Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Enfin une réforme de la GMR

CHRONIQUE / La gestion des matières résiduelles (GMR) est un sujet dont la majorité des gens préfèrent ne pas entendre parler. Dans notre société de consommation, où l’on achète toujours plus de choses produites en masse, la multiplication des déchets a peu de place dans la presse... sauf lorsqu’il y a crise.

C’est bien normal, me direz-vous ? On achète le yogourt, pas le pot ! On achète l’ivresse, pas le flacon, pour paraphraser le proverbe. Justement. S’il faut des emballages pour protéger les produits qu’on consomme, il y a quelqu’un qui doit les payer. Le producteur refile le prix de l’emballage dans la facture du consommateur. C’est normal. À qui d’autre devrait-il aller ? En revanche, une fois que cet emballage a fini son utilité, il devient une matière résiduelle. Une fois qu’il est souillé et mélangé à d’autres sous-produits de la consommation, qui paie pour la suite de son cycle de vie ?

Le producteur et le consommateur sont libérés de leurs obligations ; l’un l’a mis sur les tablettes, l’autre dans le bac. Alors, qui paie pour le recyclage ou l’enfouissement ? Tout le monde paie à travers ses taxes municipales. En fin de compte, l’environnement se détériore à travers les défauts d’un système dont on veut qu’il coûte le moins cher possible. Par exemple, une bonne partie du problème mondial des déchets de plastique dans les océans est directement lié aux déficiences du système de collecte et de traitement des matières résiduelles. Qui va payer ? Nos enfants et nos petits-enfants.

Il y a plus de 40 ans que je m’intéresse professionnellement à la GMR et à son impact sur l’environnement. J’ai tout vu : les dépotoirs où on brûlait les déchets pêle-mêle, les dépôts sauvages en forêt ou dans les plans d’eau, les lieux d’enfouissement sanitaires, les lieux d’enfouissement techniques, les incinérateurs, les centres de tri, les centres de compostage, les biométhanisateurs. Nous avons même produit des outils de GMR pour les communautés nordiques isolées du réseau routier. À travers toute cette diversité, on trouve une constante. C’est la collectivité qui doit payer pour la phase post-consommation du cycle de vie. Cette injustice est profondément ancrée dans notre culture. Dès qu’on veut faire autrement, des voix s’élèvent. Comme si c’était un droit de refiler aux autres nos résidus ! Il faudrait réviser la Charte ; je ne crois pas qu’il y soit inscrit.

Au cours des décennies, la GMR a évolué. Mais, sauf pour quelques matières comme les contenants de bière et de boissons gazeuses, les pneus, les huiles usées et la peinture, peu de filières efficaces d’économie circulaire ont pu être implantées. Avec la création d’éco-emballages, on a allégé le fardeau des municipalités, mais comme on consomme toujours plus, on jette toujours plus.

Pire, la gestion des matières « recyclables » se heurte à une double contrainte. Comme on veut faire le moins d’efforts et payer le moins cher, on produit des matières de faible qualité et qui ne trouvent plus de débouchés.

La semaine dernière, le gouvernement du Québec a annoncé son projet de réforme de la collecte sélective pour la moderniser en y généralisant le principe de la responsabilité élargie des producteurs. Enfin !

Au terme de cette réforme, les entreprises qui mettent sur le marché des contenants, des emballages, des imprimés et des journaux seront responsables de leurs produits du début à la fin de leur cycle de vie. Elles prendront donc en charge leur récupération, leur tri, leur conditionnement et leur recyclage. Ce genre de système permet d’obtenir des résultats beaucoup plus intéressants. En combinant la consigne généralisée des emballages de boissons et la responsabilité élargie des producteurs, on favorisera réellement la mise en œuvre de l’économie circulaire au Québec. Bien sûr, les coûts seront refilés au consommateur. Après tout, comme c’est lui qui fait le choix de consommer, c’est simple justice qu’il paie pour ses choix.