Dans l’ombre de Lévesque?

Il y aura finalement une lutte à trois pour occuper la mairie de Trois-Rivières.

Euh! C’est vrai, il s’est ajouté une quatrième candidature «surprise» avant la fermeture vendredi des mises en candidature.

Pierre-Benoît Fortin, qui devait être au paroxysme de ses pulsions électorales, chacun sa dope, ne devait plus se contenir et a décidé de remettre ça et de sauter dans la mêlée.

Il a recueilli les 200 signatures requises au soutien de sa candidature. Un exploit. S’il parvient maintenant à convaincre ces signataires de se rendre jusqu’aux urnes le 5 mai pour y déposer chacun son vote en sa faveur, cela donnera peut-être la mesure de sa récolte électorale.

Bon dernier, PB avait obtenu 352 voix en 2013, dans une élection générale survoltée avec six candidats sur les rangs et qui avait généré une participation exceptionnellement élevée au vote de 57,2 % des électeurs inscrits.

Alors, dans une élection partielle, sans une candidature controversée comme pouvait l’être celle de l’ancien maire Yves Lévesque, qui soulevait des passions, pour ou contre lui, on peut penser qu’il n’y aura pas de bousculade aux bureaux de vote le 5 mai, surtout s’il fait un peu beau ce jour-là...

Lévesque, de par sa personnalité, était un bon tonifiant pour les urnes. Pourtant, on n’a même pas atteint les 50 % de participation aux dernières élections d’octobre 2017.

Si elle est plus que marginale, on peut se demander à qui va nuire la candidature de PB Fortin.

En fait, elle n’a aucune réelle force de nuisance. Par contre, elle risque d’avoir un potentiel de distraction. Fortin , en multipliant les indisciplines, en intervenant à tout propos, en tapant sur un seul clou, la pyrrhotite, était parvenu à voler le show en 2013 lors du débat de Radio-Canada, ce qui avait fait rager les autres candidats, Lévesque en tête.

C’est donc une lutte à trois qui va se jouer à Trois-Rivières.

D’abord, on se pose souvent la question. Est-ce qu’il y a vraiment une lutte à trois?

Entendons-nous à ce moment-ci, même si la question nous est régulièrement posée, qu’il est beaucoup trop tôt pour déjà dégager un gagnant. Et, sans vouloir faire téteux, il faut reconnaître que Jean-François Aubin, Jean Lamarche et Éric Lord sont d’excellentes candidatures et que peu importe celui qui remportera l’élection, Trois-Rivières aura un maire convenable.

Dans «la nouvelle ère» qu’elle «mérite», c’est «ensemble» que Trois-Rivières va avancer «vers son avenir». On vient de fusionner ici les slogans de pancartes des trois candidats.

On a vu que la campagne s’est un peu animée depuis deux semaines et la fièvre électorale montant en même temps que la température extérieure, on peut s’attendre à ce que ça chauffe un peu plus avec les débats à venir et des résultats de sondage.

Les candidats ont multiplié les engagements au point qu’il devient difficile d’en tenir une comptabilité précise, avec les nuances qui s’imposent.

Des visions et des promesses qu’on applaudit ou pas, selon qu’on aime ou pas le candidat. Un exercice obligé. Mais c’est sur d’autres facteurs que l’issue va se jouer, comme la personnalité des candidats ou le courant qu’il représente.

La question de l’urne, celle qui motive à aller voter et à le faire en faveur d’un plutôt que d’un autre, res/On recherche instinctivement peut-être à remplacer Lévesque, pas nécessairement par un autre Lévesque, mais par une personnalité qui ait son panache. En dix-sept ans à la mairie de Trois-Rivières, il a pu imprégner un genre, surtout dans le style populiste chaleureux mais aussi sanguin et parfois mesquin.

Il n’y a pas vraiment de Lévesque intégral dans Aubin, Lamarche ou Lord. Ce qui peut décevoir une partie des électeurs mais en soulager d’autres.

Cela n’empêche pas qu’on puisse se demander, en raison du clivage constant observé depuis au moins une douzaine d’années autour de la table du conseil, qui s’est reflété dans les trois dernières campagnes à la mairie, et compte tenu du contexte tumultueux qui a mené l’ex-maire jusqu’à la démission, parce que poussé semble-t-il à la maladie, le corps électoral veuille continuer le combat pour régler les vieux comptes.

Est-ce que l’ombre de Lévesque plane sur la campagne? Ce n’est pas impensable.

Le débat sur Vision zéro n’a été que le prolongement à travers des citoyens des affrontements qui avaient eu cours à l’hôtel de ville entre une majorité de conseillers et Yves Lévesque. Un prétexte… qui s’est probablement inséré dans la campagne.

Les candidats Lamarche et Aubin ont l’escarmouche trop prompte, l’un envers l’autre, pour ne pas y soupçonner un reflet des troupes qui les appuient.

Ce qui tendrait à polariser le débat entre eux, laissant Éric Lord sur la voie d’évitement.

Lamarche n’a jamais été désigné comme le dauphin de Lévesque, mais il a accepté d’en être «la continuité» et dès lors qu’il a affiché sa candidature, beaucoup de lévesquistes invétérés devenus orphelins se sont précipités dans ses bras… dans ses rangs.

Ils révulsaient à l’idée d’avoir à choisir entre Jean-François Aubin, l’ex-adversaire du maire démissionnaire ou Éric Lord, qui avait lui aussi songé à affronter Lévesque aux dernières élections.

Dans une telle avenue, Aubin pourra le plus naturellement être celui qui peut canaliser le vote «d’opposition», si l’on peut s’exprimer ainsi, en présumant qu’il n’y ait pas fractionnement de ce vote avec Lord. Ce qui serait inévitable. L’entrée en scène de Catherine Dufresne, en 2013, avait détourné une partie des appuis à Sylvie Tardif et André Bertrand en avait grignoté à Jean-François Aubin en 2017 dans ce qui s’annonçait là encore pour un coude-à-coude serré.

Éric Lord a préféré jusqu’ici jouer la stratégie de l’homme qui reste au-dessus de la mêlée. Il n’a encore critiqué aucun adversaire et est resté résolument à l’écart des accrochages Aubin-Lamarche. Façon d’envoyer comme message qu’il est le leader rassembleur dont Trois-Rivières a besoin.

Une aspiration de laquelle les trois candidats se réclament.

Trifluviens, à vos marques!

Coup de griffe: Ce qui apparaît très injuste et choquant à bien des gens dans les salaires des employés d’ABI, c’est que ce ne sont pas eux qui gagnent 92 000 $.

Coup de cœur: Avec l’annonce d’un projet sur la laïcité, d’un autre sur l’industrie du taxi et les commentaires du premier ministre sur les «gras dur» d’ABI, le gouvernement a allumé plein de feux. C’est le réchauffement du Québec.