Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
On pourrait avancer comme explication que l’âge de la population de la région joue en ce moment en sa faveur. Cette population à haut risque de complications est à peu près toute vaccinée. Les gens ont été tellement traumatisés par l’hécatombe printanière de l’an passé qu’on n’a pas senti de grande résistance idéologique ou complotiste au vaccin.
On pourrait avancer comme explication que l’âge de la population de la région joue en ce moment en sa faveur. Cette population à haut risque de complications est à peu près toute vaccinée. Les gens ont été tellement traumatisés par l’hécatombe printanière de l’an passé qu’on n’a pas senti de grande résistance idéologique ou complotiste au vaccin.

Comme des insulaires… mais à risque

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Il serait peut-être judicieux d’éviter, tant qu’on le peut, les éclats victorieux, tout excès de vantardise et tout autant les gonflages de muscles.

Même si la tentation est forte, l’heure n’est pas vraiment propice à quelque célébration que ce soit.

On devrait probablement s’en tenir à du chuchotement discret pour ne pas ébruiter qu’en Mauricie-Centre-du-Québec on a été épargné de la glissade vers l’écarlate qui a entraîné tous nos voisins à l’est et, à n’en plus vraiment douter, qui entraînera inévitablement aussi tous les autres à l’ouest.

Il est difficile de concevoir que la grande région de Montréal, qui est déjà en zone rouge, ne vire pas aussi au rouge foncé, en accéléré comme on le vit dans la région de la Capitale-Nationale. Avec l’expérience vécue jusqu’à présent, c’est une voie qui apparaît inexorable.

La Santé publique et le gouvernement ne devraient d’ailleurs pas rester bien longtemps insensibles à l’appel pressant du collectif des médecins de placer à nouveau Montréal sur grande pause.

Alors, que l’Estrie et la Mauricie-Centre-du-Québec, pourtant prises en sandwich entre la métropole et la capitale, aient pu éviter un resserrement que l’on pourrait presque qualifier de brutal des mesures sanitaires, cela tient du grand étonnement.

Certes, on peut attribuer cette distinction aux impressionnantes statistiques qu’affichent ces deux régions. On s’y retrouve, selon les anciens critères, et cela depuis un bon bout de temps, en zone jaune, presque verte, même si on nous maintient dans l’orange.

Mais on se rappelle que c’était aussi le cas en septembre et que cela n’a pas empêché la Mauricie-Centre-du-Québec d’être projetée comme tout le monde en zone rouge, simplement par voisinage avec Montréal.

Cela était un critère, qui a été ignoré cette fois-ci, ou pour l’instant: si vous côtoyez une zone rouge, c’est cette couleur qui va prédominer.

Mais l’écart entre nos régions et Québec et Montréal est tellement énorme qu’il aurait peut-être été gênant qu’on leur fasse subir immédiatement le même sort.

Pourquoi est-ce qu’on s’en tire si bien en ce moment? Marie-Josée Godi, la directrice régionale de la Santé publique, a avancé cette semaine «la chance» comme partie d’explication sur la petitesse des nouveaux cas de COVID dans la région, alors que la contamination communautaire est devenue exponentielle autour de nous.

On pourrait aussi avancer comme explication que les mêmes raisons qui ont fait que la Mauricie a été très durement frappée lors de la première vague du printemps 2020 jouent en ce moment en sa faveur: l’âge de sa population.

La Mauricie, et le Centre-du-Québec suit de près, est effectivement parmi les régions les plus âgées du Québec. Elle vient même à l’avant-dernier rang des régions administratives, juste derrière Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

Cette population à haut risque de complications est à peu près toute vaccinée. Les gens ont été tellement traumatisés par l’hécatombe printanière de l’an passé qu’on n’a pas senti de grande résistance idéologique ou complotiste au vaccin.

Les gens sortent des centres de vaccination le sourire au visage et presque le poing du champion en l’air.

D’autre part, on peut aussi penser que la population de la région étant plus âgée, elle est aussi plus disposée à se soumettre aux consignes gouvernementales, même si elles sont plus que déprimantes.

Reste que tout le monde est très nerveux pour la suite des choses.

On le constate dans les commentaires formulés au Nouvelliste. La survie de plusieurs restaurateurs, boutiquiers, commerçants ne serait plus acquise s’il fallait les refermer alors qu’on vient à peine de les rouvrir. Le «cash flow» ne suivrait pas. Or, pour beaucoup, ce sont eux qui font une grande partie de ce qu’on appelle cette douceur de vivre qui fait envie.

Il y a d’autant lieu d’être d’une prudence extrême, car on doit aussi avoir en mémoire que si à l’automne on a été catapulté en rouge alors qu’on était en jaune, on a vite rattrapé le niveau de contagion de nos voisins.

C’est comme si le virus, chaque fois qu’une région se vantait de s’en être à peu près débarrassé, rappliquait sur elle en force pour lui prouver le contraire, pour réaffirmer son potentiel de domination.

Or, le variant est plus sournois, plus méchant, plus agressif que son prédécesseur, mais surtout doté d’une terrible force de frappe pour terrasser ceux qui ne lui porteraient pas respect. C’est les gros bras dans la place.

Au printemps dernier, il arrivait, par précaution, qu’on change de trottoir pour éviter de croiser un autre promeneur. Le nouveau virus est tellement contagieux qu’il laisse l’impression que c’est lui qui traverse la rue, mais pour frapper, pour infester les gens.

Si les personnes plus âgées sont moins en danger, protégées par le vaccin, ce n’est plus le cas des plus jeunes. Tant que la vaccination ne sera pas rendue jusqu’à eux, c’est toute notre vie de société qui restera perturbée.

La majorité des gens plus jeunes se sont pliés jusqu’ici aux limites de mouvement qui leur étaient demandées pour principalement protéger leurs aînés. Aux immunisés de leur retourner l’ascenseur.

En Mauricie-Centre-du-Québec, on a peut-être pris des allures d’insulaires, on reste perméable.

On ne bloquera pas les sorties des autoroutes 20 et 40 et il n’y aura pas de barrages à hauteur de la Caillette à Maskinongé ou à Sainte-Anne-de-la-Pérade, sur le Chemin du Roy, ou de la Tomaterie à Saint-Pierre-les-Becquets ou à Pierreville, sur la 132, pour empêcher des infiltrations de Québécois ou de Montréalais.

Comme pour la dinde à Noël, le jambon ou le gigot aura encore été trop gros à Pâques. Mais on peut au moins encore, même si c’est en petite bulle familiale, aller bruncher dehors, au resto.

Le Québec n’a peut-être pas été béni à l’eau bénite, comme l’a affirmé le Dr Horacio Arruda, mais la région a dû profiter de quelques onctions. Faisons en sorte que cela se prolonge. Ne provoquons pas le virus matamore.

Coup de cœur: On veut être inondé... de vaccins.

Coup de griffe: Envoyons-le variant à la dérive.