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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Sandra Dargis aime beaucoup aller se ressourcer près du fleuve Saint-Laurent. Marcher jusqu’au quai du sanctuaire a été son défi des derniers mois. Cette promenade a contribué à son rétablissement qui se poursuit.
Sandra Dargis aime beaucoup aller se ressourcer près du fleuve Saint-Laurent. Marcher jusqu’au quai du sanctuaire a été son défi des derniers mois. Cette promenade a contribué à son rétablissement qui se poursuit.

Comme un second souffle

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CHRONIQUE / Sandra Dargis fait partie de cette catégorie de gens qui arrivent à transformer le négatif en positif. Elle a même cette aptitude particulière, qui n’est vraiment pas donnée à tous, de voir le bon côté de la COVID-19.

«C’est la première chose qui m’a arrêtée pour vrai.»

Sandra est travailleuse sociale au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Au plus fort de la première vague, en avril 2020, la femme de 36 ans œuvrait au rétablissement de personnes âgées en convalescence à la Maison Niverville, à Trois-Rivières.

Elle y était depuis moins de trois mois. Un changement de milieu et de génération pour celle qui, dans le passé, a surtout évolué dans l’univers des enfants et de la pédiatrie sociale.

Lorsque les cas ont commencé à se multiplier, en mars, Sandra a pris toutes les précautions possibles et inimaginables afin d’éviter de contracter le virus, mais ce qui devait arriver arriva.

«Je l’ai pogné pareil.»

Ça vient de faire un an, une forme d’anniversaire avec un avant et un après.

L’heure n’est pas à la fête avec ballons, champagne et confettis. Loin de là. Même si elle le voulait, Sandra a besoin de calme, mais plus encore, de prendre un pas de recul sur les douze derniers mois qui influenceront le reste de sa vie.

Pour l’occasion, Sandra a eu envie d’écrire au virus, de mettre des mots sur ce qu’il lui a fait vivre. Elle le fait en le tutoyant, comme si elle s’adressait à un importun qui s’est incrusté pour rester pendant 365 jours, 52 semaines et 8760 heures.

Sandra a fait le compte.

«Moi qui croyais que tu ne resterais pas longtemps et que je te combattrais rapidement, dans les quatorze jours précis, mais non, tu m’accompagnes encore, en moins fort, mais toujours présent avec tes maudits symptômes résiduels...»

Intitulée «Des raisons à l’inexplicable», sa récente publication sur les réseaux sociaux fait suite à d’autres réflexions que la COVID-19 lui a inspirées au fil des mois.

En fait, à peine quelques jours après avoir reçu le diagnostic, Sandra prenait la plume pour raconter comment le virus manifestait sa présence.

«Il est instable, oui. Il est variable, oui. Il est incommodant, oui. Il m’énerve, oui, et je l’emmerde...», a-t-elle d’abord confié à ses proches avant de les remercier. Leur soutien lui a permis de nourrir l’espoir.

«(...) Votre dose d’amour me réchauffe le cœur et me permet de croire que cette pandémie ou ce petit virus, pourtant aussi invisible soit-il, renforce les liens du cœur, la bonté, la générosité, l’authenticité, le partage et l’entraide.»

La jeune femme a décidé de miser là-dessus, sur les enseignements qu’elle peut tirer de cette expérience d’une vie.

Avant la pandémie, Sandra Dargis vivait comme plusieurs, c’est-à-dire à un rythme effréné, sans vraiment chercher à reprendre son souffle. Pas le temps.

Après sa séparation, il y a sept ans, la mère monoparentale de deux garçons s’est lancée dans des études à l’Université Laval afin d’améliorer son sort professionnel. Matin et soir, elle a fait la route Trois-Rivières-Québec-Trois-Rivières afin de concilier le baccalauréat et ses responsabilités familiales. Une fois son diplôme en main, la travailleuse sociale n’a pas ralenti pour autant, au contraire.

Des défis, elle était capable d’en relever.

«Tu brûles du gaz d’avion», lui a déjà dit son ex-beau-père en la regardant aller, le pied au plancher.

C’était avant que la COVID-19 se mette en travers de son chemin et provoque un atterrissage forcé.

Sandra s’est retrouvée clouée au lit, affaiblie par la liste de symptômes qu’elle connaît sur le bout des doigts: maux de tête, fatigue extrême, essoufflement constant, acouphènes, étourdissements, congestion nasale, douleurs musculaires et articulaires, frissons, perte d’odorat...

Elle ne sentait même pas l’eau de Javel utilisée pour désinfecter sa maison.

«Maman! Ça pue! C’est dégueulasse!», s’exclamaient ses gars en se bouchant le nez.

Épargnée par la fièvre, leur mère a dormi comme jamais auparavant. De quinze à vingt heures par jour. À n’en pas douter, la fille était exténuée, claquée.

Sandra a compris le message envoyé plus ou moins subtilement par le virus.

«Ok, slaque! Ton corps n’est plus capable. Arrête!», traduit celle qui a eu très peur d’infecter ses enfants.

La veille de recevoir le résultat positif au test de dépistage, Sandra regardait la télé, assise collée entre ses deux fils qui ont aujourd’hui 15 et 12 ans.

Je ne sais pas si on peut parler de chance, mais la contagion s’est limitée à celle qui a dû se confiner au sous-sol.

S’isoler de ses garçons lui a arraché le cœur, mais les entendre rire ensemble à l’étage ou les voir apparaître au pied des escaliers pour un coucou lui a fait le plus grand bien.

Ça, comme de savoir que les parents et amis apportaient à tour de rôle des repas prêts-à-manger sur la galerie.

Cette chaîne de solidarité a eu l’effet d’un baume sur le trio éprouvé.

«On n’était pas seuls.»

Au début, cette bricoleuse n’arrivait même pas à visser une vis sans être prise de sueurs, tout comme il lui était pénible de soulever un sac d’épicerie sans avoir les bras endoloris pendant deux jours.

Indépendante de nature, Sandra Dargis est fière de ce qu’elle réussit à accomplir de nouveau, mais se rend à l’évidence lorsqu’il le faut.

«J’ose maintenant dire que je ne suis pas capable, que j’ai besoin d’aide.»

Un an plus tard, la travailleuse sociale n’a pas entièrement retrouvé sa force et son endurance. Certains mouvements lui demandent un effort qu’elle n’avait pas besoin de fournir avant d’être frappée par la COVID-19.

Son moral est bon même si des questions pourraient demeurer sans réponses. Médecin, physiothérapeute et neurologue assurent le suivi auprès de celle qui fait confiance au temps.

«Le plus beau cadeau!», dit-elle avant d’écrire que le virus contribue à donner un second souffle et une nouvelle vision du futur, sur l’après-pandémie.

«J’aurai tout de même appris beaucoup à travers ce que j’ai vécu. Je brûle encore du gaz d’avion, mais je me permets d’arrêter, de ne rien faire. Si je n’ai pas l’énergie, c’est correct. Je prends soin de moi et ça, ça va rester.»