L’écologie industrielle… pourquoi pas?

CHRONIQUE / L’écologie est une science qui étudie les êtres vivants et leurs interactions entre eux et avec leur milieu. Fondée au dix-neuvième siècle, que vient faire cette science du vivant dans le monde industriel ?

L’expression écologie industrielle a été inventée à la fin des années 1980 dans la foulée des efforts pour rendre opérationnelle la notion de développement durable. Elle décrit les échanges entre des unités de production industrielle ou municipale qui s’alimentent des mêmes flux de matière et d’énergie à différents stades de leurs opérations. Dit plus simplement, les déchets des uns deviennent les intrants des autres. C’est un parallèle avec les écosystèmes où les déchets des végétaux et des animaux sont recyclés par les décomposeurs qui s’en nourrissent et recyclent les éléments minéraux qui seront récupérés par les plantes.

On parle aussi de symbioses industrielles, c’est-à-dire des associations entre entreprises complémentaires. Ainsi, dans le parc industriel de Kalunborg au Danemark, des services municipaux et cinq entreprises échangent depuis plus de 40 ans, à la mesure de leurs procédés, de l’eau, de l’énergie, des déchets, améliorant ainsi leur efficacité et réduisant leurs déchets et leurs émissions vers l’environnement. Il existe de nombreuses tentatives pour implanter des symbioses industrielles au Québec et il y a même le Centre Trans-tech associé au Cégep de Sorel-Tracy qui se fait une spécialité de trouver des débouchés pour mettre en valeur des sous-produits industriels ou des matériaux provenant de la collecte des déchets. L’écologie industrielle s’inscrit aussi dans le concept d’économie circulaire dont j’ai déjà parlé dans mes chroniques.

Le développement durable suppose qu’on cherche à produire mieux, avec moins d’impacts sur l’environnement pour satisfaire les besoins des humains. L’écologie industrielle se fait habituellement entre des entreprises existantes. Par exemple, l’usine de ferrosilicium d’Elkem Métal Canada récupère l’énergie de son four, autrefois rejetée dans l’environnement sous forme de chaleur, pour produire de la vapeur qui est acheminée aux installations de Rio Tinto situées à proximité. Cela permet à Rio Tinto d’économiser du gaz naturel pour ses procédés. Ainsi, les deux entreprises génèrent des réductions de gaz à effet de serre et c’est rentable. De même, à Saint-Félicien, le CO2 extrait de l’échappement de la chaudière de l’usine de pâte de Résolu alimente la croissance des concombres des Serres Toundra.

Récemment, notre équipe a obtenu des subventions de plusieurs partenaires pour développer un bioprocédé qui permettrait de produire un fertilisant pour la culture du bleuet et la sylviculture à partir de biosolides de papetières et d’anhydrite, un sous-produit de l’industrie de l’aluminium. C’est une idée originale qui permettrait aux entreprises d’éviter de disposer d’importantes quantités de déchets, de réduire leurs coûts et d’améliorer la rentabilité de l’industrie du bleuet.

Mais le concept n’est pas une formule magique. Les entreprises déjà en place ne produisent pas des déchets pour le plaisir. La récupération de l’énergie peut coûter cher. Les déchets sont rarement des substances pures. Surtout si des entreprises sont interdépendantes. Lorsque l’une doit modifier sa production, cela peut mettre l’autre en péril. C’est pourquoi il faut avoir une vue d’ensemble. La pensée systémique et l’analyse de développement durable en amont des projets sont un gage de succès.

Au Saguenay, on parle actuellement de grands projets industriels qui se développeront peut-être autour des installations de Port de Saguenay. C’est maintenant qu’il faut penser comment l’écologie industrielle pourrait bénéficier à ce parc. Comment la chaleur perdue par les uns pourrait satisfaire les besoins d’énergie des autres, par exemple ? Mais on peut aller bien plus loin… Il faut y penser maintenant.