.»

Entre ses cours de musique et quelques petits spectacles privés offerts ici et là, Patrick Lemieux se plonge dans les livres. Il n’est pas certain de vouloir me le dire pour ne pas avoir l’air prétentieux, mais à ce jour, son bulletin n’affiche que des A.

L’histoire est un domaine qui l’a toujours intéressé. Il a même déjà songé à étudier en sciences politiques. Quant aux notions d’éthique et de culture religieuse, il y voit un défi super stimulant. Amener des adolescents à réfléchir de façon responsable sur la société dans laquelle ils évoluent, notamment sur de grandes questions qui font l’actualité.

L’inclusion est un terme qui résonne fort au Québec ces jours-ci.

«Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. Je pense que je suis capable d’enseigner ça.»

Le musicien ne savait pas qu’il avait droit à une deuxième vie avant d’oser changer de scène pour se sentir en harmonie avec lui-même.

«C’est carrément un renouveau!»

Ça l’emballe. Issu d’une famille où on compte beaucoup d’enseignants, Patrick Lemieux a hâte de porter le chapeau.

Il ne s’attend pas à ce que tous ses élèves connaissent Kaïn, mais l’ancien membre pourrait s’inspirer en classe de son passé au sein du groupe.

«Ça devrait m’aider pour aller chercher leur attention d’une autre façon. Une certaine crédibilité aussi.»

Un guitariste prof d’histoire, ça risque d’être cool en effet.