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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Les défis de l’adaptation aux changements climatiques

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CHRONIQUE / Les évènements de chaleur extrême vécus dans l’ouest de l’Amérique du Nord cet été sont un avant-goût de ce que prévoient les modèles climatiques pour les prochaines décennies. De toute évidence, les gouvernements, les entreprises et les citoyens n’ont pas suffisamment pris au sérieux les avertissements répétés des scientifiques dans les 30 dernières années. Il va falloir vivre avec les conséquences d’un climat qui se réchauffe. Cette tendance lourde n’est pas près de s’atténuer en raison de l’inertie du système planétaire et des boucles de rétroaction qui tendent à amplifier le phénomène. Il y a 20 ans au moins qu’on voit venir la chose; il faudra s’adapter pour atténuer le risque de catastrophes.

Une catastrophe, quelle qu’en soit la cause, est un évènement aux conséquences inédites, souvent caractérisée par des effets irréversibles comme des mortalités ou une destruction d’éléments du patrimoine naturel ou culturel. Trois conditions sont nécessaires pour qu’on ait une catastrophe : une population ou une infrastructure vulnérable, un évènement violent, exceptionnel ou inattendu et... une caméra pour nourrir la machine médiatique. Blagues à part, la combinaison de la vulnérabilité et de la probabilité d’un évènement violent définit le risque. Avec le réchauffement en cours, la probabilité de vagues de chaleur comme celle des dernières semaines dans l’ouest augmente. On a évalué que la probabilité de cet évènement est 150 fois plus grande aujourd’hui que dans les années 1980 et que la récurrence d’évènements semblables pourrait dorénavant se produire tous les 5 à 10 ans.

En quoi consiste l’adaptation aux changements climatiques? Puisqu’on ne peut pas prévoir les évènements violents à long terme, les solutions doivent être focalisées autour de mesures qui visent la réduction de la vulnérabilité. Cela peut se faire à plusieurs niveaux, allant de la construction d’infrastructures plus résistantes à l’évacuation de populations vulnérables. Le plus simple, évidemment, est d’intégrer les paramètres du nouveau climat dans la conception des villes et des infrastructures, mais pour le patrimoine bâti, c’est plus compliqué.

On peut aussi dans certains cas utiliser des solutions basées sur la nature, par exemple pour protéger le littoral de mer au sud, la protection des récifs coralliens et la restauration de forêts de mangroves permettent de limiter l’effet destructeur des tempêtes tropicales. Plus près de nous, le reboisement de zones de captage pour les aquifères ou l’élargissement des bandes riveraines en milieu agricole peuvent contribuer à atténuer les dommages liés aux crues subites. Bien sûr, la création d’îlots de fraîcheur en ville par la déminéralisation des surfaces et la plantation d’arbres en font aussi partie. Ces solutions sont généralement moins chères à établir et apportent aussi des bénéfices en termes de biodiversité. C’est l’un des constats du deuxième rapport « Adaptation Gap Report 2020 » du Programme des Nations Unies pour l’environnement paru le 14 juillet dernier. Ce type d’action permet aussi de capter une plus grande quantité de gaz à effet de serre par la croissance de la végétation.

L’adaptation n’est pas une solution aux changements climatiques. D’ailleurs, certaines mesures n’ont qu’une efficacité temporaire. Dans plusieurs petits états insulaires et dans d’importantes villes côtières, le rehaussement du niveau de la mer va obliger à déménager des populations et à abandonner des quartiers entiers. Cela aura un coût pour lequel il faut se préparer tout de suite. C’est un autre défi d’adaptation aux changements climatiques.

Malheureusement, les populations les plus vulnérables vivent dans des pays pauvres. C’est pourquoi il faut une aide internationale pour permettre de financer cette adaptation. Ce n’est que justice, car ce ne sont pas les habitants les plus vulnérables qui ont le plus contribué à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre qui dérèglent le climat planétaire. Malheureusement, le financement promis est loin du compte. Malgré les engagements répétés des pays riches et du secteur privé, la contribution accumulée dans les 20 dernières années totalise 94 milliards de dollars US, alors que les engagements devaient rapporter au moins 100 milliards par année depuis 2012 dans les fonds internationaux dédiés à financer des projets d’adaptation.

L’adaptation aux changements climatiques est une obligation pour limiter les dommages en attendant qu’on mette en œuvre une panoplie de solutions efficaces pour atteindre la carboneutralité en 2050. C’est le prix à payer pour l’inaction dans les 30 dernières années.