Les autres partis ne sont pas en reste et se jettent dans la mêlée, qui promettant un pont ou un hot-dog géant, qui assurant un renouveau politique pour la millième fois, qui annonçant des candidatures « vedettes » d’inconnus notoires…

Si j’étais la classe moyenne

« Des promesses tant qu’on en veut, et puis rien. » - Gustave Flaubert

CHRONIQUE / Si j’étais la classe moyenne, je me ferais belle, je me ferais beau pour les vieux messieurs de la politique provinciale. J’enfilerais mes bas de soie, mes bottillons griffés, ma robe de soirée et je me précipiterais chez le coiffeur; je me raserais deux fois, nouerais ma plus belle cravate et me lisserais la moustache. Se faire draguer une fois au quatre ans, quelle grande occasion, il faut en profiter!

La chasse aux dindons est ouverte et nous ne sommes pas les chasseurs. Mais mes chers concitoyens, être les dindons de la mauvaise farce électorale ne devrait pas nous empêcher d’en rire aussi. Le ridicule de notre démocratie représentative n’est jamais si bien exposé que dans ces sempiternelles précampagnes auxquelles succéderont bientôt les interminables campagnes pour nous mener enfin au jour de l’élection. Et pourquoi tous ces millions de dollars, ces centaines de milliers d’heures de travail, de bénévolat, de mobilisation citoyenne, de dilapidation de fonds publics? Pour donner un chèque en blanc à un parti qui ne sera contraint de respecter ses promesses d’aucune façon. Aucune. L’histoire nous l’a démontré mille fois.

« C’est le pire des systèmes, à part tous les autres ». Le célèbre Churchill, habile politicien et non moins habile manipulateur de masses, aurait prononcé ces fameuses paroles. Rien n’existerait de mieux que la démocratie représentative, que la confiance aveugle dans des élus installés par une minorité absolue de la population, vraiment? Pourtant, certains pays comme la Suisse organisent régulièrement des référendums pour consulter les citoyens sur des enjeux controversés. À diverses échelles, des communautés essaient de redonner du pouvoir aux citoyens. Certains ministères profiteraient sans doute d’une implication citoyenne et d’une démocratie directe dans ses orientations. La Santé et les Services sociaux, par exemple…

Vous remarquerez que ce sont les familles de la classe moyenne qui se font draguer le plus agressivement à chaque élection. Les mêmes qui se font taxer et amputer de moult services ensuite, mais c’est un autre dossier. La classe moyenne, donc, qui subit les assauts et la convoitise des politiciens. À coups de pancartes où de grosses faces satisfaites sur fond de coroplaste côtoient des slogans creux, à coups de publicités mettant en scène de jeunes familles épanouies et confiantes, à coups de clips médiatiques annonçant toujours plus de changement… Si chaque parti ayant promis du changement en avait apporté juste un peu, imaginez le nombre de révolutions que nous aurions traversées!

Toujours la classe moyenne qui se fait draguer sur la place publique. Pour le milieu des affaires, les multinationales et autres conseils du patronat, pas besoin d’opération-séduction, les partis au pouvoir les servent à longueur de mandats. Ce sont toujours nos amours déçues que l’on doit reconquérir…

Officiellement, les politiciens ne font pas campagne avec l’argent des contribuables ni sur le temps qu’ils devraient consacrer aux affaires de l’État. Les tournées médiatiques des ministres libéraux et le saupoudrage de bidous à gauche et à droite n’ont donc rien à voir avec leur désir de s’accrocher au pouvoir. Nononon, ils vous le répéteront dans le blanc des yeux sans sourciller. Du grand art!

Les autres partis ne sont pas en reste et se jettent dans la mêlée, qui promettant un pont ou un hot-dog géant, qui assurant un renouveau politique pour la millième fois, qui annonçant des candidatures « vedettes » d’inconnus notoires. Je les trouve mignons à voir, mignons comme les désespérés de fin de soirée, à quelques minutes du last call, prêts à tout pour convaincre leur proie de leur accorder une chance. « Je te jure, je ne te décevrai pas comme tous les politiciens que t’as connus avant, ça va être spécial, fais-moi confiance... »

On reconnaît le vent aux branches qu’il agite; force est de constater que la puissance électorale de la classe moyenne excite les politiciens. Toujours prêts à tout promettre, tout dire et son contraire dans la même conférence de presse, nous offrir mille petits pots-de-vin avant de quitter le pouvoir s’il le faut.

Cette puissance pourrait être mobilisée, nous pourrions faire front commun et offrir notre vote massif et décisif au parti prêt à signer devant notaire et caméras un réel engagement. Fini les promesses en l’air, ces élus se verraient contraints de faire ce qu’ils ont promis de faire. Finies les mascarades comme celles qu’on nous sert à chaque élection (Fédérale, provinciale ou municipale [Bien le bonjour, madame Plante!]). On pourrait exiger une véritable représentativité en fonction des promesses faites en campagne électorale. Un engagement légal, sans sauf-conduit, signatures à l’appui.

Vous pardonnerez mon cynisme, mais à défaut d’être réellement représenté ou de pouvoir exercer la démocratie régulièrement, j’irai tout de même voter. De reculons, dans un long soupir exaspéré, mais je voterai. Pour qui? Je ne sais pas. Contre quoi? C’est déjà plus clair. Je passerai aux urnes en espérant que cette fois, les politiciens qui draguent la classe moyenne auront assez de classe pour tenir leurs promesses.