Vers une agriculture urbaine

CHRONIQUE / L’humanité est urbanisée à plus de 50 % depuis 2008. Cette proportion devrait dépasser 75 % en 2050. Un peu partout, les villes s’accroissent en surface et les infrastructures pour les desservir, routes, aéroports, zones industrielles s’installent le plus souvent au détriment des terres agricoles. Comment peut-on dans cette conjoncture continuer à répondre à la demande pour des produits alimentaires frais s’il faut toujours aller plus loin pour trouver des terres ? Bien sûr, la logistique du transport et de la distribution permet à tout un chacun d’avoir la planète dans son assiette, mais cela se fait au détriment d’une empreinte écologique grandissante. Peut-on faire autrement ?

Depuis une vingtaine d’années, on voit de plus en plus de projets dans toutes les villes du monde pour réintégrer, à diverses échelles, une production d’aliments par ce qu’il est convenu d’appeler l’agriculture urbaine. Bien sûr, il ne s’agit pas de semer des céréales ou d’autres cultures extensives, mais bien d’utiliser les espaces disponibles pour faire une production intensive de légumes, de fruits ou de petits animaux comme les poules ou les lapins qui peuvent contribuer à nourrir la famille ou les marchés de proximité. Et les espaces ne manquent pas, de la cour arrière des maisons aux balcons, des toits aux usines désaffectées. On évalue que l’agriculture urbaine pourrait permettre de satisfaire de 3 à 15 % des besoins de la population d’une ville. C’est une contribution significative qui encourage les circuits courts et comporte de nombreux avantages en termes de développement durable.

En effet, l’agriculture urbaine contribue bien sûr à la sécurité alimentaire, mais elle améliore aussi la biodiversité dans les villes de manière surprenante. Par exemple, pour les insectes pollinisateurs qui y trouvent leur compte, mais aussi les invertébrés du sol, comme les vers de terre qui sont bien appréciés des oiseaux. Un potager est beaucoup plus intéressant qu’un gazon à ce point de vue. Les jardins communautaires favorisent les échanges humains et le bon voisinage.

Il y a aussi des entreprises qui peuvent se développer comme les fermes LUFA (https ://montreal.lufa.com/fr/fermes) qui appliquent un modèle de production en hydroponique sur les toits. L’entreprise utilise une approche de développement durable combinant une haute productivité, le recyclage de l’eau, l’efficacité énergétique, la lutte biologique, la conversion des espaces et la réduction du gaspillage. D’autres occupent des créneaux qui s’inscrivent dans l’économie circulaire. Par exemple, en collectant du marc de café auprès des restaurateurs pour faire pousser des champignons.

De grands hôtels, comme le Château Frontenac à Québec, approvisionnent leurs cuisines en fines herbes et en miel grâce à un jardin et à des ruches sur leurs toits. Le Palais des congrès de Montréal a installé sur son toit un véritable laboratoire d’agriculture urbaine (https ://congresmtl.com/centre-de-congres/developpement-durable/laboratoire-dagriculture-urbaine-palais-congres-de-montreal/) qui contribue à réduire les îlots de chaleur par le verdissement des toits, mais aussi à produire fruits, légumes et miel qui servent non seulement à alimenter ses cuisines, mais aussi la Maison du Père, un refuge pour sans-abri. Au Saguenay, EURÊKO travaille avec ses partenaires – dont l’UQAC – à mettre en place une série d’initiatives d’agriculture urbaine en milieu nordique.

Les initiatives d’agriculture urbaine constituent un rempart contre l’artificialisation des surfaces, réduisent les îlots de chaleur, permettent une meilleure gestion de l’eau et contribuent à reconnecter les citadins avec la nature « ordinaire ». Elles contribuent aussi à améliorer la sécurité alimentaire des plus démunis en plus de favoriser l’économie sociale et les contacts humains. Ce sont de bien belles perspectives pour « l’avenir que nous voulons » au terme de l’Agenda 2030 pour le développement durable.